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DEBATS & POLEMIQUES
Réponse à Jacques Neirynck: Plaidoyer pour les séries TV

Mis en ligne le 07.12.2011 à 12:54

Réponse à La lettre ouverte de Jacques Neirynck parue dans L'Hebdo n°47, semaine du 24 novembre 2011.

GILLES MARCHAND - Directeur de la RTS.

 

Il y a quelques jours, Jacques Neirynck exposait dans L’Hebdo une théorie originale à propos des films et séries achetés par la TSR. En substance, en diffusant des séries fédératrices d’audience et donc pourvoyeuses de publicité, la TSR désinformerait le consommateur pour mieux informer le citoyen! Le conseiller national Neirynck, qui au passage salue la qualité des émissions produites par la TSR, considère ainsi que les séries sont «débiles». Voilà un intéressant débat, qui aborde plus largement le rôle et la mission de la télévision publique.

De l’info et des magazines de société tous les jours sur le prime time de la TSR. Toutes les premières parties de soirée de la TSR, de 19 h à 21 h, sont occupées par des émissions d’information, des magazines de société et quelques divertissements suisses les vendredis et samedis. Auxquels s’ajoutent des programmes sportifs sur le deuxième canal ainsi que des documentaires. La Suisse romande n’a pas à rougir de cette programmation, plutôt exigeante si on la compare aux autres TV généralistes. D’ailleurs le public ne s’y trompe pas: avec plus de 30% de parts de marché entre 18 h et 23 h, la TSR devance largement toutes ses puissantes concurrentes. Et le 19:30, qui rassemble régulièrement plus de 300 000 Romands, ne faiblit pas malgré le développement spectaculaire de sa consommation online et mobile.

Les 100 000 téléspectateurs de «Dr. House» ne sont pas tous «nuls»! A partir de 21 h 15 environ, particulièrement le jeudi et le dimanche, la TSR diffuse en effet des séries américaines, comme Dr. House, qui rassemblent souvent plus de 100 000 téléspectateurs. Faut-il penser, comme Jacques Neirynck, qu’ils sont tous «nuls»? La critique est un peu courte. Il y a dans le monde de la série, des chefsd’œuvre comme des navets. Et la TSR propose à son public une diversité quasiment inégalée de séries intéressantes, en avant-première, en français ou en version originale. Mad Men ou Boardwalk Empire, par exemple, doivent-elles vraiment être considérées comme des séries débiles?

De la création européenne et suisse romande. Le mercredi soir, la TSR propose aussi un vaste panorama de séries européennes, qui reflète parfaitement la création dans ce domaine. On y trouve des perles françaises, danoises, anglaises ou suédoises, qui réunissent chaque semaine entre 15 000 et 25 000 amateurs. Et depuis trois ans environ, la TSR, avec la production indépendante, essaie de développer les séries suisses, avec des auteurs et des comédiens suisses. La série télévisée est ainsi un genre audiovisuel parfaitement légitime, qui raconte à sa manière la réalité socioculturelle.

Le rendez-vous quotidien qui se noue entre le public et sa télévision est subtil. La programmation d’une chaîne de télévision généraliste, c’est comme un tissu vivant. Et c’est le dosage délicat entre l’information, le sport, les magazines de société, les documentaires, le divertissement et la fiction, qui permet l’attachement et la fidélité du public à sa télévision. La série TV a toute sa place dans cette rencontre.

La radio et la télévision, des liens culturels et sociaux essentiels. La programmation de la TSR tente de répondre à l’équation difficile de la qualité et de l’efficacité. Autrement dit de la création artistique, de la diversité, de l’exigence journalistique d’un côté; du plaisir, de l’audience et des parts de marché de l’autre. Il est parfaitement exact que la série achetée (à 100 fr. la minute contre près de 7000 fr. pour la coproduction suisse) est un ingrédient clé de cette équation. Vingt-cinq pour cent des moyens consacrés à la diffusion des programmes TV viennent des recettes commerciales.

Abandonner le revenu publicitaire, ainsi que le propose Jacques Neirynck, signifierait comme en France que l’Etat vienne en renfort. Ou que le diffuseur public réduise sensiblement la prestation de programme proposée au public. Là est le véritable débat. Notre région francophone doit tout faire pour garder une offre audiovisuelle de qualité, diversifiée, capable de résister au rouleau compresseur des puissantes chaînes françaises.

Le succès de la radio et de la télévision suisses est un facteur important de liens sociaux et culturels, pour toute notre région. A l’intérieur de la Suisse majoritairement alémanique, comme de la communauté internationale francophone. Et ces liens sont trop précieux pour ne pas les cultiver.




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