L’UBS est trop grosse pour que la Suisse puisse la laisser partir brutalement en faillite. Ce constat posé, comment intervenir le plus efficacement possible pour garantir la stabilité du système financier; une des tâches de la Banque nationale? La réponse apportée par le plan de soutien élaboré par la Confédération et la BNS évite plusieurs pièges. Les actifs illiquides logés dans le bilan de la banque aux trois clés menaçaient de perdre encore de la valeur. De quoi forcer UBS à une nouvelle capitalisation au pire moment.
Sortir ces actifs «pourris» du bilan pour les loger dans une structure ad hoc permet à la banque d’échapper à un scénario catastrophe. Le financement par la BNS de cette structure, à hauteur de 54 milliards de dollars, offre un ballon d’oxygène immédiat à la banque et à ses actionnaires; parmi lesquels de nombreuses caisses de pension suisses. Le fonds de parcage de ces titres dévalués aura le temps – contrairement à un établissement financier coté – d’attendre qu’ils reprennent éventuellement de la valeur.
A ce moment-là, peut-être dans une génération, lorsque le marché immobilier américain aura repris le chemin de la hausse par rapport à son niveau de début 2007, la BNS et l’UBS pourraient retrouver plus que leur mise en vendant les papiers aujourd’hui gelés. C’est aussi le pari du Gouvernement américain qui a repris des actifs invendables dans le cadre du plan Paulson. Une vision de très long terme, plus adaptée à l’horizon de vie d’un institut d’émission qu’à celui d’une banque privée susceptible d’être rachetée ou vendue par compartiments. Car débarrasser l’UBS de ces titres «toxiques», c’est aussi lui offrir la possibilité de trouver plus facilement un acquéreur pour sa banque d’affaires.
Le citoyen n’y perd rien dans l’immédiat. La BNS empruntera des dollars pour financer l’opération et la charge de cette dette – en dollars qui pourraient perdre de la valeur face au franc – ne devrait pas trop grever son bénéfice, distribué aux cantons. Vendre à bon compte. De son côté, la Confédération acquiert pour 6 milliards de francs d’obligations convertibles UBS. L’Etat percevra un coupon de 12,5% sur ce placement pendant trente mois. Dans l’idéal, la Bourse et l’UBS retrouveront meilleure santé pendant cette période et la Confédération pourra vendre à bon compte son paquet d’obligations à différents investisseurs privés. Sans aucun dommage pour le contribuable.
Au pire, la Confédération se retrouverait, après conversion des obligations en actions UBS, actionnaire à hauteur de quelque 9% de la première banque du pays. En n’optant pas d’emblée pour une participation au capital – contrairement à ce qu’a fait la Grande-Bretagne – la Confédération se protège et laisse ouvertes les chances de la banque de trouver d’autres actionnaires de soutien. La banque aux trois clés pourrait être prochainement partie prenante à des procès aux Etats-Unis: il serait politiquement délicat que l’un de ses actionnaires importants soit l’Etat suisse... Un aspect d’autant plus sensible que les pressions sur la place financière venant de l’étranger, notamment en matière fiscale, pourraient s’accentuer.
D’autre part, si l’UBS devait procéder à une nouvelle augmentation de capital, la Confédération ne serait pas tenue dans l’immédiat de mettre au pot. Le bilan de l’UBS pèse quelque 2000 milliards de francs, soit un montant cinq fois plus élevé que le PIB de la Suisse et 15 fois plus que le bilan de la BNS... La taille des deux grandes banques les condamne à chercher les voies de leur avenir dans des poches plus profondes que celles de la Confédération.
L’entrée de fonds souverains à leur capital est ainsi de bon augure. L’Etat suisse, et indirectement ses contribuables, n’a pas les moyens de sauver seul ses grandes banques. Implantée dans le monde entier, l’UBS pourrait bénéficier des plans américain et européen de soutien aux banques dans le cadre de ses activités aux Etats-Unis et en Europe; notamment de la garantie européenne pour les prêts interbancaires.
Pour l’heure, la BNS et la Confédération n’ont pas jugé utile de garantir les prêts entre banques sur le territoire. Cela ne préjuge pas de mesures à venir dans ce sens. Quant à la garantie minimale des dépôts – assurée par les banques – elle pourrait être augmentée par le Parlement.
Le plan rendu public soutient l’UBS dans ses efforts pour se redimensionner et convaincre qu’elle peut traverser la crise. Si le contribuable devait être mis à contribution, mieux vaudrait que son effort soit destiné à soutenir l’activité économique: en garantissant les crédits ou en sécurisant les dépôts bancaires, comme ses homologues européens y sont indirectement appelés par leurs gouvernements.
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