L'Hebdo;
2008-08-14 UN JOUR DANS LA VIE DE... Ramasseur de renards morts Jean-Claude Rosselet
Par chance, la météo est clémente. Et le trafic des vacanciers s'est momentanément calmé. Une journée pas trop pénible donc, mais qui sait? Sur l'autoroute, il y a sans cesse des imprévus. Jean-Claude Rosselet, 58 ans, employé à la division entretien-est du Service des routes vaudois, est de piquet pour la semaine. Ce jeudi, comme la veille et jusqu'au mardi suivant, il partira seul. S'il y a un renard mort au milieu de l'autoroute, c'est à lui de le ramasser. La prise de service des différentes équipes a été expédiée avec une diligence toute militaire. A 7 h 04, Jean-Claude Rosselet quitte déjà le Centre d'entretien de Rennaz au volant de son petit camion.
Au courant de la motivation de notre visite («l'énigme des animaux écrasés sur l'autoroute»), il prévient, doctoral: «Je fais beaucoup d'autres choses, et puis, les macchabées, c'est tout par série.» A la saison des amours, il y en a plus. Surtout des mâles. Et, deux mois plus tard, c'est au tour des renardeaux, qui ont le malheur d'être juste assez petits pour passer entre les mailles des clôtures qui bordent l'autoroute. Il faut bien que quelqu'un les enlève, car ces animaux représentent un danger, surtout s'ils sont gros. «Il y a parfois des chiens ou même des sangliers, qui passent par les entrées d'autoroute. Là, on fait arrêter le trafic par la police.»
Mais pas le temps de bavarder. A peine garé sur l'aire de repos à l'ouest du tunnel de Glion, Jean-Claude Rosselet entame son inspection et ouvre une à une les portes des toilettes publiques. «Pas de surprise aujourd'hui», constate-t-il avec soulagement. En principe, les employés de l'entretien de l'autoroute n'aiment pas être de piquet. Car, en plus des accidents derrière lesquels il faut déblayer, parfois au milieu de la nuit, il y a le nettoyage des W.-C. Mais, depuis que ceux-ci ont été rénovés, voici trois ans, c'est moins pénible: une giclée de mousse à base d'acide phosphorique, un coup de jet, un coup de balai brosse, à nouveau le jet et l'affaire est réglée. «C'est quand même un petit peu plus propre, non?» En effet, les toilettes sont impeccables. Après les poubelles du parking et les débris les plus visibles à ramasser (le pire, c'est le sagex qui vole à chaque voiture qui passe), il y a encore l'aire d'autoroute juste en face, puis celles du Chablais, avant Aigle.
Une girafe à la casse. Mais toujours pas de renard annoncé. Compréhensif, Jean-Claude Rosselet détaille: «Il faut les ramasser avec une pelle, entre deux vagues de voitures, en faisant très attention.» Dans les courbes, c'est très dangereux, alors, si ce n'est qu'un hérisson, il vaut mieux le laisser («Il devient tout plat.»). Les cadavres ramassés sont déposés dans une chambre froide aux abattoirs de Clarens, au Centre collecteur de sous-produits animaux. Le jour, l'heure et le lieu de la découverte consignés et un spécialiste tentera de les identifier. Tout cela sert à dresser une statistique qui permet, entre autres, de détecter s'il y a une faille dans la clôture. Jean-Claude Rosselet fait ce boulot depuis huit ans. Avant, il était chauffeur poids lourd. L'hiver, il conduit la déneigeuse; l'été, le gyrobroyeur (avec son tambour de 1,5 mètre de diamètre pour couper dans les talus) ainsi que la cureuse-vidangeuse (pour nettoyer les canalisations au bord de l'autoroute). Toujours pas de renard. Mais une voiture a embouti tout à l'heure une girafe. C'est ainsi qu'on appelle les remorques clignotantes qui servent à condamner l'une des voies de l'autoroute pendant les travaux. La girafe est bonne pour la casse.TITUS PLATTNER
Chauffeur et agent d'entretien à la division entretien-est du Service des routes vaudois.
|