Question de vie et de mort
A priori, ce n’est pas dans le Matin Dimanche que l’on cherche des réponses aux questions fondamentales. La dernière édition tâtait pourtant de l’ontologie sous deux angles diamétralement opposés.
D’abord, mêlant approche people et catéchisme, au gré d’une interview confite de dévotion dans laquelle Mgr Genoud, atteint d’un cancer du poumon, se réjouit de Le voir. Il parle de Jésus, «toujours là», qui a porté la souffrance sur la Croix, etc.
Quelques pages plus loin, le biochimiste Joël de Rosnay, 73 ans, surfe sur l’Atlantique, publie Et l’Homme créa la vie et parie qu’il lui reste cinquante ans d’espérance de vie. Mourir à 90 ans est prématuré. Les progrès de la science vont remettre l’horloge biologique à l’heure, nos enfants vivront 140 ans. Un jour prochain, l’évêque risque de se retrouver dans le noir, demandant «Y a quelqu’un?» au sein du néant.
SE SHOOTER À L’OPIUM DU PEUPLE OU SE GRISER D’ORGUEIL PROMÉTHÉEN?
Un demi-siècle plus tard, le scientifique s’éteindra à son tour dans la paix du matérialisme mécaniste et, qui sait, regrettera d’avoir tant tardé à rejoindre les jardins enchantés où mille anges divins servent l’ambroisie.
En fin de compte, l’humilité que prêche Genoud semble plus raisonnable que l’arrogance biologique de Rosnay. Se shooter à l’opium du peuple est peut-être moins préjudiciable à la collectivité que se griser d’orgueil prométhéen. Car une planète surpeuplée de centenaires soucieux de jouir à fond des plaisirs terrestres ne laissera guère de place aux enfants pour jouer.v
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