Un essai sur l'après-Fukushima
Régis Debray contre les prophètes
Par Luc Debraine - Mis en ligne le 15.06.2011 à 12:49
|
Le titre de l’essai, Du bon usage des catastrophes, est à prendre au second degré. Régis Debray est agacé par les prophètes qui, après Fukushima, détournent l’angoisse ambiante au profit de leur idéologie. Comme le résume l’écrivain français, «les temps mauvais donnent du bon temps aux Apocalypses comme aux Annonciations».
Plutôt que de démonter la rhétorique de ces vigies au court mât, celles qui ne voient que des éoliennes à l’horizon ou une électricité hors de prix si l’on sort du nucléaire, Régis Debray remonte aux sources du prophétisme. Ce tréfonds judéo-chrétien qui «nous roule tous dans ses plis à la naissance, croyants et agnostiques mêlés».
Avant-hier comme aujourd’hui et après-demain, l’Apocalypse de Jean demeure le texte emblème en cas de coup dur. L’Apocalypse au sens premier du terme, celui de «révélation». Cet éclairage soudain qui nous promet le pire pour nous enjoindre à mieux tirer les leçons d’une catastrophe.
S’il ne s’agissait que de nous encourager à reprendre le collier après un Déluge, tout serait au mieux. Or, les rouages apocalyptiques ne tournent qu’à la mauvaise huile prophétique, hélas.
L’essai de Régis Debray est plus court, dans tous les sens du terme, que les études de Jean-Pierre Dupuy ou François Walter, dédiées elles aussi à la pédagogie des catastrophes. Ce petit livre nous explique plutôt les raisons archaïques de la récente hausse de la production prophétique, telle qu’elle s’étale dans les médias ou les parlements, martelant des certitudes sur l’avenir.
Cette enquête sur l’amont des discours actuels agit comme une bonne piqûre de rappel. Pour être un peu moins dupe et sans doute plus ouvert à l’idée de l’impermanence et de l’imprévisibilité du monde. Comme au Japon, précisément.
«Du bon usage des catastrophes». Gallimard, 110 p.
Tags: Fukushima, Régis Debray, Du bon usage des catastrophes,
|