Premier ambassadeur de l’UE en Suisse, Michael Reiterer s’apprête à faire ses valises l’automne prochain pour regagner Bruxelles. Son bilan est contrasté, même si le positif domine.
«LA SUISSE PEUT ÊTRE FIÈRE DE SES SUCCÈS PASS ÉS ET AC TUELS. ELLE N’A VRAIMENT PLUS BESOIN DE S’INVENTER UN ADVERSAIRE EXTÉRIEUR POUR EXISTER EN TANT QUE NATION DE VOLON TÉ.» Michael Reiterer
Crise de l’eurozone oblige, l’UE n’a jamais été aussi impopulaire et la Suisse jamais aussi eurosceptique. Mais de cela, ce jovial Tyrolien de 56 ans ne saurait être tenu responsable. Depuis 2007, il a bien réussi dans sa mission de «diplomatie publique».
Chaque année, il a sillonné la Suisse, parcourant plus de 25 000 km en voiture, participant à 150 manifestations officielles et à 30 réceptions, donnant 50 exposés et accordant presque autant d’interviews.
Dans le monde diplomatique, tout le monde le reconnaît. «Michael Reiterer a su expliquer l’UE avec des mots compréhensibles à tout le monde», déclarent en chœur le secrétaire d’Etat Peter Maurer tout comme l’ambassadeur polonais Jaroslaw Starzyk.
«Il a incarné un mélange idéal d’une pensée rigoureuse et d’un langage courtois. Il est bien possible qu’on regrette vite cet ambassadeur si chaleureux et bienveillant envers la Suisse. Y compris ses ennemis», affirme François Cherix, vice-président du Nouveau mouvement européen suisse (Nomes).
Des ennemis, le très médiatique ambassadeur n’en a pas manqué, notamment dans les milieux nationalistes. Certes, l’ancien directeur de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) et conseiller national Hans Fehr (UDC/ZH) a apprécié l’homme, mais pas sa politique.
«Il nous avait promis de ne pas s’immiscer dans les affaires de la Suisse. Mais il l’a tout de même fait, par exemple lorsqu’il nous a donné quatre ans pour supprimer les régimes fiscaux cantonaux après le vote sur la réforme de la fiscalité des entreprises», déplore-t-il.
Son collègue Ulrich Schlüer (UDC/ZH) se montre même franchement belliqueux: «Michael Reiterer est un nouveau bailli Gessler», a-t-il tempêté dans sa publication d’extrême droite Schweizerzeit.
Des accusations grotesques que l’intéressé se refuse à commenter, se contentant de préciser ce qu’il a toujours martelé dans ses nombreuses interviews: «Jamais l’UE n’a forcé la Suisse à quoi que ce soit.»
Démolir les clichés. Dans l’ensemble, les Suisses ont apprécié la disponibilité sans bornes de ce pèlerin de l’Europe. «Il n’y a jamais eu d’incident, jamais d’insultes lors de mes visites», souligne Michael Reiterer. Celui-ci n’a pas tenté de convaincre les Suisses d’adhérer à l’UE. Il s’est contenté de démolir les clichés qui collent à l’institution.
L’UE, un monstre de bureaucratie? «Elle compte 40 000 fonctionnaires, comme le canton de Zurich.» L’UE rouleau compresseur voulant la peau du secret bancaire suisse. «Non, mais il n’appartient pas à la Suisse de protéger un citoyen européen en conflit avec son fisc national.»
Dans sa mission, Michael Reiterer s’est aussi efforcé d’éviter toute métaphore guerrière. Aussi se désole-t-il de la volonté des milieux nationalistes de voir en Bruxelles le nouvel ennemi à combattre.
«Dans l’Europe d’aujourd’hui, il n’y a plus d’ennemis. La Suisse peut être fière de ses succès passés et actuels. Elle n’a vraiment plus besoin de s’inventer un adversaire extérieur pour exister en tant que nation de volonté», soulignet- il.
Positiver! Michael Reiterer en a aussi fait son credo lorsqu’il a assisté récemment au débat du Conseil national sur la question européenne. La Chambre basse a suspendu les négociations sur un éventuel accord bilatéral sur l’agriculture, mais l’ambassadeur en a retenu autre chose.
«Lors de ses nombreux votes, le Conseil national a surtout dit “non” à une politique du réduit en refusant de retirer la demande d’adhésion à l’UE.»
Peu avant son départ, l’ambassadeur avertit que les choses peuvent basculer très vite. Longtemps, les Suisses n’ont rien voulu entendre de l’eurozone. «Mais maintenant que l’économie souffre du franc fort, de premières voix s’élèvent pour arrimer le franc à l’euro…»
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