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Rapt
Réalisateur : Lucas Belvaux
Acteurs : Yvan Attal, Anne Consigny
Sortie: 18 novembre 2009
Distributeur : France

Le prix de la vie humaine

Dans «Rapt», Lucas Belvaux décortique en finesse et avec humanité les mécanismes sociaux et psychologiques qu’un kidnapping met en branle.

Lucas Belvaux, c’est le petit facteur. Mais oui, le puceau à écharpe rouge qui se fait vamper par Pauline Lafont dans Poulet au vinaigre (1985), de Claude Chabrol. Et puis, l’acteur a mûri, on l’a vu chez Assayas (Désordre), chez Rivette (Hurlevent), chez Reusser (La loi sauvage)...

Il est aussi passé avec succès derrière la caméra. Ses réalisations travaillent avec intelligence, avec empathie la pâte humaine, sans négliger la forme. Son admirable trilogie (Cavale, Un couple épatant, Après la vie) raconte une même histoire selon trois points de vue et dans trois registres différents, comédie, tragédie, mélodrame. Dans La raison du plus faible, il rend la parole à la classe ouvrière. A Liège, une bande de prolos cabossés par l’existence a la mauvaise idée de vouloir se renflouer en braquant l’usine qui les a licenciés.

Dignité. Dans Rapt, lointainement inspiré par l’affaire de l’enlèvement du baron Empain en 1978, Lucas Belvaux quitte la banlieue belge pour les beaux quartiers parisiens. Il y suit le dynamique Stanislas Graff (Yvan Attal, d’une grande finesse). Ce capitaine d’entreprise est un battant à qui tout réussit. Il déjeune avec des ministres, s’envole pour la Chine avec le président. «Quand la diplomatie et l’industrie vont de pair, toute la France gagne», claironne- t-il. Et puis il est kidnappé.

Rigoureux, exigeant, préoccupé de morale, Lucas Belvaux ne signe pas un énième polar sur le modèle soporifique de Julie Lescaut. Il s’intéresse moins au suspense, encore que son film soit palpitant, qu’aux répercussions psychologiques. Le fait divers est un prétexte pour explorer les tréfonds de l’âme humaine et décortiquer les mécanismes complexes de la société. Croupissant dans une cave, confiné dans le noir, mutilé (on lui coupe un doigt comme preuve), terrorisé, Stanislas Graff touche le fond. Soumis à des geôliers brutaux, il assume sa déchéance en préservant sa dignité.

Fraternité. Les ravisseurs exigent une rançon gigantesque. La famille n’a pas cette somme. L’entreprise ne peut investir autant. La raison du cœur (la femme qui dit préférer «les reproches d’un vivant au silence d’un mort») s’oppose à la logique économique: syndicats et dirigeants s’accordent pour ne pas hypothéquer la santé financière du groupe.

La police fait son enquête; la presse fait son (sale) boulot. Stanislas Graff était joueur, volage. En une des magazines people s’étalent ses conquêtes féminines et les fortes sommes qu’il a perdues au poker. A la violence des truands répondent d’autres formes de violence, plus insidieuses mais non moins dévastatrices, comme l’opinion publique ou les intérêts personnels. Le président apparaît de moins en moins comme une victime et de plus en plus comme un cochon de capitaliste.

Après plusieurs mois de détention et l’échec d’une remise de rançon, Stanislas Graff est relâché. Son épouse ne le reconnaît pas tout de suite. Il se retrouve comme un étranger parmi les siens. Rejeté par sa famille, soupçonné par la justice (et s’il avait monté l’affaire?), évincé de son poste, battu froid par les puissants qui le courtisaient au temps de sa puissance, il se retrouve seul avec son chien, la seule créature qui lui soit resté fidèle.

«Qui m’a demandé si j’ai souffert, si j’ai eu peur?» demande l’homme blessé. Lucas Belvaux ne juge personne. Il n’y a ni héros ni salauds dans Rapt. Juste des êtres humains qui s’agitent, se fourvoient, trébuchent, dégringolent au fond du trou . On éprouve à leur égard un profond sentiment de fraternité.
 
Antoine Duplan


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