Renaud Capuçon est habitué à la notoriété. Dès son adolescence, ce natif de Chambéry a été propulsé sur la scène musicale, accueilli comme la valeur montante du violon français. Seul ou avec son frère Gautier, violoncelliste, il a écumé les festivals, plongé tout jeune dans la musique des grands. Sûr de lui mais la tête froide, il s’est cependant forgé, sous son physique de sportif d’élite, une volonté de fer et ne s’est pas contenté d’un statut prometteur.
Aujourd’hui, à 34 ans, il est sur le haut de l’affiche, valeur désormais sûre du violon mondial, invité par des orchestres prestigieux d’Europe et d’Amérique. Parfait gestionnaire de sa carrière. A l’image de son discours: les mots sont précis, le débit rapide, les phrases brèves et claires. Renaud Capuçon n’a rien du rêveur. En parfait violoniste, il a les pieds sur terre, solidement arrimés, condamné à un solide équilibre corporel pour que les sons puissent mieux s’envoler. Et, question présence, il est un maître. Pour preuve, parmi d’autres, le Concerto de Beethoven qu’il a récemment enregistré. Son interprétation est brillante, déterminée, chaleureuse mais avec une part invincible et souveraine. Renaud Capuçon le relève volontiers: il a 34 ans, un passé déjà riche et la vie devant lui. Sa présence, sa voix et son jeu expriment tout cela.
Duo fraternel. Même assise lucide quand il évoque certains choix dans son parcours, notamment celui de renoncer à la formule du parfait duo fraternel qu’il a formé durant des années avec son jeune frère. «Nous avons très longtemps accepté des concerts à deux, sans vraiment y réfléchir. Mais, après avoir joué le Double de Brahms près de cent fois en cinq ans, nous avons décidé de devenir plus attentifs à ce que nous faisions. Nous adorons toujours jouer ensemble mais voulons redonner à chacune de nos collaborations un côté exceptionnel, pour ne pas brûler nos cartouches, gérer le long terme, penser aux vingt prochaines années!» Contrairement aux sœurs Labèque «qui ne jouent qu’ensemble», Renaud et Gautier Capuçon font donc désormais archets séparés la majeure partie du temps afin de continuer d’avancer, de se confronter à d’autres visions musicales et, surtout, de garder intact le plaisir de jouer entre frères, en toute liberté, «parce que, là, c’est vraiment autre chose. Ni mieux, ni moins bien – ce n’est pas un jugement de valeur – mais tellement différent. Ce lien du sang, unique, tient du miracle...»
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