Généalogie
Recherche racines passionnément

Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 27.04.2011 à 14:27

La généalogie connaît un boum en Suisse romande ces dernières années. Et, surprise: de plus en plus de jeunes s’y mettent. Rencontre de cette génération «généalogie».

Un matin, Edith Jardin d’Asfeld a reçu un appel inhabituel, intrigant. C’était il y a cinq ans. «A l’autre bout du fil, j’ai entendu la voix d’un adolescent. Il m’appelait pour me demander de l’aider à construire son arbre généalogique», se souvient la cofondatrice de Sogeni SA, une société de généalogie successorale internationale basée à Vevey. L’ado cherchait également des renseignements sur l’histoire de sa famille.

«C’était la première fois qu’un jeune de la région nous sollicitait depuis la création de notre entreprise en 1994», insiste la dirigeante de cette société employant une dizaine de collaborateurs en Suisse ainsi qu’une trentaine de correspondants à l’étranger.

Depuis, c’est l’avalanche. «Nous recevons cinq demandes de jeunes gens par mois, souvent par e-mail», précise Gabriel Jardin, l’autre fondateur de Sogeni, cette société pionnière en Suisse dans la recherche d’héritiers. Il préside également la Chambre des généalogistes professionnels de Suisse romande.

Cet engouement des 15-35 ans romands, qu’ils soient apprentis, employés, collégiens ou universitaires, se ressent dans la fréquentation des Archives cantonales, des sociétés régionales de généalogie ou des bibliothèques publiques. Autre exemple: en 2010, l’état civil genevois a traité 26 demandes de recherche généalogique contre 8 l’année précédente.

Tendance. «La généalogie est devenue très tendance», confirme Eric Nusslé, sexagénaire, président et conservateur de la Fondation archives vivantes. Et même la Télévision suisse romande s’en est rendu compte. Depuis le 23 août 2010 elle propose, du lundi au vendredi à 17 h 40, Le monde est petit, une émission de jeu qui teste les connaissances des candidats, entre autres, sur la généalogie.

«Dire qu’il y a treize ans, quand j’ai commencé ma généalogie, les gens ne savaient pas de quoi il s’agissait», sourit Nicolas Durand, fondateur en 2001 de la Société genevoise de généalogie (SGG) dont les effectifs ont bondi ces dernières années. Ils sont passés de 300 membres en 2008 à 444 aujourd’hui.

Connecting people. Merci à qui? En grande partie à l’internet et aux réseaux sociaux, comme Facebook, où les groupes de recherche sur les familles poussent comme des champignons. On s’y regroupe par nom en espérant retrouver la trace d’un lointain cousin d’Amérique.

C’est devenu fun de jouer la carte du connecting people, sourit Nicolas Durand. Le nombre de sites dédiés à la généalogie a ainsi explosé: www.geneanet.org, www.genealogie.com, www.francogene.com, www.gensource.com, www.familysearch.org ou www.geneaguide.com. Même topo pour les programmes informatiques consacrés à la construction de son arbre familial, transformant la quête de ses ancêtres en une affaire en or.

«Les autoroutes numériques simplifient les contacts et surtout l’échange d’informations», se réjouit Alain Bezençon, président de la SGG dont l’arbre généalogique tente d’établir une cartographie complète de la population genevoise. Une première qui fonctionne à plein régime. Il est passé de 200 174 noms en 2009 à plus de 680 000 aujourd’hui. «La numérisation des archives, cantonales notamment, facilite également les recherches», poursuit le sexagénaire genevois.

Démocratisation. Du coup, la généalogie se démocratise, alors qu’elle coûtait encore très cher naguère en frais de déplacement notamment. Aujourd’hui, deux clics de souris et les apprentis généalogistes dénichent de premières informations précieuses.

«Avant l’internet, il faut bien avouer que l’histoire des familles était avant tout un sport de nobles», constate Leonardo Broillet, 32 ans, docteur en histoire de l’Université de Milan, archiviste adjoint du canton de Fribourg et... généalogiste à ses heures. Le sport de ceux qui devaient «fournir les preuves de noblesse pour être admis dans les chapitres collégiaux et cathédraux ou déterminer l’ordre de succession des héritiers».

L’heure est aussi à l’échange. «De nombreux amateurs de par le monde mettent gracieusement à disposition sur internet les fruits de leurs recherches», remarque Claude Rubattel, vice-président de la Société suisse d’études généalogiques.

Merci les médias. Sans compter que les médias parlent désormais régulièrement de généalogie. L’Hebdo a par exemple annoncé en primeur que le président américain Barack Obama avait des origines fribourgeoises (notre édition du 12 novembre 2009) et que Charles de Gaulle était un Jurassien qui s’ignorait (notre édition du 27 janvier 2011).

«En lisant ces articles, les jeunes se posent des questions sur leur propre histoire», témoigne Leonardo Broillet. Ce jeune père de famille s’y est mis à l’âge de 14 ans. A l’époque déjà, l’intérêt pour ces recherches était déjà au rendez-vous chez ses camarades de classe. «J’aurais pu imaginer qu’ils se moquent de moi en disant que c’était une occupation de vieux. Au contraire, ils étaient tous intéressés.»

Cédric Rossier, 34 ans, historien, généalogiste depuis une dizaine d’années et enseignant au Collège de Nyon, abonde: «Les adolescents adorent cette manière de parler du passé. C’est très anecdotique en réalité. Très “people”. Mais cela leur plaît. Cela leur parle. C’est du concret. Et cela nous permet ensuite d’entrer dans l’histoire avec un grand H.»

Quête identitaire. Mieux, pour de nombreux jeunes, la généalogie relève de la quête identitaire qui peut aller jusqu’à tester leur ADN pour déterminer leurs origines géographique et historique. C’est notamment le créneau d’iGENEA dont le succès ne se dément pas depuis sa création en 2005. «En 2010 nous avons effectué autour de 2000 tests. Soit une hausse de 100% par rapport à 2007», indique Joëlle Apter, directrice technique et cofondatrice de cette société zurichoise.

«Actuellement tout est basé sur le court terme, relate Eric Nusslé qui a traité plus de 3000 demandes de recherche en une quinzaine d’années d’activité. Avant, on apprenait un métier pour la vie. On se mariait pour la vie. Aujourd’hui, non. Or l’homme, à mon avis, a toujours besoin de s’accrocher à quelque chose sur le long terme. De savoir d’où il vient, pour savoir où il va.»

A l’heure d’une globalisation triomphante, la généalogie offre un retour aux racines d’un arbre souvent méconnu: celui de sa propre famille, remarque le Fribourgeois Benoît de Diesbach Belleroche, généalogiste professionnel et responsable du site www.diesbach.com. Une famille qui a souvent volé en éclats au moment où plus d’un mariage sur deux se termine en divorce. «Au gré des séparations et des remariages, les jeunes perdent le fil de leur histoire, analyse Benoît de Diesbach Belleroche.

Pour certains, tout est à reconstruire. Ils ne connaissent même pas le nom de leurs grands-parents.» Le Fribourgeois l’a constaté au gré de ses contacts. «Nombre de jeunes venus me demander des conseils étaient issus de familles recomposées.» Ils étaient aussi des juniors qui n’entendaient plus au coin du feu les histoires de famille racontées par les seniors, le clan ayant explosé.

«Par la force des choses, mais aussi à cause d’une société plus individualiste, les parents sont de moins en moins les dépositaires de l’histoire familiale», rapporte Gilbert Coutaz, directeur des Archives cantonales vaudoises. «Les jeunes viennent chez nous pour renouer les fils et rafraîchir cette mémoire.»

Un chemin vers les racines familiales, que connaît par cœur Loïc Rochat, 32 ans, archiviste et assistant en histoire à l’Université de Lausanne où ce généalogiste de la nouvelle génération prépare un mémoire de maîtrise sur la trajectoire d’une famille d’architectes neuchâtelois en Pays de Vaud.

«C’est après la disparition de ma grandmère paternelle que j’ai ressenti le besoin de mieux connaître les racines de la famille. J’avais 17 ans. Jusque-là, il suffisait de se tourner vers elle. Elle connaissait tout, sur tout le monde. Une véritable encyclopédie.»

Aujourd’hui, c’est Loïc Rochat qui joue ce rôle, et même plus largement pour l’ensemble des Rochat de la planète. Et c’est tout naturellement que, après un apprentissage de gestionnaire de vente, ce Morgien a repris des études en histoire et se lancera certainement dans une thèse. Le virus de la généalogie mène à tout... «Complètement vrai, confesse Leonardo Broillet qui, lui aussi, est venu à l’histoire en passant par la généalogie.

Dans mon cas, cette science m’a aidé à mieux me définir. Mes ancêtres sont de partout en Suisse. A Fribourg, j’étais considéré comme Tessinois. Au Tessin, comme Fribourgeois. Aujourd’hui, je sais exactement d’où je viens, ce que mes ancêtres, bernois, tessinois et fribourgeois faisaient, pourquoi ils ont émigré. C’est une force de connaître ses racines.»

Secrets de famille. Reste que ce voyage dans le temps n’est pas sans péril. «On risque de tomber sur quelques branches inattendues qui remettront en question certains acquis», prévient Pierre-Yves Pièce, membre du comité du Cercle vaudois de généalogie.

Certains découvrent adultes qu’ils étaient des enfants adoptés ou que leurs parents leur ont caché un demi-frère ou une demi-sœur nés d’une précédente union. «Un de mes clients a retrouvé ses origines juives que sa mère lui avait cachées, témoigne Eric Nusslé. Il s’était toujours intéressé à cette religion et à la Shoah sans savoir vraiment pourquoi.»

Un arbre généalogique peut même cacher une forêt de secrets, avertit Gilbert Coutaz. Et des secrets, la Fribourgeoise Eliane Dévaud-Sciboz, 38 ans, en a plein ses classeurs. Par exemple? Son grand-père maternel, un homme que cette infirmière de profession n’a pas connu – il est décédé en 1969 –, ne s’appelait pas Jean, mais Maurice. «Personne ne le savait. Ni ma tante ni ma maman. Aujourd’hui encore, le mystère reste total sur ses motivations à changer son prénom à l’âge adulte.»

Eliane Dévaud-Sciboz n’était pas au bout de ses surprises avec cette branche maternelle. «Mon grand-père n’avait pas de père. Sa mère, qui avait 21 ans et qui travaillait à Zurich comme domestique, était tombée enceinte sans être mariée. Elle est ensuite revenue dans sa famille pour accoucher. C’était en 1902. Mais, jamais elle n’avait révélé l’identité du père.»

La généalogiste fribourgeoise a retrouvé sa trace finalement dans un compte rendu du tribunal pour les affaires de paternité devant lequel son arrière-grand-mère avait dû témoigner. «Il s’agissait d’un Fribourgeois de 16 ans qui travaillait comme apprenti à Zurich. Ils vivaient dans le même immeuble.» Visiblement, l’amourette avait mal tourné et le jeune homme avait laissé tomber sa petite copine.

Comment a réagi sa famille? Très bien, répond la Fribourgeoise. «A travers mon travail, j’ai probablement permis de tourner les pages de chapitres restés ouverts trop longtemps.» Une chance que d’autres familles n’ont pas, elles qui restent hantées par des non-dits qui se transmettent de génération en génération, par ces naissances hors mariage ou ces adoptions cachées, ces meurtres oubliés, ces incestes ou ces viols qu’on ne saurait voir...

«Ces gens vivent comme s’il y avait un fantôme dans une crypte qui s’exprime comme par un effet ventriloque», analyse Anne Ancelin Schützenberger. Et cette psychothérapeute française, fondatrice de la psychogénéalogie, de conseiller une chasse aux trous «noirs» dans l’histoire familiale... Car la vie de nos ancêtres n’est pas toujours un long fleuve tranquille.


En chiffres

1515 Le nombre de membres des associations romandes de généalogie. Genève mène le bal avec 444 généalogistes affiliés devant Vaud (environ 300), le Valais (environ 300), Neuchâtel (180), le Jura (147) et Fribourg (144).

2000 francs, le prix en moyenne d’une étude généalogique réalisée par un professionnel. Bien entendu, ce prix peut varier selon la difficulté et le temps nécessaire pour retrouver les branches de l’arbre du client.

2000 Le nombre de tests réalisés en 2010 par iGENEA, la seule société helvétique active dans la recherche des origines géographique et historique grâce à des tests ADN. C’est deux fois plus qu’en 2007.


Lionel Rosselat, 32 ans, Thônex

"Je voulais savoir si j'étais de parenté avec Daniel Rosselat, le patron de Paléo"

Devinez ce qui a transmis le virus de la généalogie au Genevois Lionel Rossellat, 32 ans, médecin? «Quand j’étais enfant, j’étais féru de puzzles. J’en faisais tout le temps», répond le chercheur qui termine une formation en psychiatrie. Le rapport avec la recherche du passé de sa famille? «C’est le même principe. Quand vous retracez le passé de vos ancêtres, vous reconstruisez un puzzle géant à l’échelle d’une, voire de plusieurs vies.»

Et c’est à cause de son épouse que la «maladie» des ancêtres s’est déclarée. Celle qui allait devenir sa femme devait réaliser un travail sur son ascendance dans le cadre de sa formation d’enseignante. «C’était trop compliqué, se souvient le Genevois. Elle a préféré se rabattre sur la mienne. On y a travaillé ensemble, jusqu’à la cinquième génération.» Lionel Rossellat était alors au pied de son arbre. Et ce dernier ne demandait qu’à grandir, qu’à gagner de nouvelles branches.

«Je voulais savoir aussi si j’étais de parenté avec Daniel Rossellat, le patron de Paléo Festival Nyon. C’est une question qu’on me posait souvent. Et je ne savais pas quoi répondre.» Jusqu’au moment où fin 2003, il se rend, avec son frère Blaise, aux Archives cantonales vaudoises, à Chavannesprès-Renens. Quelques compléments d’enquête sur internet, et voilà que Lionel Rossellat tient sa réponse. «Nous sommes des cousins très éloignés.»

Puis, après la branche patronymique, Lionel Rossellat s’est penché sur celle de sa mère Nicole Elisabeth Aguet. Et nouvelle découverte intéressante: il est lié à l’écrivain Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) par l’intermédiaire d’Anne Le Grand (1556-1636) et Simon Mussard (1554-1616). Ils ne sont autres que les arrière-arrièrearrière-arrière-grands-parents du philosophe. Depuis, Lionel Rossellat fait partie de la Société genevoise de généalogie (SGG), du comité de laquelle il est membre.

Il écrit des articles dans le bulletin de la SGG et complète son arbre sur internet. «J’aime bien le côté enquêteur dans cette science. Surtout, je redécouvre l’histoire à travers celle de mes ascendances. C’est passionnant de se reconnecter avec ses ancêtres dans leur contexte de vie. On les voit évoluer socialement.» En revanche, il n’a pas encore trouvé de secrets de famille inavouables. «Remarquez, cela ne me dérange pas», sourit-il.


Sébastien Currat, 33 ans, Ecuvillens

"Mon arbre généalogique mesure 12 mètres. Et il n'est pas terminé..."

La longueur de son arbre généalogique? Sébastien Currat, 33 ans, sourit, alors qu’il sirote un verre, en cette fin de journée à une table du bar de l’aérodrome d’Ecuvillens, le village fribourgeois où il vit avec son amie. «Il mesure 12 mètres. En format A3. Et il n’est pas terminé. Je m’attaque cette année au XVI e siècle.»

Un travail énorme qui l’occupe une bonne partie de son temps libre. Un travail qu’il a commencé il y a vingt ans, raconte cet employé de commerce de formation qui travaille dans la pose de fenêtres et de stores. «J’étais à l’école. Nous devions réaliser une recherche sur notre famille. Cela m’a tout de suite plu.»

Pourquoi? C’est en partie la faute de son grandpère maternel qui s’est beaucoup occupé de lui, au moment où ses parents se sont séparés. Il avait 2 ans. «Il m’a donné le goût du travail bien fait et du passé. Il connaissait beaucoup de choses. Et puis, la généalogie m’a permis d’en savoir plus sur mon identité. Grâce à mes recherches, j’ai pu aussi resserrer les maillons de ma famille et, peut-être, me rapprocher de mon père naturel.» Et cela a plutôt bien fonctionné.

Aujourd’hui, ils travaillent ensemble dans l’entreprise paternelle. En parallèle, Sébastien Currat qui adorerait vivre de son art – «mais le marché est trop petit en Suisse», nuance-t-il - s’est découvert une passion pour le «côté détective. En allant dans les archives, j’apprends aussi beaucoup sur l’histoire de mon pays, de ses coutumes, de ses moeurs.» Un exemple? «Dans les villages, les familles paysannes pauvres se mariaient entre elles et les riches entre elles.

Probablement pour protéger leurs terres, leur patrimoine. J’ai aussi découvert qu’un de mes ancêtres, un vendeur de bétail bernois, avait eu 23 enfants au beau milieu du XIXe siècle.» Ses trouvailles, Sébastien Currat les consigne méticuleusement sur des feuilles glissées dans des classeurs.

Ce travail de fourmi lui servira un jour pour écrire l’histoire de sa famille veveyso-gruérienne. Une famille qui a eu sa vedette: Placide, notaire à Bulle, député conservateur, mais aussi et surtout immense soliste du «Ranz des vaches» à la Fête des vignerons de 1889 et de 1905. «Je veux redonner vie à ces gens sans histoire, insiste le chercheur. Ils le méritent bien.»


Melinda Vernez, 27 ans, Neuchâtel

"Nos ancêtres, leur vécu, ont un impact sur notre vie"

Melinda Vernez, 27 ans, sait qu’il lui arrive d’ennuyer certaines personnes âgées de sa famille avec son avalanche de questions sur leur histoire familiale. Mais cette Neuchâteloise s’accroche. Comme s’il s’agissait d’une mission. «Certains ne veulent pas revenir sur les vieilles brouilles», explique cette éducatrice sociale qui a découvert la généalogie à l’école obligatoire.

C’était il y a une quinzaine d’années. «J’avais dû construire mon propre arbre. Cela m’a passionnée.» Mais voilà, l’adolescence passe par là. Les amis, les amours, les études... Melinda Vernez lâche prise avant de retrouver le chemin de son arbre à l’âge de 22 ans. Pourquoi? «J’aime l’histoire et mon mari est aussi très intéressé par la généalogie. Mais surtout, j’ai voulu savoir pourquoi je suis née à Neuchâtel. Ou pourquoi ma grand-mère paternelle, une Locatelli de Domodossola, y a débarqué dans les années 1950.»

La réponse, Melinda Vernez l’a trouvée: elle était venue chercher du travail dans une industrie horlogère en plein boum au début des années 1950. «Ce fut le cas de mon grand-père paternel qui est venu de Payerne et de mes grands-parents maternels, originaires du canton de Berne.» Mais ce n’est pas tout. Si la jeune femme se passionne pour sa famille, c’est aussi parce qu’elle a le sentiment, fort, que l’histoire des siens influence son présent à elle.

«Nos ancêtres, leur vécu, ont un impact sur notre vie. Se connaître soi-même passe aussi par comprendre notre histoire, mais aussi nos réactions, nos habitudes. Cela nous permet de progresser, de nous réconcilier avec notre passé.» Comme si certains secrets que les familles voulaient cacher sous le tapis du temps pouvaient vous gâcher la vie. «Ce n’est pas mon cas, ajoute la jeune femme. Mais c’est intéressant de se frotter à ces nondits dont beaucoup n’ont plus de raison d’être.»

Et puis, la généalogie, c’est aussi l’occasion de partager son savoir. «Quand j’explique aux membres de ma famille que je vais plus loin que la simple date de naissance ou de mort, que je veux en savoir plus sur le contexte historique dans lequel nos ancêtres ont vécu, cela les passionne davantage. Depuis, je suis devenue un peu l’historienne de la famille.» Une historienne qui compte bien coucher sur le papier ce passé. Pour les générations futures.


Mode d'emploi

Cinq étapes pour bien remonter son arbre

Patience, persévérance, ordre, méticulosité, courage, clairvoyance et pas mal de chance vous seront nécessaires pour retrouver les traces de vos ancêtres.

Difficile, la généalogie? Pas tant que ça. Mais, comme toute science auxiliaire de l’histoire, cet art a ses règles. Nos conseils pour bien remonter votre arbre.

01. Avec votre parenté, vous parlerez...

Première étape dans la recherche de vos racines familiales: vous tourner vers les sources vivantes... soit vos parents au sens large du terme. N’hésitez jamais à déranger votre grand-tante qui coule des jours heureux dans le home de son village. Elle pourra vous raconter l’histoire de vos ancêtres. Allez vers vos parents, vos grands-parents et même leurs amis. Ils vont vous permettre de débroussailler la forêt qui se présente à vous. On ne peut que vous conseiller d’enregistrer vos entretiens sur un dictaphone ou, mieux, filmez-les, tout en prenant des notes. Autre conseil: photocopiez un maximum de documents (livret de famille, livret militaire, passeports...) et copiez toutes les photos qui vous tomberont sous la main, en prenant soin de les classer soigneusement et en indiquant où vous les avez trouvés. Ces références aux sources vous seront utiles plus tard. Mais n’oubliez jamais la règle d’or du généalogiste: «Tout entendre et ne rien croire.» Vérifiez toutes vos informations, même celles des documents officiels, et allez visiter les lieux où ont vécu vos ancêtres et où ils sont enterrés. Les tombes parlent encore...

02. D’un crayon ou d’un ordinateur, vous vous munirez...

Ce sont les armes du généalogiste. Bien sûr, on peut se passer d’un ordinateur portable, mais c’est tout de même plus pratique et plus rapide. Il existe d’ailleurs de très bons programmes comme Généatique, Heredis ou MacGénéalogie. Et, si vous préférez la méthode traditionnelle, il est recommandé d’établir des fiches pour chacun de vos ancêtres...

03. Internet, vous consulterez...

En parallèle à votre travail de terrain, un petit tour sur internet s’impose. Vous y trouverez une foule d’informations utiles et peut-être des travaux déjà publiés sur votre famille. Facebook vous permettra aussi de lancer un appel planétaire.

04. Aux archives, vous irez...

Les Archives cantonales, c’est le rendezvous incontournable de la généalogie. C’est là que vous allez pouvoir consulter les registres paroissiaux, puis de l’état civil (dès 1876), les grosses (livres fonciers), les registres de cours de justice, de notaires, le cadastre, les recensements... et vous indiquerez soigneusement les références. Un passage dans les bibliothèques régionales et cantonales est également indispensable.

05. Des conseils, vous demanderez, et de la patience, vous aurez...

Votre propre généalogie est un énorme travail chronophage. Il faudra vous montrer patient, persévérant, ordonné, méticuleux (recopiez avec précision les documents découverts, notez les détails, les lieux), courageux... et surtout chanceux. En cas de doute, de déprime ou si vous êtes bloqué, n’hésitez pas à consulter vos maîtres des Sociétés cantonales de généalogie, les archivistes professionnels ou vos voisins de recherche aux archives. Tout conseil est bon à prendre.


Chaque canton romand a son association de généalogie

ASSOCIATIONS RÉGIONALES

Rien ne vaut les conseils des associations cantonales de généalogie pour bien commencer une recherche.

Valais: Association valaisanne d’études généalogiques: www.aveg.ch

Vaud: Cercle vaudois de généalogie: www.ancetres.ch

Neuchâtel: Société neuchâteloise de généalogie: www.sngenealogie.ch

Jura: Cercle généalogique de l’Ancien Evêché de Bâle: www.cgaeb-jura.ch

Genève: Société genevoise de généalogie: www.gen-gen.ch

Fribourg: Institut fribourgeois d’héraldique et de généalogie: www.ifhg.ch

LES PROFESSIONNELS

Si le temps vous manque, des professionnels sont à votre service. Il vous coûtera entre 1000 et 20 000 francs en moyenne. La Chambre des généalogistes professionnels de Suisse romande: www.cgp-sr.ch La Chambre des généalogistes professionnels germanophones: www.berufsgenealogie.net

SITES INTERNET SUISSES

Répertoire des noms de famille suisses (DHS): www.hls-dhs-dss.ch/famn/index.php?lg=f
Généalogie suisse: www.eye.ch/swissgen
Société suisse d’études généalogiques: www.sgffweb.ch
Site généalogique et héraldique du canton de Fribourg: www.diesbach.com/sghcf
Ancêtres suisses: www.genealogiesuisse.com

SITES INTERNET GÉNÉRALISTES

Site des mormons: www.familysearch.org
Base de données généalogiques européennes: www.geneanet.org/
Portails français de généalogie: www.genealogie.com, www.francogene.com, www.guide-genealogie.com

Test ADN

www.igenea.com


A lire

«Commencez votre généalogie». Par Jean-Louis Beaucarnot, 2010. Editions Marabout, 127 p.

«Comment réaliser sa généalogie», 1991. Editions Cabédita, 160 p.

«Le grand livre de la généalogie». Par Francis Christian, 2004. Editions First, 266 p.

«Dictionnaire de généalogie». Par Léon Roy, 2001. Editions Labor, 711 p.

«Exercices pratiques de psychogénéalogie». Par Anne Ancelin Schützenberger, 2011. Editions Payot, 110 p.

«Psychogénéalogie. Guérir les blessures familiales et se retrouver soi». Par Anne Ancelin Schützenberger, 2007. Editions Payot, 287 p.

«Retrouver ses ancêtres par l’ADN». Par Guillaume de Morant, 2009. Editions Autrement, 80 p.

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