ÉCONOMIE & FINANCE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

BARACK OBAMA Avec des soldats de retour d’Afghanistan. La veille, annonçant le retrait des troupes, il déclarait: «Amérique, le temps est venu de nous concentrer ici sur la reconstruction de notre pays.»
Carolyn Kaster

HOME > ÉCONOMIE & FINANCE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Etats-Unis
Reconstruire l’Amérique

Par Gerhard Spörl - Mis en ligne le 29.06.2011 à 10:58

Au lieu de la route de Kaboul, celle du Kentucky: Barack Obama se donne d’autres priorités car son pays reste profondément enlisé dans la crise. Le début du retrait d’Afghanistan en est la première conséquence.

Robert Gates l’admet volontiers: il n’a plus très envie d’être ministre de la Défense. Il l’a été longtemps, depuis la fin de 2006. Il a contribué à ramener les troupes d’Irak à la maison et trouve normal qu’on rapatrie les boys d’Afghanistan, bien que, pour lui, les choses aillent trop vite. A 67 ans, il aura servi deux patrons aux profils opposés, George W. Bush et Barack Obama, mais son blason n’en a pas souffert.

«NOTRE VOLONTÉ N’EST PAS DE FAIRE DE L’AFGHANISTAN UN PAYS PARFAIT.» Barack Obama, président des Etats-Unis

«Une des nombreuses raisons de mon départ tient au fait que je ne me vois pas appartenir à un gouvernement contraint de réduire drastiquement notre engagement dans le monde entier», a-t-il expliqué dans un entretien avec Newsweek.

Il s’en va mélancolique parce qu’il a foi en la mission historique de son pays de rendre le monde meilleur. Or, pour lui, il se passe en Afghanistan ce qui s’est passé au Vietnam: «Nous n’avons identifié que trop tard la bonne stratégie et les bons moyens.»

En Amérique, une majorité partage cette mélancolie. Après le 11 septembre, il était juste de renverser le régime des talibans et de donner la chasse à al-Qaida. C’était certes une illusion de croire qu’un Afghanistan en ruine et sous la coupe des seigneurs de guerre s’épanouirait en un pays prospère.

Mais la guerre, à sa dixième année, coûte 2 milliards de dollars par semaine et la première puissance mondiale a d’autres priorités: si l’on parle de reconstruire, commençons par l’Amérique qui en a un urgent besoin!

Les Etats-Unis marinent dans une crise économique profonde. Ils peinent à s’en relever. Trois ans après l’effondrement de la banque Lehman Brothers, le chômage reste toujours aussi élevé: 9% officiellement, en réalité 16%, murmure-t-on.

La croissance se traîne au-dessous de 2% et la dette de l’Etat augmente chaque jour de 4,38 milliards de dollars. Bien des municipalités sont en faillite, les routes et les ponts sont pourris, plusieurs régions du pays ont des allures de tiers- monde.

Nouvelles priorités. L’état d’esprit dans l’arrière-pays a atteint Washington et pénétré les milieux politiques. Le climat a changé: les affrontements sans pitié entre démocrates et républicains ne figurent plus au menu du jour. Les deux partis sont tombés étonnamment d’accord sur l’Afghanistan et l’urgence de nouvelles priorités.

Il y a peu, à la Chambre des représentants, une proposition de rapatriement rapide des troupes n’a échoué que de peu; vingt-sept sénateurs démocrates et républicains ont appelé le président à accélérer le tempo.

Le vent a tourné. Plusieurs des républicains farouches qui songent à se présenter contre le président en 2012 font en ce moment de la surenchère pour diminuer l’engagement de l’unique grande puissance mondiale dans les contrées lointaines.

Avec l’Afghanistan et l’Irak, le Parti républicain s’est autant divisé sur le rôle de l’Amérique dans le monde que les démocrates après le Vietnam. C’est pourquoi il est aisé pour le président Barack Obama de sonner l’adieu aux armes en Afghanistan.

Il y a une semaine, un quart d’heure lui a suffi pour un discours de dimension historique: «L’onde de la guerre se retire, a-t-il dit poétiquement, tout en nommant avec franchise les raisons d’une telle affirmation. Amérique, le temps est venu de nous concentrer ici sur la reconstruction de notre pays.» Désormais, il s’agit de construire des ponts en Californie, des routes dans le Kentucky.

La guerre en Afghanistan est la plus longue que l’Amérique ait affrontée. Elle a commencé à l’automne 2001, après les attaques contre New York et Washington qui figurent presque, de nos jours, dans l’album des souvenirs.

D’ici à septembre de l’année prochaine, 33 000 soldats dépêchés en Afghanistan il y a dix-huit mois seulement seront de retour à la maison. La suite du retrait durera, par étapes, jusqu’en 2014. Puis ce sera terminé.

La grande puissance américaine réduit son zèle missionnaire. «Notre volonté n’est pas de faire de l’Afghanistan un pays parfait, a souligné Obama. Notre but n’est pas de patrouiller sur les routes ni d’envoyer des escouades dans les montagnes des années durant. Ça, c’est désormais de la responsabilité du Gouvernement afghan.»

Hamid Karzaï, le président afghan pour lequel Barack Obama n’a aucune considération, a eu des mots indulgents pour répondre à ce discours: «Obama a pris la bonne décision dans l’intérêt des deux pays. La confiance du peuple afghan dans les forces armées et la police afghanes croît de jour en jour; protéger notre pays est notre devoir.»

Si c’était vraiment comme ça, tout se passerait bien pour l’Afghanistan. Obama a atermoyé: lui, il voulait mettre fin à la guerre mais il a dû s’incliner face à la pression des militaires.

C’est pourquoi, il y a un an et demi, il avait développé une double stratégie: hausse de l’effectif des troupes de 30 000 hommes d’une part, retrait dès juillet 2011 d’autre part. Les historiens diront un jour si Barack Obama croyait vraiment à un possible tournant décisif ou s’il ne cherchait qu’un alibi.

Pour améliorer la situation en Afghanistan, c’est au général Petraeus de se débrouiller, comme il a su le faire en Irak. Ce n’est pas lui qui a fait l’Afghanistan, c’est l’Afghanistan qui a fait de lui ce qu’il est.

Sans surprise, le commandant en chef s’est opposé à la réduction des forces. Il fait d’ailleurs en sorte que son veto soit largement diffusé. Petraeus sera parmi les premiers à quitter l’Afghanistan, il devient le nouveau patron de la CIA. Du point de vue d’Obama, sa mutation est nécessaire: David Petraeus est un général de guerre, pas de retraite.

Le président américain tourne la page. Il le peut parce que la mort d’Oussama Ben Laden a comblé d’aise l’Amérique et qu’elle l’a personnellement libéré du soupçon d’être trop mou. Bien sûr, les démocrates, connus pour être un parti antiguerre, sont contents de la décision de leur président. Ils préféreraient même un retrait plus rapide. Mais la dispute couve au sein des républicains.

Le virage des conservateurs. Le camp des faucons y est conduit par John McCain, 74 ans, héros de guerre et vétéran du Vietnam, battu par Obama aux élections à la présidence. «Si nous lâchons l’Afghanistan et laissons le pays aux talibans, dit-il, nous répéterions les fautes que nous avons déjà commises.»

Plus qu’à Obama, ces mots s’adressaient à son propre parti, surtout aux candidats déjà déclarés à la présidence, Mitt Romney, Newt Gingrich et le chouchou du Tea Party, Ron Paul.

Des sondages d’opinion indiquent que 55% des républicains pensent que l’Amérique «doit accorder moins d’attention aux affaires internationales et se concentrer sur les problèmes domestiques». Ce virage au sein d’un camp conservateur qui a élu George W. Bush par deux fois, les analystes le qualifient d’«effet récession»: l’isolationnisme est une conséquence de la crise.

L’ultraconservateur Tea Party est aussi un effet de la récession: sans être homogène, il se réclame en tout cas d’un slogan: «America first», l’Amérique d’abord. Deux guerres sont un luxe que l’Amérique et Barack Obama ne peuvent pas se permettre.

©DER SPIEGEL. TRADUCTION ET ADAPTATION GIAN POZZY


Les coûts de la guerre




Tags: Etats-Unis, Amérique, Barack Obama, Afghanistan,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ÉCONOMIE & FINANCE
Tamedia licencie 21 personnes en Suisse romande
Logo de Tamedia (archives) Keystone
Tamedia a annoncé à 21 de ses collaborateurs leur prochain licenciement. Le groupe qui édite notamment "La Tribune de Genève",...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Les "100 personnalités", édition 2012
Les
Pour la 8ème fois, L’Hebdo a présenté dans sa dernière édition, à l’occasion du Forum, sa séléction de "100 personnalités...
ÉCONOMIE & FINANCE
Bankia: le nouveau président défend l'équipe qui l'a précédé
La banque espagnole Bankia, a demandé un pr^et de 19 milliards d'euros (archives)  Keystone
Le nouveau président du groupe espagnol Bankia, Jose Ignacio Goirigolzarri, qui a sollicité vendredi une aide record de 19 milliards...
ÉCONOMIE & FINANCE
L'Espagne poussée au sauvetage public le plus cher de son histoire
Bankia a besoin de 19 milliards d'euros d'argent public (archives). Keystone
La situation est pire que prévue chez Bankia, quatrième banque espagnole, qui croule sous les actifs immobiliers risqués. Elle a...
ÉCONOMIE & FINANCE
Avions militaires: Pilatus signe avec l'Arabie Saoudite
Des Pilatus PC-7 en démonstration (archives) Keystone
Pilatus va fournir 55 avions d'entraînements à l'Arabie Saoudite. La firme a signé vendredi un contrat avec le groupe de...


ÉCONOMIE & FINANCE
 Chantier de Ground Zero : Comment New York remonte
ONE WTC La principale tour du site culmine déjà aux alentours de son 72e étage (elle en comptera 108). En bas, le Mémorial, empreintes des anciennes Twins. Joe Woolhead / Silverstein Properties
«Que se passera-t-il si Ralph Lauren vient nous voir en voiture? Pourra-t-il accéder à l’immeuble?» C’est la question que les...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Frontaliers soulagés
Les frontaliers de toutes nationalités – résidents en France –, les Suisses prenant leur retraite dans l’Hexagone, comme les Français...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Smartphone
Des étuis de luxe aux carrures d’iPhone dotées de montres de poche ou multiusages (De Bethune, WATChe) en passant par...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Jean-Paul Jeckelmann : "Pour un fonds immobilier, un agio de 15% est raisonnable"
 Thierry Porchet
La force du franc incite les investisseurs à se réfugier sur les placements immobiliers en Helvétie. D’autant que certains fonds...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Qui sont ces patients qui coûtent si cher?
Ils sont 524 000. Un demi-million d’assurés sur les 7,7 que compte le pays à occasionner plus de la moitié...
ÉCONOMIE & FINANCE
 À la conquête du Vélib’ suisse
GLAND Le directeur de Velopass Lucas Girardet (tout à droite) assiste à l’inauguration du réseau La Côte le 15 juin dernier. Au premier plan, le syndic de Gland Gérald Cretegny (à gauche) et la municipale Florence Golaz. Velopass
Mine de rien, le vélo en libre-service (VLS) tisse sa toile en Suisse romande. Ce principe de partage de cycles,...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Montreux, ton univers impitoyable…
Pas facile de diriger les hôtels de Tony Murray, le propriétaire de l’Eden Palace au Lac, du Grand Hôtel Excelsior,...
ÉCONOMIE & FINANCE
 New access, les yeux rivés sur l’étranger
Au cinquième étage du Geneva Business Center à Lancy, les bureaux de New Access sont en effervescence. Les quelque 70...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Décryptages : Amère potion
La croissance des émergents est solide et la reprise est en voie de devenir autoentretenue dans les pays situés au...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Contre-Temps : Royales
Dans la foison des dossiers de presse «nouveautés» qui chaque printemps inondent le chroniqueur, celui-ci peine quelquefois à faire le...