Difficile de trouver plus américaine que cette histoire-là. Un destin d’abord triomphant, un siècle durant, puis une chute si brutale qu’elle manque d’emporter deux des trois protagonistes de la saga: General Motors et Chrysler.
Un chapitre de sacrifices, trois paragraphes de contrition, quelques lignes de promesses vertueuses, sans oublier l’aide de l’Etat-providence, et voilà que l’histoire repart de plus belle, avec un optimisme renouvelé.
Le salon de Detroit, qui bat son plein jusqu’au 23 janvier, est contre toute attente celui du renouveau automobile des Etats-Unis. Mieux vaudrait sans doute parler de convalescence, comme le font les dirigeants du Cobo Center, le centre des congrès de Detroit.
Nous avons tout de même affaire à une industrie nationale qui comptait 10 millions de travailleurs en 2005, mais n’en additionne plus qu’un million aujourd’hui.
Le seul Etat du Michigan, dont la ville principale est Detroit, l’ex-capitale triomphante de la voiture américaine, a perdu 850 000 emplois pendant la même période.
Avant la crise des subprimes, jusqu’à 17 millions d’automobiles étaient vendues chaque année aux Etats-Unis. En 2010, il s’en est soldé 11,6 millions, ce qui marque tout de même une progression de 11% par rapport à 2009, annus horribilis.
Enfin, si GM a détenu dans le passé plus de 50% du marché automobile américain, il n’en a plus que 20% aujourd’hui.
Reste que les signes positifs jalonnent les allées du salon de Detroit. Par rapport aux deux dernières éditions, terribles de tristesse et de stands vides miteux, il y a cette année plus de nouveau modèles: une quarantaine environ, contre 27 en 2010.
GM et Ford ont augmenté la surface de leurs stands, des marques qui - comme Porsche - avaient déserté les lieux sont revenues, et le Cobo Center lui-même bénéficie actuellement d’un rafraîchissement à 80 millions de dollars.
Certes, Chrysler semble encore fragile. La marque, désormais soutenue par Fiat, ne présente au salon que des resucées de ses grosses berlines ou des monospaces antédiluviens. Mais l’entrée en Bourse du groupe à la fin 2011 pourrait lui donner un salutaire coup de fouet.
Peut-être pas aussi salvateur toutefois que l’arrivée de GM à Wall Street en novembre dernier : le triomphe de «Governement Motors» a pris tout le monde par surprise. GM et Ford, qui lui n’a pas été mis en faillite et a donc récolté les faveurs du public américain, annonceront dans les prochaines semaines d’excellents résultats financiers.
Mieux encore, Ford a annoncé au salon vouloir engager 7000 personnes supplémentaires d’ici à l’an prochain. Notamment pour son usine de montage à Wayne, non loin de Detroit.
Une usine symbolique: elle était naguère dédiée à la fabrication de Ford Expedition ou Lincoln Navigator, des 4x4 qui ont été à l’automobile ce que les iguanodons ont été à l’évolution des vertébrés.
Or l’usine de Wayne montera désormais les différentes versions de la petite Ford Focus, y compris dès cette année une version 100% électrique. Tant GM que Ford veulent en effet séduire les Américains avec de plus petits modèles, moins chers et moins soiffards.
Certes, malgré un prix de l’essence en hausse et la fin des mesures incitatives, les excellentes ventes automobiles de décembre dernier aux Etats-Unis ont montré un net regain de forme des pick-up, 4x4 et autres véhicules «crossover».
Mais les constructeurs nationaux sont bien décidés à réduire la taille de leur véhicule. Ne serait-ce qu’en prévision de 2015, où les standards fédéraux exigeront que la consommation moyenne des modèles d’une marque soit audessous des 8 litres/100 km.
Au salon de Detroit, GM et Ford restent prudents. Si l’économie américaine repart doucement, si les emprunts d’argent à taux très bas sont désormais plus faciles, si l’âge moyen élevé des véhicules aux Etats-Unis exige un remplacement rapide, les deux groupes savent que la concurrence asiatique est plus féroce que jamais sur leurs terres.
Toyota a certes lui aussi vécu une année 2010 horrible avec ses innombrables rappels de voitures, mais le géant nippon est désormais plus optimiste. Selon le site Edmunds.com, la marque serait à nouveau N°1 sur la liste des futurs acheteurs d’automobiles aux Etats-Unis.
De plus, le coréen Hyundai ne cesse de gagner des parts de marché année après année, avec des modèles bon marché qui gagnent peu à peu en style et efficacité routière.
Enfin, VW est bien décidé à regagner le terrain perdu ces dernières années outre-Atlantique, ne serait-ce que pour arriver à son but désormais obsessionnel: être le N°1 mondial à la fin de la décennie.
L'économie américaine reprend son souffle
9,4% des travailleurs actifs pointaient au chômage en décembre, un taux en recul de 0,4 point par rapport à novembre. Cela correspond au niveau le plus bas depuis mai 2009.
14,1% de hausse en six mois pour le Dow Jones. L’indice phare de Wall Street flirte aujourd’hui avec les 12 000 points. Très loin du creux de mars 2009, lorsqu’il passait sous la barre des 6500 points.
5,3% du revenu des Américains étaient mis de côté sous forme d’épargne au mois de novembre, soit bien plus qu’avant la crise. Ce qui n’empêche pas la consommation des ménages de repartir à la hausse.
13% d’augmentation des ventes de détail entre septembre et novembre 2010. Une croissance portée en particulier par les ventes de vêtements et d’articles de sport.
General Motors
Au bord de la faillite en 2008, GM a été sauvée et restructurée par l’Etat. A son retour en Bourse en novembre 2010, la part détenue par le Trésor américain est passée de 61% à 26%.
GM regroupe entre autres les marques Buick, Cadillac, Chevrolet, GMC, Daewoo, Holden, Opel et Vauxhall.
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