En quinze ans, Régis Colombo, né à Montreux il y a quarante ans, photographe indépendant depuis 1993, a parcouru les paysages les plus sublimes du vaste monde – Alpes, Lavaux, Sahara, Zanzibar, Birmanie, Bali, Cuba, Shanghai. Il en est revenu avec des images tout aussi sublimes, en a fait de très beaux livres, mais s’est lassé, se souvenant qu’avant d’être photographe professionnel, il était peintre. «Depuis que je suis photographe, j’ai toujours essayé d’allier ma passion du voyage et de la découverte à mon intérêt pour l’image. Mais au bout de quelques années, je me suis rendu compte que dans les librairies, tous les livres de photographie de voyage finissaient par se ressembler. Je retrouvais même chez d’autres photographes des vendeuses sur les marchés ou d’autres gens qui m’avaient servi de modèles au bout du monde! Je trouvais que mon travail n’était plus assez personnel ni différent des autres. Je voulais retrouver la sensation que j’avais en faisant de la peinture à l’huile: la sensation de faire quelque chose de personnel, rien qu’à moi.»
Ce ne sera pas le tableau, ce ne sera pas la photographie: ce sera le tableau-photographie. Zanzibar, Lausanne, Paris, Amsterdam, la Route 66, Dubaï, le Sahara, chacun de ces lieux aimés, visités, est condensé, résumé, synthétisé en une seule grande composition carrée d’au minimum un mètre de large, réalisée à chaque fois à partir d’une centaine de photographies prises pour l’occasion ou lors de voyages précédents. Régis Colombo a commencé cet hiver à dévoiler la vingtaine d’oeuvres réalisées à ce jour, à Paris en décembre, puis ces prochains mois à New York, avant la Suisse. «A chaque fois, j’essaie de raconter une histoire, de créer une ambiance. Chaque image est comme un livre résumé en un seul regard.»
Fusion d’images. Le résultat, épatant, original et poétique, tient du rêve éveillé autant que de la plongée dans les souvenirs épars d’un voyageur ébloui. Pas de détourage léché, mais une fusion douce des images les unes par-dessus les autres dans un jeu de lumières et de transparences unique. Chaque œuvre demande une semaine de prises de vues au bas mot, puis deux semaines devant l’ordinateur, à arranger tons, formes, visages et objets comme une constellation d’émotions.
Par le biais de ses Transparencies, Régis Colombo capture l’essence d’un lieu, d’une ville, d’un paysage. Tantôt poétiques, tantôt sexy, futuristes, généreuses et enfiévrées, ses visions proposent des myriades de clins d’oeil éparpillés dans la toile que l’on cherche avec avidité. A Paris, les ombres de Bashung, Gainsbourg ou Funès planent autour de la tour Eiffel dans une gerbe digne de la boulimique Ville lumière. A Zanzibar, la nostalgie du lointain et le blues des villes oubliées du bout du monde explosent dans une tristesse de bric et de broc. Chaque image est un monde, avec ses recoins et ses secrets qu’on ne se lasse pas de débusquer. Régis Colombo a inventé le tableau-monde.
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