Reportage de Camille Chardon: retour en Afrique d’une communauté guadeloupéene
Par Hebdo Blogtrotters - Mis en ligne le 19.08.2010 à 16:53
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| Immigration. Sur les rives du lac Toho, à 40 km de Cotonou, la famille Jah, rastafari, s’est installée depuis 13 ans pour renouer avec la terre de ses aïeuls. Ces Français, descendants d’esclaves, ont réussi leur intégration en ouvrant notamment une école et un restaurant végétalien. Rencontre. Au cœur d’un espace vert, la demeure des natifs guadeloupéens se veut accueillante. Appelés familièrement papa Jah et mama Jah : ils s’inclinent, les mains serrées, en guise de bonjour à l’arrivée de visiteurs. Leurs dreadlocks grisonnantes reflètent l’art de vivre rastafari, qui émane également de tout ce qu’ils ont construit au Bénin, depuis leur arrivée en 1997. « Ce retour représente l’accomplissement de la volonté des ancêtres», explique Eden Jah, fils spirituel des Jah. La petite communauté, qui compte moins de dix personnes, est connue dans tout le pays. Et pour cause, c’est l’ancien président, Mathieu Kérékou, qui leur a cédé quatre hectares de terres pour faciliter leur intégration. Hyppolite Dossou, diplômé en droit à l’Université de Cotonou, explique : « Dans la tradition africaine, les terres ne se vendent pas, elles se transmettent. La donation du président représente donc un acte symbolique important ». La question du Retour. L’avenir de la diaspora africaine des Amériques est une préoccupation récurrente. Eden Jah précise « qu’en 1848, cent familles guadeloupéennes ont demandé leur rapatriement en Afrique, mais le gouvernement français le leur a refusé. » Plus récemment, en janvier dernier, le président sénégalais Abdoulaye Wade proposait une terre d’accueil au peuple haïtien, victime du séisme qui a dévasté une partie de l’île. C’est pour participer au renouveau du continent noir qu’Eden Jah a quitté les Caraïbes françaises avec sa famille de cœur, leurs quatre enfants et deux autres volontaires. Mais depuis, ces deux derniers sont retournés vivre en Guadeloupe. « Ils n’ont pas supporté le choc de l’Afrique», commente Eden. Car même si la communauté semble s’être bien intégrée, ce jeune rasta avoue que cela n’a pas été aisé : « Au départ, les crises de palu ont été rudes à gérer. Cela nous affaiblissait considérablement.» De plus, la perte des repères alimentaires a également été démoralisante : « En Guadeloupe, on peut cueillir des noix de coco aux arbres librement, alors qu’ici tout se monnaie. » Pour ces diverses raisons contraignantes, les caribéens préfèrent souvent venir en Afrique pour quelques mois, sous forme de pèlerinage. Hyppolite Dossou raconte l’émotion de jeunes antillais qui se sont découverts des origines béninoises : « L’an passé, une trentaine sont venus pour faire des recherches. Certains ont retrouvé une trace de leurs ancêtres. Les larmes ont coulé en abondance, c’était humainement très intense.» Le retour pour le long terme demeure donc rare. « Des Anglo-saxons ont fait la démarche et ont regagné le Ghana. Mais la famille Jah est la première unité francophone, » relate Eden, tout en recoiffant calmement ses dreadlocks, le sourire en coin. Cet amoureux de l’environnement prône son retour à la terre mère au sens propre du terme. D’ailleurs, sensibiliser la jeunesse aux richesses de la nature est un des objectifs principaux des Jah. L’art de vivre rastafari des Jah. L’école, que la communauté a ouverte, compte cent élèves défavorisés, répartis dans six classes. « C’est notre façon de participer au développement du continent. Nous encourageons les enfants à préserver leur milieu de vie, car ils représentent l’avenir de l’Afrique », relate Eden. De part leur régime alimentaire végétalien, les Jah se veulent exemplaire dans leur rapport à l’environnement. Leur art de vivre semble avoir trouvé son harmonie puisque les bénéfices du restaurant végétalien, situé à Cotonou et géré par Georgia Jah, appuis les fonds du centre de formation. « Cela dit, les élèves ne sont pas contraints de suivre ce régime, ils demeurent libres de faire leurs propres choix », explique-t-il. Le mouvement rastafari a aussi fait de la question du retour une de ces principales luttes. « Mais comme pour tout, il faut se battre uniquement pour ceux qui on en fait le choix», souligne Eden. Etant le seul de sa famille a avoir ressenti, il y a dix ans, l’appel de l’Afrique, il envisage désormais un retour en Guadeloupe: « Mais seulement pour des vacances, et dans l’unique but de revoir ma mère. »
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