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Littérature
Rentrez, écrivains!

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 17.08.2011 à 14:28

La rentrée littéraire s’ouvre dans une ambiance gourmande pour les lecteurs mais de crise pour les éditeurs et libraires. Surtout, ne pas se laisser gâcher son plaisir.

Pour la première fois, Michel Moret, patron des Editions de l’Aire à Vevey, remettra lors de sa traditionnelle soirée de lancement de rentrée littéraire, le 26 août prochain, des césars à trois libraires méritants. Et lors de cette même soirée, Pascal Vandenberghe, directeur de Payot Libraire, viendra parler des «problèmes du prix de vente des livres». Signe des temps.

La rentrée littéraire 2011 s’ouvre sur fond de double crise: crise économique, qui fait que l’achat de livres passe au second plan dans l’ordre des priorités des ménages, et déclin du papier au profit du numérique.

Jusqu’à présent, le marché du livre avait plutôt bien résisté à la crise économique, ne marquant aucune baisse particulière en 2010, et témoignant même d’une élasticité particulière avec des succès spectaculaires comme celui d’Indignez-vous! de Stéphane Hessel.

Mais le premier semestre a été difficile et la Suisse romande particulièrement touchée: l’euro est au plus bas, le prix des livres – fixé par des diffuseurs-importateurs qui décident de répercuter ou pas la baisse de l’euro sur le prix de vente – ne suit pas, et les clients rechignent de plus en plus à acheter leurs livres en Suisse.

D’autant plus que rien ne promet que la situation s’améliorera, puisqu’un référendum contre la nouvelle réglementation sur le prix du livre, qui vise à permettre à l’Etat de pouvoir contrôler le prix de vente du livre fixé par l’éditeur ou l’importateur, a été lancé avec succès par les sections zurichoises de l’UDC et du PLR avec le soutien de la Migros.

La Suisse romande risque de se retrouver à nouveau perdante puisque, pour cause de structure très différente du marché, cette loi profiterait davantage aux lecteurs romands qu’à ceux de Suisse alémanique.

Les libraires, ces héros. Du coup, l’air du temps est à la valorisation du travail des libraires et à la prudence du côté des éditeurs. Des éditeurs qui ont élagué leur programme: la rentrée 2011 propose l’un des plus faibles volumes depuis dix ans, avec 654 romans français et étrangers à paraître entre août et octobre, soit 6% de moins que l’an dernier. C’est la production française qui en fait les frais, avec 12% de baisse, alors que les traductions étrangères passent de 204 à 219 titres publiés cette année.

Surtout, les éditeurs se montrent particulièrement frileux avec les premiers romans (74 contre 85 en 2010 et 87 en 2009).

Certaines maisons comme P.O.L, L’Olivier ou Denoël n’en publient carrément aucun, confirmant que le premier roman, quasi le seul moyen pour un auteur de se lancer dans l’arène, n’est plus un passage moralement obligé de la rentrée.

Mis à part les incontournables Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, Jean-Christophe Grangé ou Anna Gavalda (qui propose non un inédit mais une traduction de Stoner de l’Américain John Williams, chef-d’œuvre oublié de 1965), les stars de la rentrée sont des écrivains étrangers: Paul Auster, Jonathan Franzen, dont paraît la traduction du livre qui lui a valu la une du Time Magazine l’an dernier, Haruki Murakami, l’Israélien David Grossman, Philip Roth, Mario Vargas Llosa.

Pour la première fois, la rentrée littéraire française sera aussi numérique. Dès cette semaine, les premiers romans qui arriveront en librairie seront disponibles, parallèlement, sous forme de fichiers électroniques. Encore rare en 2010, l’offre sera cette année générale chez les grands éditeurs, même si elle concerne les ouvrages français principalement. Ce qui n’est pas incompatible avec le métier de libraire, comme le prouve l’expérience de Payot Libraire.

Quant à l’essentiel, à savoir si vous trouverez votre bonheur de lecteur et lectrice dans ce qui reste une avalanche de propositions de lecture nouvelles, la réponse est oui. Si les temps sont difficiles pour les métiers du livre, la motivation de ces autres héros que sont les écrivains est, elle, intacte et les thématiques qu’ils empoignent «concernantes» et passionnantes. Des histoires de famille par dizaines, des faits divers, l’univers du travail, des catastrophes plus ou moins imaginaires – notre monde.


Les poids lourds

"Freedom" de Jonathan Franzen

Publié en août 2010 aux Etats-Unis, Freedom a valu à son auteur Jonathan Franzen, 51 ans et auteur en 2002 des célèbres Corrections vendues à 3 millions d’exemplaires, la prestigieuse couverture du magazine Time, le titre de Great American Novelist et le statut d’une rock star.

La traduction de ce roman de quasi 800 pages permet de se joindre franchement à ce concert de louanges. Freedom suit les quatre membres d’une famille du Middle West américain – Patty, la mère, Walter, le père, leurs deux enfants Jessica et Joey – sur plusieurs décennies, de leur jeunesse à l’orée de leur vieillesse, couvrant les années Bush père, Clinton et Bush fils. Patty est une ancienne star du basket universitaire qui, pour se faire remarquer du beau Richard, colocataire de Walter, séduit ce dernier et finit par l’épouser sans pouvoir oublier Richard.

Mère au foyer vaguement puis franchement malheureuse, elle couve ses deux enfants jusqu’au jour où Joey emménage chez sa petite amie pour échapper à son amour étouffant, pendant que Walter, juriste écologiste consciencieux, s’évade et tente à sa manière de sauver la planète.

Franzen se faufile dans les lézardes de la façade d’une famille qui ressemble aux nôtres et en explore méandres, mécanismes et névroses. Difficile de savoir s’il a de la sympathie pour ses personnages, cultivant envers eux un regard distancié, curieux, parfois teinté d’un léger dédain qui donne au roman une tonalité acidulée unique.

Difficile d’ailleurs d’avoir de la sympathie pour Patty et Walter: elle naît peu à peu devant leur ténacité à se battre pour découvrir quel sens donner à leur existence et à leur liberté qui ne semble, et pour cause, jamais acquise – la grande question du roman, qui lui donne son titre et le hante bellement.

Si l’on peut parler de chef-d’œuvre, c’est non seulement grâce aux ambitions sociolittéraires du roman – qui de lui-même se compare à Guerre et paix, que Patty tente régulièrement de lire jusqu’au bout –, ambitions atteintes, mais parce que Franzen démontre un impressionnant savoir-faire d’écrivain: style ample et serré, dialogues exceptionnels, retours en arrière opportuns, passage d’une narration neutre au journal de psychanalyse de Patty, habiles changements de points de vue, faisant de Freedom à la fois l’irrésistible biographie d’une famille disfonctionnelle et un portrait indélébile de notre époque.

«Je ne crois pas qu’ils aient encore compris comment vivre», soupire une voisine après que Patty et Walter sont venus faire de maladroits adieux lors de leur départ de Saint Paul pour Washington.

A la fin, après Richard, les trahisons, les mots de trop, les mots jamais dits, après le dégoût, après l’amour, après que les enfants ont tant grandi qu’ils sont devenus des adultes n’ayant plus rien en commun avec leurs parents, après toutes ces années durant lesquelles ils n’auront pas appris à vivre – mais qui apprend à vivre? –, Patty revient se pelotonner sur le perron de la maison au bord du lac où Walter s’est réfugié, et Walter finit par lui ouvrir la porte, et la prendre dans ses bras.

«Freedom». De Jonathan Franzen. L’Olivier, 720 p.

Et encore

Rien à jeter du côté des poids lourds de la rentrée, qui signent de très belles livraisons. Les trois portraits de femmes d’Eric-Emmanuel Schmitt dans La femme au miroir (A. Michel) sonnent juste, tout comme le destin malin du magicien de Tuer le père signé Amélie Nothomb (A. Michel).

Paul Auster ne quitte pas Brooklyn pour un émouvant et désillusionné Sunset Park (Actes Sud), l’Israélien David Grossman livre un immense et grave Une femme fuyant l’annonce (Seuil) écrit après la mort de son fils. Haruki Murakami livre les deux premiers tomes d’une trilogie fantastique et dérangeante (1Q84, Belfond) tandis que Le rabaissement de Philip Roth (Gallimard, octobre) décrit avec un instinct exemplaire la lente remise en question d’un acteur vieillissant.


Les bonnes surprises

"Famille modèle" d'Eric Puchner

Pour un premier roman, c’est un coup de maître. Le Californien Eric Puchner, 37 ans, auteur d’un recueil de nouvelles en 2008 (La musique des autres, Albin Michel), tentait de raconter depuis des années la vie de son père, qui perdit tout son argent lorsque Eric était adolescent et finit par aller vivre dans le désert de l’Utah. Ce n’est qu’en inventant la famille Ziller que le romancier y arrive enfin, s’emparant par la même occasion du rêve américain dans ce qu’il a de grandiose et pathétique.

Les Ziller – Warren, le père, qui avait juré de quitter les champs de maïs du Wisconsin pour les maisons grandes comme des ranchs de la côte Ouest, Camille, la mère, Lyle, 16 ans, rouquine intello et misanthrope, Dustin, beau gosse roi du surf, Judas, 11 ans, obsédé par la mort – habitent un ghetto pour nouveaux riches au bord de l’océan californien.

Warren a investi tout l’argent de la famille dans un projet immobilier désastreux, mais n’ose rien avouer à sa femme et à ses enfants. Lorsque sa voiture est saisie, puis ses meubles, il décide de mentir jusqu’au bout. La vérité explose un soir autour d’un feu de camp, alors qu’ils tentent de jouer à la famille parfaite en excursion, dans une scène terrible et à hurler de rire où chaque membre de la famille avoue à tour de rôle ce qu’il cache aux autres.

Le rêve américain de Warren, obligé d’emmener sa famille vivre dans un lotissement de maisons préfabriquées dans la banlieue désertique de Los Angeles, s’écroule. Mais la vie continue, ou même peut-être commence.

Car d’intéressant et prenant, le livre devient bouleversant une fois que les cartes sont posées sur la table, les masques tombés. A travers plusieurs scènes mémorables qui rythment le roman, Camille cesse d’être gentille, Dustin beau, Warren menteur, Lyle provocante et faussement déprimée.

Eric Puchner, qui a lui-même été un ado californien dans les années 80, entrechoque avec un dosage parfait une ironie parfois sardonique et une empathie extrêmement attentive, faisant de Famille modèle une tragicomédie irrésistible. Il pose les questions que toute personne qui a été membre d’une famille une fois dans sa vie s’est posée: qu’est-ce qu’avoir des parents? Qu’est-ce qu’être parent?

A-t-on le droit de ne pas admirer ses parents? Pourquoi est-ce difficile de grandir? Peut-on être davantage déçu par soi-même que par les autres? Quand sait-on que l’on a gâché sa vie? A quel moment se rend-on compte que tous ces moments apparemment sans valeur, les repas du soir, le camping, les parties de Monopoly, sont ceux qui comptaient le plus? A quel moment l’expression: «Tu as la vie devant toi!» n’est-elle plus vraie?

Parce que son exploration de la persistance du rêve américain, métaphore de tous les espoirs humains, est d’une grande profondeur. Que sa vision de la cellule familiale est d’une sagesse formidable, amicale et intelligente, d’une grande franchise autant que d’une délicatesse infinie, parce qu’il connaît le désespoir des pères et des fils, il faut lire Eric Puchner cet automne.

Et encore

Bonne surprise avec le premier roman de la journaliste Sylvie Tanette (Espace 2, L’Hebdo) et son sobre et beau roman familial Amalia Albanesi (Mercure de France), tout comme avec celui de Philippe Lançon, critique à Libération, dont Les îles naviguent avec une belle modernité entre Cuba et Hong Kong.

Ravissement immédiat avec la première traduction d’un maître de l’écriture réaliste en Pologne, Kazimierz Orlos, dont L’estivant part à la recherche de son amour de jeunesse sur une plage de la mer Baltique. Instant de grâce avec La légende des fils de Laurent Seksik (Flammarion), décevant dans son précédent Les derniers jours de Stephan Zweig, qui imagine ici un garçon en quête de l’affection d’un père brisé par la guerre de Corée en Arizona.


Les confirmations

"Limonov" d'Emmanuel Carrère

En octobre 2006, Anna Politkovskaïa est assassinée et Emmanuel Carrère se retrouve à Moscou pour un journal. Quelques jours plus tard, au théâtre de la Doubrovka, 300 personnes commémorent la prise d’otages tchétchènes de 2002. Parmi eux, il reconnaît Edouard Limonov, que les femmes dans la foule appellent en murmurant: «Edouard».

Il l’a connu à Paris dans les années 80, dissident new wave, sexy, rusé et marrant, dont le héros revendiqué était Johnny Rotten, le leader des Sex Pistols, et qui ne se gênait pas pour traiter Soljenitsyne de vieux con, auréolé par le succès de son roman à scandale intitulé Le poète russe préfère les grands nègres, tiré de son expérience de voyou de l’underground soviétique sous Brejnev, devenu clochard à Manhattan, puis valet de chambre d’un milliardaire new yorkais.

Depuis, après Paris, Limonov était devenu infréquentable en paradant dans les Balkans aux côtés des Serbes de Bosnie, puis était retourné en Russie fonder un groupuscule brun-rouge appelé le Parti national-bolchévique. Devenu agitateur politique mineur dans le chaos de l’ère Eltsine, il mobilisait les jeunes rebelles punks, avant d’être emprisonné pour une histoire de trafic d’armes au Kazakhstan.

Lorsque Carrère apprend qu’Anna Politkovskaïa, contre toute attente, avait pris la défense de militants du parti de Limonov et que Limonov lui-même voulait former une coalition avec Garry Kasparov nommée L’autre Russie, il décide d’aller y mettre son nez. Cela lui prendra quatre ans pour recomposer la vie de Limonov, et trouver sa place à lui dans ce tableau aventureux, dantesque et désespéré.

Tout comme dans le superbe Un roman russe, dans lequel l’écrivain partait sur les traces d’un soldat hongrois arrêté en 1944 par l’Armée rouge tout en reconstruisant son parcours familial de descendants d’émigrés russes et en analysant avec désarroi sa situation amoureuse du moment, Limonov est construit par strates tout aussi passionnantes les unes que les autres.

Le monde, la Russie, Limonov, Carrère – par cercles concentriques, ces quatre univers se tournent autour, se séduisent, se rejoignent et se superposent pour donner un récit très éclairant, lucide, personnel et sensible de notre histoire russe de ces 50 dernières années.

Comme fil conducteur, la nostalgie – celle, innée, des émigrés russes, qu’ils se nomment Limonov ou Carrère; celle des Russes, si difficilement compréhensible, pour le communisme rassurant d’antan; celle de Limonov pour l’homme glorieux et puissant qu’il aurait dû être à ses yeux; celle de Carrère pour sa propre jeunesse, sage et naïve.

«Un (...) véritable ami, c’est aussi un témoin, quelqu’un dont le regard permet d’évaluer mieux sa propre vie», écrivait-il dans L’adversaire. Mesuré à cette aune, Emmanuel Carrère est l’ami d’Edouard Limonov. Réciproque ou pas, cela suffit pour faire un bon, un très bon livre qui conforte notre conviction: Carrère est décidément l’un des plus originaux et excitants écrivains français du moment.

«Limonov». D’Emmanuel Carrère. P.O.L, 300 p.

Et encore

On s’en doutait, mais Sorj Chalandon et David Foenkinos confirment qu’ils comptent énormément dans le paysage littéraire français. Le premier se met dans la peau du traître irlandais de Mon traître dans un intense Retour à Killybegs (Grasset) et le second livre des Souvenirs espiègles et mélancoliques.

Le jeune américano-éthiopien Dinaw Mengestu confirme avec Ce qu’on peut lire dans l’air qu’il mérite les espoirs mis en lui, tout comme l’Américain David Vann, dont Désolations nous replonge dans un Alaska dramatique. Joseph O’Connor justifie son titre de meilleur écrivain irlandais du moment avec Muse et Lydie Salvayre sa voix originale avec un Hymne fougueux à Jimi Hendrix.


Les Suisses

"Le Turquetto" de Metin Arditi

Le septième et nouveau roman de Metin Arditi raconte le destin d’Elie Soriano, né à Constantinople en 1519, devenu sous le nom du Turquetto un peintre exceptionnel et reconnu à Venise après avoir fréquenté les ateliers de Titien. De lui, il ne resterait qu’un seul tableau et une signature mystérieuse.

Dire cela, ce n’est encore rien dire. Parce que Metin Arditi a réussi, avec Le Turquetto, le tour de force d’avoir écrit un roman historique tout en se débarrassant des longueurs et codes du genre – qui «l’ennuient» – pour en faire un roman moderne qui n’oublie jamais sa mission: aller à l’essentiel.

Poursuivant l’exploration littéraire de la peinture, une passion que Metin Arditi a exploitée dans plusieurs romans, de La chambre de Vincent (van Gogh) en 2002 à L’imprévisible en 2006, Le Turquetto est pourtant l’âme sœur d’un autre roman, Loin des bras, paru l’an dernier et qui plongeait non dans la peinture mais dans la vie d’un enfant placé en internat à des milliers de kilomètres des bras de ses parents.

Le point de départ du roman est certes un tableau de Titien, L’homme au gant – devant lequel le romancier est tombé en extase il y a quelques années, le tenant pour «le plus beau portrait du monde» –, mais Elie, orphelin, bébé, de mère, puis très vite de père aussi, cherche à travers l’art à briser sa solitude.

Metin Arditi croit profondément aux nourritures affectives et émotionnelles que peut fournir l’art, musique, peinture ou littérature, et le dit avec plus de force et d’intensité que jamais dans Le Turquetto. Elie cherche père et mère dans la perfection de ses couleurs, ses pinceaux, ses formes.

Et quand, né juif en terre musulmane, nourri de foi chrétienne par la présence importante des orthodoxes grecs à Constantinople et devenu star dans une Venise très catholique en pleine Inquisition, il peint une Cène monumentale représentant Jésus et ses apôtres en juifs fêtant la Pessah, le scandale est assuré et la chute brutale. De l’art, il ne restera que l’essentiel: l’amour, les bras, le visage de son père.

Né en 1945, 23 ans à peine après la fin de l’Empire ottoman, Metin Arditi a vécu à Istanbul une petite enfance encore ottomane, baignant comme Elie dans une multiplicité de langues, de cultures et de civilisations. Le Turquetto, qui fait revivre Constantinople avec une fougue, une saveur et une précision uniques, constitue ainsi pour le Genevois d’adoption un formidable et émouvant retour aux sources.

Pour l’écrire, Metin a mis les pieds dans les traces d’Elie, s’est assis au grand bazar pour regarder et écouter la ville. Plaidoyer pour la diversité culturelle et religieuse, cet impeccable roman prouve que choisir équivaut à s’appauvrir. «Toutes les religions sont belles, glisse le romancier. Il faut toutes les pratiquer mais ne croire en aucune. Car ce sont les rites qui amènent à l’essentiel, soit à l’autre via le partage et la fraternité.»

«Le Turquetto». De Metin Arditi. Actes Sud, 282 p.

Et encore

Riche rentrée suisse avec, en moteur, Anne Cuneo et Un monde de mots (Campiche), superbe et enthousiasmant récit de la vie de John Florio, traducteur de la Renaissance et ami de Shakespeare. Toujours chez Campiche, l’émouvant roman posthume d’Anne-Lise Grobéty, Des nouvelles de la Mort et de ses petits.

A ne pas manquer, le règlement de comptes familial de la fille de Max Frisch, Ursula Priess, dans A travers tous les miroirs (Zoé) et l’irruption d’un ancien amour dans la vie de Serge Bimpage dans Le voyage inachevé (L’Aire). Chez Luce Wilquin, maison belge fort attentive aux Romands, Florence Heiniger se lance en littérature avec d’étonnantes nouvelles (Une larme dans l’objectif) et la Genevoise Laure Mi Hyun Croset confirme son précieux talent dans Polaroïds.





Tags: Rentrée littéraire,

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