Qui, après Blocher?
UDC. Le parti en crise manque d’une relève crédible.
Ce n’est pas le moindre des paradoxes pour le plus grand parti de Suisse. Après l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral et sa probable retraite progressive lors de la prochaine législature, l’UDC – malgré ses 69 mandats parlementaires – n’a plus de fortes personnalités qui convainquent au-delà des frontières partisanes. Qui va reprendre le flambeau pour imprimer la future ligne du parti ou pour assumer les deux sièges que l’UDC veut regagner au Conseil fédéral en 2011? Chez les jeunes, personne en vue. Certes, le nouveau président Toni Brunner (34 ans) se considère dans Le Matin comme une «bête politique», mais il est vraiment le seul à le penser sous la Coupole. Il a d’ailleurs un boulet de plus à traîner: il a probablement violé le secret de fonction dans l’affaire Blocher Roschacher, ce qui a incité le juge Pierre Cornu à demander la levée de son immunité parlementaire.
Courtisé par Darbellay. Chez les aînés, la situation est à peine meilleure. Comme le patron de Stadler, Peter Spuhler, (L’Hebdo du 20 mars 2008) avoue préférer se consacrer à ses entreprises, c’est un Zurichois qui pourrait émerger: Bruno Zuppiger. Actuellement, celui-ci assume la vice-présidence du groupe et préside la Commission de sécurité du Conseil national. Il incarne l’aile blochérienne de l’UDC, la rudesse en moins. Avant le 12 décembre, le PDC avait pensé à lui comme alternative à Christoph Blocher. Il avait décliné: «Christophe Darbellay m’a effectivement contacté, mais j’ai dit non, car je n’aurais pas pu gouverner sans l’appui du groupe.» Bruno Zuppiger est un homme pragmatique, ce qui plaît jusque chez ses adversaires, tout en sachant rester ferme. Il aurait dû reprendre la présidence de l’USAM en 2010, mais il n’est plus candidat. Il a trop critiqué l’association patronale, qui a accepté une hausse de la TVA pour sortir l’assurance invalidité de la crise financière. Autre étoile montante: le Bernois Adrian Amstutz, un des vice-présidents de l’UDC, qui n’a pourtant pas la rondeur du Zurichois. Chef d’une PME de 10 collaborateurs, le «Richard Gere des Alpes», comme certains le surnomment en raison de son charme, vient d’être nommé à la présidence de l’ASTAG, l’association des camionneurs. «Ces deux fonctions ont ma priorité. Ecrivez bien que je ne suis pas candidat au Conseil fédéral», insiste-t-il.
Désert romand. En Suisse romande, pas grand monde en vue non plus. Le meilleur serait encore l’entrepreneur fribourgeois Jean-François Rime, mais il a déjà 58 ans et préfère assurer la pérennité de ses trois entreprises. L’UDC reporte ses espoirs sur le Genevois Yves Nidegger. Il ne se voit pourtant pas prendre un rôle de leader au sein de l’UDC suisse: «J’ai déjà une famille de cinq enfants et une étude d’avocat à mener.» Il compte surtout s’engager à Genève, où il devrait briguer un siège à l’exécutif cantonal. L’UDC de Christoph Blocher a grandi quantitativement. Mais la qualité n’a pas suivi.
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