Le Parti radical neuchâtelois, vieux parti, s’est découvert soudain des attirances pour la jeunesse et de l’irrespect pour ses notables. L’ancien conseiller d’Etat et ancien conseiller aux Etats Thierry Béguin a dû passer la main, sans y être préparé. Les radicaux lui ont refusé l’ultime honneur de revenir à la Chambre des cantons, récompense qu’il croyait méritée pour services rendus à la patrie. Un licenciement démocratique pour cause de restructuration générationnelle. Fusionnés depuis peu aux libéraux, les radicaux lui ont préféré le trentenaire Raphaël Comte pour succéder à Didier Burkhalter au Conseil des Etats.
Un jeune homme de stature un peu replète, palot, presque falot au premier abord. La peau blanche comme une plante qui aurait poussé dans une cave. Ni comique, ni léger, ni stupéfiant de talent médiatique. Un second couteau besogneux et grave. A se demander quelle baguette magique a réussi à le transformer en athlète pressé de la politique, inlassable, qui saute les haies plus rapidement que les autres, quitte à en renverser quelques-unes au passage. On le supposait à tout le moins honteux, pas fier d’avoir éliminé des concurrents plus titrés et plus expérimentés, dont l’âge était parfois le double du sien. Eh bien non! Nous eûmes un jouvenceau digne, sérieux, calme et refusant avec constance de tomber dans les pièges de la polémique. «Quand on fait de la politique, on court toujours le risque de n’être pas élu», dit-il simplement. Il s’avoue pourtant choqué qu’on puisse l’assimiler au radicalisme à la zurichoise, oublieux des vertus de l’Etat et de la redistribution. «J’ai l’impression d’être aussi humaniste que Thierry Béguin,» insiste-t-il. Et de préciser: «Vouloir comme moi assainir les finances ne signifie en rien que je ne serais pas humaniste.» Le ministre socialiste Jean Studer, lui aussi, veut les assainir. Sur «la même longueur d’onde que lui, je n’ai pas le sentiment d’incarner une droite obtuse».
Couvert de dettes. Raphaël Comte déplore que le canton de Neuchâtel «n’arrive plus à dégager des fonds pour de grands projets». Par exemple, la voie souterraine de chemin de fer entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel. A Genève ou ailleurs, note-t-il avec admiration, «on trouve les sommes nécessaires pour des chantiers de ce genre, ce qui signifie que l’on peut emprunter de l’argent à la Confédération.» A Neuchâtel, impossible. «On n’a pas le premier franc pour investir.» Donc, la Confédération ne bouge pas. Tout cela parce que le canton est couvert de dettes, «qu’il a vécu au-dessus de ses moyens».
Il est vrai qu’avec l’or de la BNS, les Neuchâtelois ont réussi à rembourser le quart de leur dette en quatre ans. La proposition, acceptée par le Grand Conseil, émanait, sans que personne ne fût surpris, de Raphaël Comte lui-même. Mais c’est déjà de l’histoire ancienne. Les déficits annuels ne cessant de s’accumuler, «on s’est payé simplement trois ou quatre ans de vie à crédit». Et l’on a continué à creuser des trous dans les budgets de fonctionnement comme si de rien n’était. Une manière de couper complètement le développement du canton à moyen et long terme.
Alors que faire? «Il serait inimaginable d’augmenter des impôts qui sont pratiquement déjà les plus élevés de Suisse», affirme, péremptoire, Raphaël Comte. Pas d’autre solution, donc, que de contracter les budgets. Tous les partis, à l’exception de l’extrême-gauche et des Verts sont plus ou moins d’accord là-dessus.
Mais il y a loin de la parole aux actes. Au Grand Conseil, les décisions douloureuses sont différées. Ou simplement oubliées. Le temps passe et rien ne se passe. Sauf qu’ayant trop attendu, le Conseil d’Etat ne voit plus d’autres issues que d’annoncer, au dernier moment, des mesures catastrophe, sans consultation préalable des syndicats et des communes. L’effet politique est dévastateur. «Le gouvernement se retrouve aujourd’hui tout seul contre tout le monde», résume Raphaël Comte, pour qui l’idéal serait de s’entendre dans tout le canton sur des économies à long terme. «Un travail d’au moins huit à dix ans comme on l’a vu dans le canton de Berne.» On en est loin.
Air d’adolescence. Ce trentenaire qui porte encore sur lui un air d’adolescence, est un précoce. Douze ans déjà qu’il est entré en politique en s’engageant chez les Jeunes radicaux. Il siège d’abord au Conseil général de Corcelles-Cormondrèche (législatif) juste avant son élection, en 2001, au Grand Conseil, où il peut se piquer d’être le plus jeune député du canton. En 2004, il se hisse à la présidence du Parti radical cantonal, dernière présidence avant la fusion avec les libéraux. En 2008 il entre à l’exécutif de sa commune.
Il a bien tenté, une année auparavant, de se faire élire au Conseil national, faux espoir. A-t-il vu trop grand, est-il allé trop vite? Peut-être, mais lui ne se décourage pas. Loin des politiciens qui n’ont d’autre souci que de subsister dans leurs charges somnolentes, Berne, pour lui, miroite toujours à l’horizon. Il a échoué devant la porte du Conseil national, quelle importance: il se lancera dans la course au Conseil des Etats. Tant pis pour ceux qui pensent que le jeune Raphaël manque encore de bouquet et de corps. L’air propre, rincé, il a la conscience froide et récurée des gens résolus à aller jusqu’au bout de leurs ambitions.
«Tous mes mandats, je les ai remplis à 200%», affirme ce bourreau du travail pour qui la politique a été longtemps une occupation à temps complet. Aujourd’hui, en attendant le 17 janvier qui le fera, peut-être, entrer au Conseil des Etats, il s’est accordé une petite pause. Non pour ses loisirs mais pour ses études. Car Raphaël Comte est encore étudiant. La faute à la politique, cette maîtresse exigeante et jamais satisfaite, qui l’a submergé. «Je me suis consacré à elle, comme d’autres livrent leur jeunesse à l’humanitaire», dit-il. Pour beaucoup, les études préparent à la vie publique. Pour Raphaël Comte, qui convoite un «master» en droit constitutionnel à l’Université de Neuchâtel, c’est presque l’inverse. Il a pris la politique comme «une formation.» Un stage pratique permettant «de voir les institutions de l’intérieur de manière plus concrète que dans la théorie». Mais les attraits du stage ont vite pris le dessus. La théorie menaçait de se laisser engloutir. Comment s’en tirer? «Par une stricte discipline de vie. La politique prenait chez moi une telle place que je suis fixé des limites.» Et des programmes extra-politiques comme les études et la culture.
Ainsi, depuis une année, il a décidé de consacrer une heure par jour à la lecture d’oeuvres purement littéraires. Il a une prédilection pour les «gros pavés». Ces temps-ci, il lit du Gogol. Titulaire d’un bac latingrec, un rappel biographique auquel il tient, il est tout naturellement attiré par les classiques au sens large. Même chose en musique. Il n’est guère que le cinéma où il sacrifie au modernisme. Mais il n’entre pas volontiers dans les salles obscures: «J’ai la flemme de sortir».
La «flemme» de se laisser aller à des loisirs faciles, en quelque sorte. Il leur préfère la réflexion sur des thèmes que le commun des mortels juge souvent mortellement ennuyeux. Les institutions, par exemple. Comment elles fonctionnent, comment devraient-elles fonctionner? Partisan d’une réduction sévère des communes neuchâteloises, il n’a pas réussi à imposer, malgré son activisme, la fusion des communes de Corcelles-Cormondrèche et de Peseux. Les choses ont mieux marché avec la fusion des partis radical et libéral, dont il fut l’un des artisans les plus acharnés. Raphaël Comte, doué comme tout bon politicien d’une pensée anticipatrice, considère aussi d’un très bon œil la création d’un grand canton de l’arc jurassien, qui réunirait Neuchâtel, le Jura et, pourquoi pas?– le Jura bernois. N’est-il pas lui-même Jurassien d’origine?
Son ardeur est inextinguible. On peut espérer simplement qu’en vieillissant, il prendra plus de bouteille que d’embonpoint.
«TOUS MES MANDATS, JE LES AI REMPLIS À 200%.» Raphaël Comte, candidat au Conseil des Etats (PLR/NE)
CINQ CANDIDATS
Le péril écologiste
Le libéral-radical Raphaël Comte affronte quatre autres candidats dans sa course au Conseil des Etats, le 17 janvier. La conseillère nationale écologiste Francine John-Calame représente sa principale rivale. Bénéficiant du soutien de l’ensemble de la gauche, elle pourrait remporter cette élection complémentaire. D’autant plus que l’autre candidat sérieux, l’UDC et conseiller communal de La Chaux-de-Fonds Pierre Hainard, va diviser les voix de la droite. Toutefois, cet ancien radical a d’ores et déjà annoncé qu’il retirerait sa candidature à l’issue du premier tour si l’écologiste menait la course, afin que la droite conserve son unique siège à la chambre haute. Le second est en effet occupé par le socialiste Didier Berberat. Les deux derniers prétendants au siège, les indépendants Edy Zahnd et Roger Favre n’ont aucune chance d’être élus. Reste une inconnue: le taux de participation. Il risque d’être bas en ce début d’année, ce qui pourrait modifier les équilibres en place...
| Dossier 'Canton de Neuchâtel' | | |
| Dossier 'Partis politiques' | | |
Tags: Raphaël Comte, Neuchâtel, Conseil des Etats, Parti libéral-radical,
|