Reportage de Camille Chardon: Abidjan, la capitale gay d’Afrique de l’Ouest
Par Hebdo Blogtrotters - Mis en ligne le 09.08.2010 à 08:56
|
| Mœurs. Toutes les extravagances nocturnes semblent permises à Abidjan, figure de proue ultralibérale de la sous région ouest-africaine. Malgré que l’homosexualité demeure taboue dans la société ivoirienne, les gays y ont trouvé leur place : trois night-clubs sont spécialement dédiés à cette clientèle.
Les vendeurs à la criée, qui écoulent leurs stocks de recharges téléphoniques, mouchoirs ou œufs durs dans les rues, disparaissent à mesure que la nuit tombe sur Abidjan. Une nouvelle population investit les avenues principales où s’alternent restaurants, maquis (bars) et night-clubs. Des cohortes de mini-jupes et des effluves d’after-shave donnent à la rue Princesse - la plus renommée pour son ambiance festive - toute sa dimension. Mais, si l’on ambitionne de trouver l’adresse d’un bar homosexuel, les langues peinent à se délier. « Même si les gens savent où se trouvent les clubs gays, ils répondent rarement par peur d’y être associés et de subir des représailles», explique Patrick, un jeune informaticien. Mouvement associatif. Pour faire évoluer les mentalités, l’association homosexuelle Arc-en-ciel + a été crée en 2003. Elle compte près de 400 membres, dont dix pères éducateurs (mentors) qui luttent contre l’homophobie et s’occupent de la prévention VIH dans différentes zones d’Abidjan. Atu a 33 ans et travaille bénévolement comme père éducateur à Port-Bouët, dans le quartier pauvre de Derrière Whafen. Le local de quatre mètres carrés, installé entre deux habitations aussi étroites, accueille deux fois par semaine une dizaine de personnes. L’objectif pour Atu est de les sensibiliser à l’usage du préservatif, mais aussi d’ouvrir la discussion. « Environun tiers des jeunes homos de l’association se sont faits renier par leur famille et se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ils doivent savoir qu’ils ne sont pas seuls à traverser la même épreuve et que l’association peut les soutenir. » Malgré le taux important de foyers qui considèrent l’homosexualité comme une tare, Atu estime être chanceux de vivre en Côte d’Ivoire : « Nous avons beaucoup de contacts avec des associations burkinabés et sénégalaises. Dans ces pays et dans tous ceux à majorité islamique, l’homosexualité est passible d’emprisonnement, ce qui n’est pas le cas ici.» Et Abidjan recèle encore d’autres avantages que les petites bourgades ivoiriennes n’ont pas telle qu'une vie nocturne affranchie. La nuit pour échappatoire. Cela fait une quinzaine d’années que le premier bar gay a ouvert ses portes à Abidjan. Depuis lors : la Villa Café, le Sunset, le Capote Café ou le Lovely ont animés les nuits des homosexuels ivoiriens. Actuellement le Lexus bar, le Zingara et le Corridor sont les seuls night-clubs exclusivement homosexuels de la ville. Pierre*, gérant du Zingara, explique l’importance de ces lieux de rencontres atypiques: « Dans beaucoup de maquis, les gens nous regardent de travers ou nous insultent. Mais dans les clubs homosexuels, les gays savent qu’ils peuvent venir sans crainte d’être jugés ou stigmatisés. » Ouvert depuis seulement trois mois dans la commune de Koumassi, le Zingara voit affluer aussi bien des homos que des lesbiennes pour différents types de soirées. Anniversaires et même mariages y sont célébrés : « Ces unions ne sont pas officiellement reconnues, mais représentent un acte symbolique qui est déjà très important pour nous», relate Pierre. Quant à la possibilité de pouvoir un jour se pacser réellement à la mairie, il est plutôt pessimiste : «Il faudra attendre longtemps avant que la Côte d’Ivoire s’intéresse à ce genre de problématique. Car le pays, qui attend des élections présidentielles depuis cinq ans, a d’autres priorités.» Edgard, le gérant du Lexus bar, partage ce point de vue et estime « qu’en attendant que les mentalités évoluent, ce qui peut prendre des dizaine d’années, il est essentiel que les homosexuels ivoiriens puissent toujours avoir des endroits où se retrouver pour être eux-mêmes et s’amuser librement. » Malgré que le monde de la nuit soit leur seule échappatoire, les deux gérants se satisfont de cette situation parce qu’ils ont conscience que les clubs gays d’Abidjan sont en avance, au moins d’une danse, sur le reste du continent. Un reportage de Camille Chardon
|
Les autres articles de 'Blogtrotters 2010' :
Ramadan
 Deuxième jour du ramadan. On m'avait prévenu, ce sont les premiers jours qui sont les plus dures. J'ai tenté de me mettre au rythme local et de suivre les prescriptions.... [suite]
 13.08.2010 17:32:00 - Par Hebdo Blogtrotters (Blogtrotters 2010) | | | |
Voir les autres articles de ce blog
|