Radicalisme romand étouffé
| Dix ans après son départ de Berne, Thierry Béguin ne fera pas son come-back au Conseil des Etats. Le Parti libéral-radical neuchâtelois lui a préféré un jeune homme de 30 ans, Raphaël Comte. Lui-même, après avoir planifié une campagne de combat, a fini par céder aux très dures pressions l’enjoignant de ne pas diviser son parti. Cet épisode signale l’épouvantable jeunisme qui ravage la classe politique suisse. Certes, il faut se renouveler. Certes, les moins de 40 ans ont le droit d’être représentés à Berne, et le talent, maints exemples le prouvent, n’attend pas le nombre des années. Mais cette mise en avant systématique de frimousses, à peine aguerries par quelques combats locaux, devient lassante. L’expérience n’est pas une tare non plus. Et dans une députation neuchâteloise peu chevronnée, si on excepte Didier Berberat, car délestée en quelques années à peine des figures fortes et emblématiques de Jean Studer et Didier Burkhalter, l’expérience de Thierry Béguin n’aurait pas été de trop. Après le mobbing de la direction du PLR dont le conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis a été victime lors de sa campagne pour le Conseil fédéral, l’éviction du sexagénaire neuchâtelois témoigne d’une tendance bien plus préoccupante encore. Dans le PLR, porté sur les fonts baptismaux début 2009, le radicalisme romand humaniste, à tendance verte et pro-européenne, ouvertement hostile à toute alliance avec l’UDC, n’a plus le droit de cité. A la faveur de la fusion avec les libéraux, il est méticuleusement étouffé. Aux convictions illustrées naguère avec fougue par les Genevois Olivier Segond, Gilles Petitpierre et Peter Tschopp, les Vaudois Jean-Pascal Delamuraz, Yves Christen et Yves Guisan, et le Neuchâtelois Thierry Béguin, on préfère désormais la soumission machinale et paresseuse aux avis d’economiesuisse. Ce faisant, le PLR se rétrograde lui-même au rang de simple lobby. Ou d’appendice élégant de l’UDC. Il perd son étiquette légitimiste et historique de grand parti qui a bâti la Suisse moderne, parce qu’il devient incapable d’incarner le moindre souffle réformateur audacieux. Et il désespère nombre de ses membres romands qui ont tellement l’impression que leur avis compte pour beurre qu’ils ne prennent même plus la peine d’aller l’exprimer dans les instances nationales.
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