Quelques millimètres cubes de plus ou de moins de matière grise: cela suffit pour provoquer des retards mentaux. C’est ce qu’a constaté une chercheuse de l’Université de Lausanne (Unil), après avoir scruté le cerveau de patients à l’aide d’une technique perfectionnée d’imagerie cérébrale.
Cherine Fahim, du Laboratoire de recherche expérimentale sur le comportement de l’Unil, s’est intéressée à trois types de déficiences intellectuelles: l’autisme, le syndrome de l’X fragile et celui de Williams. Les deux premiers – dont il existe de multiples formes – ont un certain nombre de symptômes communs: les personnes affectées ont notamment des difficultés à établir des interactions sociales et à communiquer avec leur entourage. Dans le cas du syndrome de Williams, «c’est l’inverse», précise la spécialiste de neurosciences cliniques; les enfants concernés sont «hypersociaux et ont un langage bien développé».
Ces différences se traduisent dans la morphologie du cerveau. La chercheuse a en effet analysé le cortex de différents patients à l’aide d’une méthode d’imagerie par résonance magnétique anatomique (IRMa) sophistiquée. Si les appareils utilisés sont identiques aux scanners couramment employés dans les hôpitaux, ils s’en distinguent au niveau de l’acquisition des images et du traitement des données qui sont particulièrement précis. Elaborées à l’Institut neurologique de l’Université McGill de Montréal, où Cherine Fahim travaillait avant de venir à l’Unil, ces techniques permettent de «découper» le cerveau en tranches très fines et de voir ainsi des détails en 3D mesurant environ un millimètre de côté.
Par indifférence ou anxiété. Armée de cette technologie, Cherine Fahim a constaté que, chez les patients atteints d’autisme et du syndrome de l’X fragile, la matière grise (celle qui est constituée par les neurones) est plus épaisse que dans la population témoin. En revanche, elle l’est moins chez ceux qui sont affectés par le syndrome de Williams. L’explication, selon elle, pourrait se trouver dans le «pruning», en d’autres termes dans l’élimination des neurones redondants. «Nous naissons tous avec beaucoup plus de neurones que nous n’en aurons à l’âge adulte. Une partie de ces cellules nerveuses est en effet détruite pendant la petite enfance – au moment où les gamins disent “non” à tout – puis de nouveau à l’adolescence – une autre période où l’on s’oppose aux adultes.» Dans l’autisme et l’X fragile, le «pruning» se fait mal, ce qui pourrait expliquer que, leur cerveau étant surchargé d’informations, les patients qui regardent un schéma ou un visage ne puissent pas sélectionner celles qui sont les plus pertinentes.
Autisme et X fragile se distinguent toutefois lorsqu’on scrute deux régions cérébrales impliquées dans le traitement des informations socioémotionnelles, le cortex frontal médian et le cortex cingulaire antérieur. Dans ces zones, selon Cherine Fahim, les autistes ont moins de matière grise que les patients atteints d’X fragile. La différence est minime, mais elle permettrait d’expliquer que, si les deux retards mentaux se traduisent par une difficulté à établir des relations sociales, ce n’est pas pour les mêmes raisons: «C’est par indifférence pour les autistes, alors que c’est par évitement et anxiété pour les personnes atteintes d’X fragile.»
De telles recherches sont de nature à intéresser les pédopsychiatres. «Elles permettent de comprendre comment les altérations de certaines régions cérébrales sont associées à des symptômes particuliers, précise Stephan Eliez, directeur de l’Office médicopédagogique de Genève. Mais aussi de savoir quelles sont les structures déterminantes pour la socialisation.» L’analyse neuroanatomique pourrait en outre améliorer la prise en charge des patients. En observant par IRMa leur cerveau avant et après le traitement, on pourrait vérifier que la méthode choisie est bénéfique. Dans la mesure où «les traitements sont exigeants pour les patients», comme le dit Stephan Eliez, ce nouvel élément d’information serait le bienvenu.
«À L’INVERSE DES AUTISTES, LES ENFANTS ATTEINTS DU SYNDROME DE WILLIAMS SONT HYPERSOCIAUX.» Cherine Fahim, Laboratoire de recherche expérimentale sur le comportement de l’Unil
Tags: Autisme, syndrome de Williams, Université de Lausanne,
|