DIX DEFIS - SPECIAL USA
Ragen Chastain, danseuse dondon et fière de l’être

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 03.10.2012 à 13:16

SOCIÉTÉ. La lutte contre l’obésité, menée par Michelle Obama, se heurte à la montée d’un mouvement de Fat Pride. Son égérie? Ragen Chastain, danseuse et blogueuse.

Ragen Chastain est grosse, très grosse, elle danse, elle blogue, et depuis 2010, date où la première dame des Etats-Unis a lancé sa campagne contre l’obésité, elle est la meilleure ennemie de Michelle Obama – la première prétendant qu’être gros, c’est bien, la deuxième rétorquant que non. Au début de cette année, Ragen Chastain s’est insurgée avec succès contre la campagne Strong4Life de l’Etat de Géorgie (2e taux d’obésité infantile du pays), qui selon elle stigmatisait les enfants gros sous prétexte de promouvoir la santé. Révoltée contre les affiches écrivant «Fat kids become fat adults» ou «It’s hard to be a little girl if you’re not», elle a récolté suffisamment de fonds pour lancer sa propre campagne intitulée «Support All Kids». Ces jours, elle fait circuler une pétition pour empêcher Disney de faire maigrir Minnie Mouse drastiquement pour qu’elle entre dans la robe Lanvin prévue pour habiller les jouets de Noël.

C’est l’un de ces paradoxes américains que nous adorons: champions de l’obésité, champions de la lutte anti-obésité, les Etats-Unis sont aussi le berceau de la Fat Pride, la «fierté d’être gros», mouvement de revendication de ses kilos. Elles – principalement, avec quelques «ils» – sont grosses et fières de l’être et Ragen Chastain est la meilleure d’entre elles. La Texane se définit comme une «full time size acceptance activist», une activiste à plein temps du combat pour l’acceptation de son poids.

Ce qui signifie qu’elle répond à 5000 mails par mois via son site Dances with Fat ou son forum Fit Fatties, donne des conférences dans le monde entier, écrit des livres, le tout au nom d’associations comme Health At Every Size ou Size Acceptance.

Elle raconte que sa carrière d’activiste a commencé à la maternelle quand elle a organisé un sit-in sous prétexte qu’elle et ses petits camarades passaient trop de temps à jouer et pas assez à apprendre. Bonne élève, capitaine de l’équipe de Pom Pom Girls, lauréate d’une bourse de mérite national, elle danse depuis qu’elle sait marcher. Ouvertement bisexuelle, elle a fait ses premières armes de lobbyiste à l’Université du Texas en organisant des National Coming Out Week and Queer Visibility Week et en aidant des organisations à communiquer avec les médias ou à créer des start-up.

Discrimination. «Un jour, j’ai arrêté de tenter de perdre du poids, raconte-t-elle. Cela a été l’une des choses les plus difficiles de ma vie. Je n’avais jamais abandonné quoi que ce soit. J’ai longtemps pensé que les gens qui n’arrivaient pas à faire un régime n’avaient pas de volonté. Mais ce n’est pas qu’une question de volonté ou de calories. Un jour, j’ai regardé mon corps autrement. Je l’ai aimé, et je ne me suis jamais sentie aussi bien.» Elle vient de publier un premier livre intitulé Fat. The Owner’s Manual qui explique comment survivre dans un monde obsédé par la minceur, répondre aux remarques assassines ou prendre l’avion. La préface est signée de son aînée Marilyn Wann, activiste majeure du Fat Acceptance Movement et fondatrice du magazine Fat! So?. C’est que Ragen Chastain occupe désormais une place de choix dans le vaste mouvement de Fat Pride. Son message est clair: «Nous n’acceptons pas la stigmatisation dont les gros font l’objet. Il existe des lois contre le racisme ou le sexisme, or la discrimination envers les gros n’est pas seulement tolérée, mais encouragée par les gouvernements qui mènent des campagnes anti-obésité. La société cache les gens comme moi – gros mais en bonne santé. La santé et le poids sont deux choses séparées, et je suis en bonne santé. Nous ne jouons pas le jeu de l’industrie du régime, nous ne nous détestons pas comme ils voudraient que nous nous détestions!»

Obésité à l’uni. Né dans les années 60 – avec notamment un premier happening en 1967 à Central Park lors duquel 500 personnes se sont mises à manger de la glace en brûlant des manuels de régimes et des photos de Twiggy et la naissance en 1969 du Fat Acceptance Movement –, le mouvement a donné naissance à une véritable fatosphere sur le Net et réclame désormais une place à l’université. La première conférence mondiale du genre a d’ailleurs eu lieu cet été en Nouvelle-Zélande.

De quoi dégoûter les autorités publiques et le secteur de la santé qui tentent désespérément de lutter contre l’obésité aux Etats-Unis, en tête Michelle Obama, que l’on a vue planter des légumes dans le jardin de la Maison Blanche ou montrer comment remplacer par des grils les friteuses dans les cantines scolaires.

Les chiffres sont en effet alarmants: 1 adulte américain sur 3 est obèse, 1 enfant sur 6. En 2030, 42% des Américains devraient l’être, et 32% des enfants et ados. 216 000 morts sont imputées chaque année à des conséquences de l’obésité, devenue bien plus préoccupante que le tabagisme. Michelle Obama a réussi à inciter Disney, propriétaire du réseau américain de télévision ABC, à supprimer la publicité pour la malbouffe de ses programmes pour enfants. Disney qui n’a pas plié devant Ragen; Minnie Mouse sera à Noël très fat-unfriendly.

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