Reportage de Lionel Fournier: de l'éco-tourisme à la décharge, une écologie à deux vitesses
Par Hebdo Blogtrotters - Mis en ligne le 20.08.2010 à 13:32
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| Le village de Dana attire chaque années plus de 30'000 visiteurs. Son atout principal est sa réserve naturelle. Elle l'une des six destinées à attirer l'éco-tourisme en Jordanie sous la houlette de Wild Jordan. L'argument de préservation de la nature est le mot d'ordre ici. Pourtant, une réalité bien moins écologique est présente dans le reste du pays où les déchets sont omniprésents. Le mini bus touristique qui va de Amman à Petra s'arrête un bref instant sur le bord de la route, tout près du village de Dana. La vue est à couper le souffle. Une interminable vallée s'étale devant les regards ébahis. Chacun saisit son appareil photo et capture avidement l'instant. La plupart des touristes continueront leur route, mais quelques uns s'arrêteront pour découvrir la réserve naturelle de Dana. Elle est une des six réserves dont s'occupe Wild Jordan, un département de la RSCN, la Société royale pour la conservation de la nature. Son but est d'assurer le développement socio-économique de ces régions, ainsi que la mise en place d'un éco-tourisme. La préservation des merveilles naturelles La RSCN a été crée en 1966 déjà afin d'assurer la protection de la biodiversité en Jordanie. Le concept s'est développer et en 1994 a été mis sur pied à Dana, un premier projet visant à aider aussi la population. En 2003 le concept est repris à large échelle sur les 6 réserves. C'est la naissance de Wild Jordan, avec pour slogan « Aider la nature... Aider le gens ». Muhammad est guide ici. Pour lui, l'organisation est une réelle bénédiction. « Bien sur, ils amènent des touristes, et ça me permet de travailler. Mais surtout, ils ont permis à un artisanat local de qualité de naître. Beaucoup de gens ont pris conscience de la valeur que la nature avait et qu'en la préservant on pouvait mieux vivre. » Le concept séduit, de plus en plus de touristes viennent découvrir ce joyaux naturel. La population locale, hommes et femmes, s'est tournée vers le tourisme. Hôtels et éco-lodges ont fleuri, tandis que les artisans se sont multipliés dans le village. Un groupe de touristes israéliens exprime son admiration devant ces lieux. Farfouillant dans la boutique de Wild Jordan, ils finissent par acheter un collier fait par des femmes de Dana. Le prix est plus élevé que celui qui se pratique au souk, mais ici, il y a le sentiment de faire une bonne action, de sauver le patrimoine de la Jordanie. Au centre de Wild Jordan à Amman, on est pleinement heureux du succès du concept. Bassam Yazi a choisi de s'engager dans l'association parce qu'il y a une réelle mission. « On fait quelque chose pour la nature, pour le future, c'est important. J'aime mon métier. » Il confie que Wild Jordan est un des département les plus lucratif de la RSCN. Un million et demi de francs suisse est dégagé chaque année grâce au tourisme et à la vente d'objets artisanaux. Plusieurs centaines de personnes ont trouvés un emploi grâce à l'association. L'écologie comme bien touristique Derrière ce tableau positif, se cache une autre réalité. Bassam ne le cache pas, les réserves attirent principalement les étrangers, qui représentent trois quart des visiteurs. L'écologie ici semble vivre au profit des touristes et par eux. Les Jordaniens montrent bien moins de préoccupations vis à vis des questions environnementales. En dehors des réserves, les détritus semblent omniprésents. C'est pourquoi les profits générés par Wild Jordan sont en parties utilisés pour sensibiliser la jeunesse jordaniennes aux thèmes écologiques, dont celui du recyclage. On est encore loin d'obtenir des résultats tangibles. Le moindre espace vide dans Amman se transforme rapidement en décharge à ciel ouvert. Même autour de la citadelle, un des emblèmes de la ville, les ordures sont légions. Abdullah, manager d'un petit hôtel au centre d'Amman, est fière de pouvoir dire que le recyclage est tout à fait possible en Jordanie. Avec le plus grand naturel, il dit pourtant que son hôtel ne le fait pas. Son réflexe écologique: « Ici, on ne jette pas les déchets dans la rue, on les amène à la bène, comme ca les éboueurs les évacuent. » La route est encore longue pour que la réalité d'une Jordanie écolo ne soit plus l'apanage des seuls touristes.
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