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Quelques lueurs

Mis en ligne le 30.12.2004 à 00:00

L'Hebdo; 2004-12-30

La chronique de Jacques Pilet Quelques lueurs Jacques Pilet

Au tournant de l'année, on peut s'offrir un luxe. Celui d'une pointe d'optimisme. Même si le risque est grand, à ce jeu, de paraître naïf et ringard. Les lunettes noires sont plus chics.

Pourtant, au-delà de toutes les tragédies et de toutes les menaces, la marche du monde ne donne pas seulement des raisons de désespérer. Quelques lueurs...

L'économie ? La grisaille suisse embrume notre perception. De nombreux pays ont connu une belle effervescence en 2004 et l'an neuf, même s'il promet un certain tassement, ne devrait pas être mal non plus. Certes les chiffres de la croissance ne disent pas tout. Lorsqu'elle est due surtout à l'exploitation des matières premières, lorsque la prospérité est trop mal partagée, les peuples n'ont pas de quoi se réjouir des statistiques florissantes. Un pays comme la Guinée équatoriale, en ouvrant les robinets du pétrole, atteint une croissance de plus de 30% par an mais, si les multinationales y font leur beurre, ses habitants asservis continuent de végéter dans la misère. Cela dit, le boom asiatique transforme la vie du plus grand nombre. Les Européens de l'Est restent persuadés que demain vaudra mieux qu'hier. Les Latino-Américains, épuisés par des décennies d'épreuves cruelles, sont en train de reprendre confiance. A la marge des vieux pays industrialisés, de vastes régions voient leur sort s'améliorer. C'est une bonne nouvelle pour tout le monde. Pour les Etats-Unis, qui ont besoin de la richesse asiatique afin de combler leurs déficits, comme pour l'Europe, où les exportateurs comptent sur les marchés émergents dans l'espoir de relancer la machine.

La démocratie? Elle a marqué des points. Les truqueurs de votes ukrainiens ont subi une gifle historique: on n'oubliera pas le mea culpa du candidat officiel lors du face-à-face télévisé avec son rival. Autre cas spectaculaire: le Venezuela. Le président Chavez, vivement contesté par la droite, a posé la question à son peuple: doit-il rester ou partir? Une claire majorité l'a maintenu au pouvoir. Procédure pour le moins inhabituelle en Amérique latine. On n'ira pas jusqu'à se réjouir que le président tunisien ait été réélu avec 96% seulement des voix, alors qu'il en avait obtenu 98% la dernière fois! Mais on ne se privera pas du plaisir de saluer la libération de plusieurs prisonniers politiques à Cuba sous la pression de l'Union européenne.

Le nationalisme? Cette idéologie boute-feu a encore de beaux jours devant elle. Mais elle a connu aussi des revers. En Hongrie, la droite n'a pas réussi à faire passer son idée de donner, en violation des principes européens, un passeport aux minorités magyares dans les pays voisins. Les bisbilles cocardières, dans cette partie de l'Europe, paraissent baisser d'intensité. En Côte d'Ivoire, après l'échec des Français à calmer le jeu nationaliste et raciste du président Gbagbo, il s'est trouvé une puissance régionale capable de mâter le démagogue d'Abidjan et d'amorcer un processus de paix: l'Afrique du Sud. Réjouissant.

La guerre ? Celle d'Irak ressemble de plus en plus à celle du Vietnam. Et là, il faut vraiment se forcer pour trouver une raison d'optimisme. La promesse d'élections libres à fin janvier est une farce. L'islamisme, comme c'était à prévoir, triomphe dans le sillage des Américains. Les femmes paient le prix de cette «libération». Les chrétiens aussi, dont Saddam respectait la foi et qui aujourd'hui s'exilent en masse. Le sang va continuer de couler. Celui des malheureux boys égarés dans un environnement qui leur échappe. Et celui des civils irakiens, écrasés par milliers sous le feu des armes censées vaincre les terroristes. Seul aspect rassurant de cette tragédie: la difficulté de l'armée américaine à s'imposer dans ce pays devrait dissuader George W. Bush de céder à son envie d'étendre les hostilités à l'Iran ou à la Syrie.

Le Proche-Orient ? Trop d'espoirs ont été déçus. On n'ose plus y croire. Pourtant la nouvelle coalition au pouvoir en Israël et la nouvelle direction palestinienne dessinent un cadre plus propice que jamais au retour du dialogue... Attendons.

La Suisse ? Une trêve des lamentos est aussi possible! Les accords avec l'Union européenne sont sous toit et tout indique que le peuple les approuvera. Ce ne sera pas la solution à tout, mais ce sera une défaite pour le blochérisme. Qui vient d'en essuyer une autre, peut- être fatale: à en croire son porte-parole, Peter Hasler, le patronat helvétique, tenté par les promesses de l'UDC, s'en détourne aujourd'hui, déçu, effrayé par son étroitesse. Le nationalisme prend un goût rance. On ne s'en plaindra pas. |

Les accords avec l'Union européenne sont sous toit et tout indique que le peuple les approuvera. Ce sera une défaite pour le blochérisme.




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