Secret bancaire
Refonder les loyautés
Par Adèle Thorens Goumaz - Mis en ligne le 24.03.2010 à 16:28
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La lente agonie du secret bancaire peut être abordée sous l’angle d’une vaste crise des loyautés, qui est elle-même le fruit de la crise financière et économique que nous traversons actuellement. Comment la place financière suisse a-t-elle pu profiter pendant si longtemps du secret bancaire, un avantage concurrentiel indéniable, sans déclencher l’ire des pays voisins et des opinions publiques à laquelle nous assistons aujourd’hui? A vrai dire, des liens de loyauté et d’intérêts importants rendaient la situation relativement stable entre toute une série d’acteurs. Le cynisme et l’irresponsabilité dont ont fait preuve les banques, l’endettement des Etats contraints à utiliser de l’argent public pour stabiliser leur place financière ainsi que la crise économique ont complètement changé la donne.
Non-agression. Pendant des années, l’opinion et les autorités publiques ont été très favorables à l’univers de la finance. Les Suisses étaient fiers du haut niveau de compétence et de réussite de leurs banques, considérées comme d’importants facteurs de croissance et de bien-être économiques. Cette situation a généré une sorte de principe de nonagression entre les classes moyennes, pourtant très sollicitées en tant que contribuables, et les classes aisées, tant suisses qu’étrangères, clientes de nos banques. Il en est de même pour les majorités politiques en place et, par extension, pour les administrations fiscales, qui toléraient une situation où les banques faisaient de gigantesques bénéfices, en partie à leurs dépens.
Il est assez piquant d’assister aujourd’hui aux réactions de surprise outrée suscitées par la dénonciation des comportements des banquiers d’UBS aux Etats-Unis et probablement ailleurs. Ces derniers appliquaient semble-t-il une stratégie active d’encouragement à l’évasion fiscale envers leur riche clientèle. Mais ces comportements n’étaient-ils pas, d’une certaine manière, rendus pensables par les conditions-cadres en vigueur, chaleureusement défendues par la majorité politique d’alors? D’autres liens de loyauté reliaient les employés des banques à leur direction et au système de valeur dans lequel ils évoluaient. Avant la crise financière, quel employé grassement rémunéré et admiré pour ses performances aurait eu l’idée de voler des listes de noms de clients pour les transmettre aux gouvernements des pays voisins? Et lequel de ces pays aurait utilisé ces listes comme un moyen de pression envers ses riches contribuables, en général fort bien représentés et défendus au niveau politique? Avec la crise financière et économique, tout a changé. Les classes moyennes et les acteurs de l’économie réelle ne sont plus prêts à tolérer que les plus riches fuient leurs responsabilités de citoyens en soustrayant une partie de leur dû à la collectivité, alors que le chômage et la pression sur les assurances sociales augmentent, et que les Etats s’apprêtent à couper dans leurs budgets.
Tags: Secret bancaire, Adèle Thorens Goumaz, loyautés,
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| Réaction de La loyauté au secret bancaire existe toujours! le 25.03.2010 à 16:30 | | Votre analyse n'est pas idiote, mais vous oubliez l'essentiel:
Ce système... Votre analyse n'est pas idiote, mais vous oubliez l'essentiel:
Ce système de loyautés entre les classes et envers l'institution bancaire et le secret bancaire, n'est pas du tout mort. Il existe toujours et il a bénéficie encore d'un consensur majoritaire.
Bien entendu, ce n'est pas le cas dans les milieux de gauche et rose-verts que vous fréquentez, mais c'est vrai dans la masse de la population dans son ensemble.
Vous sous-estimez totalement cette réalité!
Jean Ziegler, qui a étudié cette question depuis plus de trente ans, est plus lucide que vous. Selon son analyse, qu'il a exposée lors de l'émission Standpunkt de dimanche passé où il était confronté avec Christophe Blocher, (un débat très intéressant que j'espère vous avez suivi) il a exposé son analyse de SOCIOLOGUE. Et il a insisté sur le fait que cette analyse est sociologique:
Selon lui ce système de loyauté que vous décrivez a été construit par les oligarchies suisses depuis plus de cent ans, parce qu'il servait LEURS intérêts. Selon lui il y a eu une proppagande pendant plus de cent ans, pour ancrer profondéement cette idéologie et ce système de loyautés dans l'opinion publique.
Selon lui toujours, aujourd'hui l'oligarchie bancaire n'a plus besoin du secret bancaire traditionnel car ses intérêts ont changé. C'est pourquoi elle accepte le principe de l'art. 26 OCDE. L'UBS et le CS n'ont plus besoin du secret bancaire, tant leurs affaires sont devenues internationales. Et voilà pourquoi, selon Jean Ziegler, l'oligarchie - dont soit dit en passant vous vous faites vous-même volontairement ou involontairement l'instrument avec votre article - cette oligarchie désire bazarder le secret bancaire.
Seulement voilà, sociologiquement ça ne passe pas parce que les petites gens, elles, continuent à croire dur comme fer dans ce système de loyautés et dans l'idéologie du secret bancaire, qu'elles considèrent comme un droit de l'homme à la protection stricte de la sphère privée.
Il y a donc un conflit entre le petit peuple, attaché au secret bancaire pur et dur, et l'oligarchie bancaire globalisée, qui, elle, épouse les intérêts de Wall-Street et non plus ceux de la Suisse.
Hé! Hé! Elle n'est pas intéressante cette analyse? Moi, je la trouve très juste.
Et si le peuple imposait à l'oligarchie, contre le gré de l'oligarchie, et contre les idéologues de gauche pro-oligarchiques du camp rose-vert, comme vous, le maintien du secret bancaire traditionnel?
C'est ça qui serait beau, qui serait drôle et qui serait même jouissif, à mon avis. Et il n'est pas impossible que cela ait lieu! Voici pourquoi:
Savez vous que selon un sondage 70% des gens se déclarent favorables au secret bancaire, cette protection de la sphère privée? A la question: la distinction entre fraude et soustraction fiscale doit elle être maintenue? il y a une majorité de 55% qui accepte que cette distinction soit abolie.
Mais moi, voyez-vous, je suis convaincu qu'en répondant à cette deuxième question les sondés mentent, comme ils ont menti pour les minarets. Parce qu'ils n'osent pas avouer qu'ils sont pour le maintien de ce sytème. Parce qu'ils ne veulent pas qu'on les soupçonne d'avoir un bas de laine, un compte noir, de l'argent non déclaré, ou, même s'ils n'en ont pas, pour le moment, ils espèrent bien en avoir un jour grâce à leur épargne, et ils entendent bienn bénéficier alors du secret bancaire pour cette "soustraction" fiscale qu'ils se réjouissent de commettre.
Alors un sondage, c'est une chose. Mais dans le secret de l'urne...
S'il faut prendre les paris, je fais le pari qu'il existe une majorité dans le pays pour l'initiative UDC visant le maintien du secret bancaire pur et dur.
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