Sheila Bair a été décrite comme la deuxième femme la plus puissante du monde, derrière Angela Merkel, par le magazine économique Forbes. Elle est présidente de la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation), financée par les primes des banques, un fonds qui garantit les dépôts bancaires aux Etats-Unis.
Cette femme de 53 ans n’a pas toujours été en phase avec son gouvernement. Elle a plaidé pour plus de régulations en période de laisser-faire, elle n’était pas favorable au sauvetage de l’assureur AIG par la Réserve fédérale. Malgré la sévérité de la crise actuelle, elle se veut rassurante – mais c’est son rôle – affirmant à l’envi que les petits épargnants n’ont rien à craindre.
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Cercle vicieux |
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• 650 millions
Les conséquences en Suisse de la faillite de Lehman Brothers restent difficiles à chiffrer. Un audit est en cours. Des enquêteurs épluchent les comptes des entités helvétiques de la banque et, en particulier, les 83produits structurés mis en vente en Suisse, produits dont le montant a été estimé à 650 millions de francs.
Plusieurs banques ont communiqué le montant qui les concerne ou concerne leurs clients. Pour la Banque cantonale de Berne, il s’agit de 50 millions de francs, somme garantie par un autre établissement. Pour celle de Lucerne, 80 millions de francs.
• Zurichois concernés Mais, outre Credit Suisse, d’autres établissements pourraient aussi être concernés via leur garantie (CDS – Credit Default Swap). Selon nos informations, la Banque cantonale de Zurich (ZKB) aurait justement garanti une partie de ces produits structurés Lehman Brothers qui ne valent plus pipette. Porte-parole de la ZKB, Sibylle Umiker se refuse à «commenter les transactions précises de la banque», tout en indiquant que la ZKB «est depuis longtemps active dans le négoce des CDS», et ajoute que «les transactions dans lesquelles la ZKB est engagée comme garante sont toujours couvertes». Couvertes, mais par qui?
• Interconnexions Cette crise financière a révélé à quel point le monde de la finance est interconnecté. Le dénouement de ces liens risque d’être aussi long que douloureux. •RR |
Est-ce opportun de comparer la crise financière actuelle avec la grande dépression de 1929? La correction sur le marché de l’immobilier est certainement plus importante que lors de la grande dépression, mais la comparaison s’arrête là. Plus de 7000 banques avaient disparu à l’époque. Et c’est à la suite de cette déroute que la FDIC a été créée pour assurer les banques d’épargne et de dépôts à hauteur de 100000 dollars par compte et de 250000 dollars pour les comptes retraite, précisément pour prévenir une dépression majeure. A ce jour, personne n’a perdu un seul centime sur ses comptes d’épargne. Autre différence fondamentale: la tourmente actuelle n’a pas touché le secteur bancaire traditionnel mais les banques d’investissement, les assurances et les firmes financières, peu ou pas régulées. Il y a une confusion dans la tête des gens sur ce qu’est réellement une banque.
Onze banques commerciales ont néanmoins fait faillite cette année. N’est-ce pas alarmant? Onze banques sont en effet en procédure de faillite. Mais ce chiffre n’a rien d’inhabituel. Nous enregistrons des faillites tous les ans. En comparaison, il y a eu plus de 534 faillites de banques de détail en 1989, au plus fort de la crise des savings and loans (institutions d’épargne). Durant ces périodes de turbulences, les mouvements de fusion que vous observez sont le signe que les marchés fonctionnent.
Vous affirmez donc que les marchés ont fonctionné? Je veux dire qu’en général ils fonctionnent, même si, dans cette crise, il est clair qu’ils n’ont pas fonctionné. Mais les banques commerciales, elles, ont résisté et je tiens à rassurer les gens sur leurs avoirs personnels.
Quelles leçons tirez-vous de cette crise? A l’évidence, nos pratiques de crédit doivent être revues. Les difficultés que nous avons rencontrées ont été exacerbées par la titrisation à outrance des actifs, la création d’instruments financiers complexes, sans compter les marchés dérivés par-dessus tout cela. Nous devons revenir aux vieilles pratiques de garanties des actifs et cesser de faire confiance aux modèles mathématiques. Nous devons prêter uniquement aux individus solvables, qu’il s’agisse de prêts commerciaux ou hypothécaires. Je ne sais pas si nous devons créer de nouvelles régulations. Nous devons surtout rendre les régulations actuelles plus efficaces et les appliquer à l’ensemble de la branche.
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