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Quelle télévision pour demain?

Mis en ligne le 31.08.2000 à 00:00

Zap Nommé directeur de la TSR, Gilles Marchand propulsera le petit écran dans le monde numérique. Un terrain préparé par Philippe Mottaz, directeur de l'information.

L'Hebdo; 2000-08-31

Quelle télévision pour demain?

Zap Nommé directeur de la TSR, Gilles Marchand propulsera le petit écran dans le monde numérique. Un terrain préparé par Philippe Mottaz, directeur de l'information.

Numérique. Le mot est sur toutes les lèvres. Pas un responsable de chaîne qui n'annonce pour bientôt - quand ce n'est pas déjà fait - le passage à la télévision numérique, à des programmes plus «interactifs», à une «intégration» multimédia, etc. Fortement concurrencées par les chaînes câblées, les bouquets satellites et les développements sur Internet, les chaînes de service public amorcent elles aussi leur entrée dans la révolution. La Télévision suisse romande a d'ailleurs déjà entamé le virage et son futur directeur Gilles Marchand, pour quelques mois encore directeur de Ringier Romandie, poursuivra dans cette voie.

Mais au fait, que signifie télévision «numérique»? Ce vocable un peu barbare ne désigne en fait rien d'autre que le passage à une production de sons et d'images sous forme de «bits», du nom de la plus petite unité informatique. Le numérique remplace peu à peu l'analogique, lequel en comparaison exige une infrastructure plus lourde, plus chère, plus lente sans parler du problème posé par le «stockage» des archives. A l'ère numérique, texte, son, image et vidéo parlent universellement une même langue: le «bit». D'où la tentation de ces formats de converger les uns vers les autres. S'ils se donnent pour l'instant rendez-vous sur Internet cette convergence influencera également la télévision. Mais comment cela modifiera-t-il le paysage médiatique d'ici à dix ans? Nul ne peut le dire.

L'ère numérique amène d'autres changements. Gilles Marchand, qui parle encore sous réserve de se plonger bientôt plus à fond dans le domaine, lance trois pistes. «Le premier modèle est classique: un émetteur TV envoie comme aujourd'hui ses programmes sur des terminaux (l'objet téléviseur, ndlr). Le téléspectateur aura accès à un menu présentant différents types d'offres qu'il pourra consommer à la carte. C'est le pay-per-view». Une autre approche, en restant dans le domaine de l'offre programmatique d'une seule chaîne, consiste à «permettre de consulter un programme sans contrainte de temps». Vous avez raté le TJ? Pas de problème, avec la TV de demain, vous y aurez accès quand vous voudrez. C'est pourquoi, le jour où le téléspectateur aura cette possibilité, un «repackaging» des programmes serait nécessaire, selon Gilles Marchand. Autrement dit «un remodelage de la présentation plus clair, en blocs plus autonomes pour faciliter le téléchargement». Enfin, le futur directeur de la TSR prend au sérieux la voie de la convergence: «Il est possible que le bloc récepteur, lieu de réception du programme, abrite simultanément plusieurs types d'offres, télévision, Web, jeux et installation off-line (CD-Rom, DVD, etc.). Mais cette voie-là concerne moins la manière dont le programme est distribué que celle dont il est consulté.»

«Le Net est une chance»

Côté programmes enfin, la Télévision suisse romande devra également se profiler dans les années à venir? «Je pense qu'il faut continuer à privilégier l'identité de la TSR, estime Gilles Marchand, notamment celle fixée par la concession et la mission de service public. Ce profil de chaîne est précisément un élément de différenciation fort d'avec les chaînes privées.»

Philippe Mottaz, directeur de l'information à la TSR, estime de son côté que «le Net n'est pas une menace pour la TV, mais une chance. Ce mariage avec une télévision de service public permettra d'assurer pleinement ce rôle en apportant une valeur ajoutée, un contenu ciblé à des communautés ciblées. Cela est particulièrement propice à un service comme le nôtre qui couvre un territoire donné et met l'accent sur l'éducatif et le pédagogique. Internet permet une interactivité qui renforcera le lien d'identité entre la TSR et les gens qui la regardent et avec lesquels nous formons une communauté de valeurs.» La valeur ajoutée, Philippe Mottaz la voit aussi «dans la transparence. Nous avons une redevance, nous sommes donc redevables et l'interactivité permet d'offrir ce service à la clientèle».

Sous l'impulsion de Philippe Mottaz, la TSR a déjà entamé sa mutation. Ainsi, Actu 2000 - projet de réorganisation du service d'information qui entrera en vigueur le 21 août 2001 - est le premier chambardement numérique à grande échelle. Un projet précurseur qui implique une restructuration en profondeur: «Il faut complètement repenser la structure verticale, contre-productive à mon sens, et former l'équipe de manière intégrée. Journalistes, cameramen, monteurs seront formés à toutes les étapes de la production. Certaines professions sont redéfinies en fonction des nouvelles possibilités offertes par l'informatique.»

Sur un budget de 18 millions pour Actu 2000, 3,5 millions seront ainsi investis dans la formation des quelque 120 collaborateurs. A terme, l'idée de ce laboratoire multimédia est de «créer le contenu une seule fois et le distribuer ensuite sur toutes sortes de supports, télévision, web, mobile, Wap, etc.».

Comment les téléspectateurs verront-ils la télévision dans dix ans? Tant Gilles Marchand que Philippe Mottaz restent prudents. Il semble pour l'instant que les structures les plus difficiles à changer concernent moins la technique que les hommes. Un p'tit clic cela va de soi est souvent plus facile qu'un grand choc des mentalités.

Michel Beuret

De l'émission de masse au monde interactif Années 50-60 Les Premiers postes

Les premières chaînes de télévision ont été des chaînes d'Etat. Partout, aux Etats-Unis, en France ou en Suisse, le nouveau média était avant tout un service public. Il s'agissait d'offrir à tous un programme unique et jugé d'intérêt général. Le contenu était déterminé par la rédaction, dans le cadre d'un mandat et sous l'étroit contrôle des autorités. On peut parler de télévision généraliste et de masse. Le téléviseur n'est qu'un terminal réceptionnant l'émission à un moment donné. Pour la voir, le téléspectateur devait être au rendez-vous derrière son poste.

Années 80 la concurrence privée

Le monopole d'Etat s'effrite. La concurrence privée fait son apparition et progresse notamment grâce au développement de nouveaux supports de diffusion autres que l'hertzien: ainsi le câble permet, en utilisant des satellites de télécommunication, de toucher des zones non couvertes par les ondes. Le câble a permis l'épanouissement de chaînes à vocation internationale comme CNN ou MTV. Canal +, première chaîne privée en France, fait son apparition en 1984. Les chaînes commerciales misent sur la variété et les fictions cinéma et TV. Le téléspectateur n'est plus citoyen électeur, il est désormais consommateur. L'audience devient prioritaire. Mais la télévision analogique demeure un média «vertical» qui ne peut satisfaire les demandes individuelles.

Années 90 paraboles et bouquets

Apparition des satellites permettant une réception directe au moyen d'antennes paraboliques individuelles. La quantité de programmes qui peut être diffusée est telle qu'on parle désormais de «bouquet» de chaînes. Câbles et satellites provoquent une véritable explosion de l'offre télévisuelle. Du coup, ils remettent en cause la TV à vocation généraliste et de masse. En stimulant la con-currence, ils ont contribué à «démassifier» la télévision. Elle évolue vers un nouveau modèle où prime l'individualisme: à côté du «menu» classique des chaînes généralistes, se développe peu à peu l'offre «à la carte» des chaînes thématiques. Plus que jamais, le téléspectateur peut se réapproprier les programmes via le zapping, le magnétoscope et de nouveaux outils périphériques tels que les jeux vidéo. Dans le même temps, depuis le milieu de la décennie, on est entré dans l'ère du tout-numérique.

2000 L'ère du tout-numérique

Depuis la fin des années 90, on parle de «convergence numérique» (lire ci-dessus) qui révolutionne véritablement l'information: le consommateur a de plus en plus accès à ce qu'il veut quand il veut. Il peut acheter, vendre, choisir ses programmes, voter, donner son avis, recevoir des informations ciblées, etc. Ainsi, il intervient directement sur la programmation. A l'avenir, la boîte à images qui trône dans le salon ne sera plus un récepteur passif, mais un outil de communication. Le «poste» ne sera d'ailleurs plus le seul outil de réception/émission. Le téléspectateur est en passe de devenir télé-acteur.





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