Il en est de certaines montres comme des bons vins: elles s’apparentent à des coups de coeur personnels qu’on aimerait faire partager jusqu’à satiété. Pour l’auteur de cette chronique, les régulateurs en font partie. Comme une épure décalée avec leur affichage décentré, comme une nostalgie des traversées océanes liées à leurs origines (chronomètres de marine), les régulateurs ont en effet souvent un petit quelque chose qui les rend différents et séduisants. Destinés, à leur création, notamment par l’horloger du Roi et de la Marine Ferdinand Berthoud (1727-1807), à la navigation en haute mer, les premiers chronomètres de marine à mouvements régulateurs affichaient en effet des axes séparés pour les aiguilles des heures, des minutes et des secondes. Un choix technique qui présentait alors un triple avantage. Celui, d’abord, d’économiser l’énergie mécanique nécessaire à leur fonctionnement, une réduction, ensuite, des frottements des rouages et, par conséquent, une meilleure précision. Après la mer, ce sont les mondes ferroviaire et des observatoires chronométriques que les régulateurs ont conquis. Pendules de précision, souvent même surnommées horloges-mères, ils servaient en effet de référence au réglage des autres montres. On rappellera que la dimension et la position centrale de l’aiguille des minutes ou des secondes (cela variait) dépendaient de leur importance respective. Désormais présents ici et là dans les collections et catalogues horlogers, déclinés en mouvement simple ou enrichis d’une ou de plusieurs complications, voire dotés d’affichages rétrogrades ou à disque (heures ou minutes, sautantes ou traînantes), les régulateurs offrent, c’est leur originalité, une lecture décalée et esthétique du temps dont on ne se lasse pas. Moi pas en tout cas.
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