L'Hebdo;
2005-12-15 Qui rallumera la flamme?
Sarah, Daniel, Elisabeth et Gabriel racontent presque tous la même histoire: l'angoisse qui monte, des nuits d'insomnie, des maux de ventre ou de dos. Ils parlent de surmenage, d'un rapport fusionnel à leur travail, d'une perte d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, du poids insupportable qui pèse sur leurs épaules. Ils se percevaient comme des battants. Chacun à leur manière, ils n'ont pas su s'arrêter à temps et se sont consumés (lire l'enquête de Michel Beuret en page 18).
On pourrait ajouter à ces témoignages le discours de l'ancien président du Parti radical suisse. Au début de l'année, Rolf Schweiger expliquait à Martigny, devant l'assemblée des délégués, ce qui l'avait pousser à la démission quelques semaines plus tôt: un burn-out, une immense fatigue à la fois psychologique et physique.
A l'époque, les confessions du conseiller national zougois avaient beaucoup ému. Ce n'est pas tous les jours qu'un dirigeant politique, une personnalité en vue étale au grand jour ses faiblesses et la douleur d'être déchiré par des aspirations contradictoires.
Le patron des patrons Peter Hasler y était allé de son couplet compatissant, des médecins avaient souligné le service rendu par Rolf Schweiger à tous ceux qui souffrent en silence de maladies psychiques. Puis plus rien.
Cette épidémie gagne pourtant du terrain et menace un Suisse sur quatre. Plusieurs études récentes de la Confédération démontrent les effets délétères du stress sur la santé... et les assurances sociales. Le phénomène touche plus particulièrement les professionnels qui ont tendance à s'investir émotionnellement dans leur travail. Les enseignants, les médecins, les infirmières, les banquiers, les femmes au foyer, les journalistes...
Faire de nouvelles lois, comme le demandent certains experts? Lourd et inutile. Commençons par appliquer celles qui existent. La prévention? Elle consiste en une meilleure information. Quels sont les signes avant-coureurs? Et les pièges à éviter? Comment éviter de se faire submerger par son travail? Où et quand chercher de l'aide?
D'autant que les pressions ne vont pas disparaître comme par enchantement: nous vivons dans un monde de brutes, où la tyrannie des patrons le dispute aux reproches incessants de conjoint(e)s continuellement frustré(e)s et aux comportements vexatoires de collègues haïssables, amplifiés par les nouvelles technologies et le rythme de travail inhumain qu'elles nous impriment...
Plus sérieusement: comme l'écrit le journaliste alémanique Thomas Knapp, auteur d'un livre autobiographique sur le sujet, le diagnostic se résume invariablement par cette phrase: «Un burn-out, c'est la faillite de son mode de vie.»
Ceux qui en souffrent sont pour la plupart victimes d'eux-mêmes et responsables de la situation dans laquelle ils se sont mis. Eux seuls peuvent donc rallumer la flamme. Et guérir de ce mal qui mine leur existence comme celle de leurs proches. |
«Un burn-out, c'est la faillite de son mode de vie.»
Alain Jeannet Rédacteur en chef
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