Spécial Afrique du Sud
Reportage: Ruée vers le platine

Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 02.06.2010 à 13:54

Les mines de platine sud-africaines sont en plein boom. Mais elles provoquent des déplacements de population et polluent. La Suisse, qui importe 25% de la production, porte une part de responsabilité.

 
La première chose qu’on remarque, c’est le bruit. Une sorte de son sourd, comme le martèlement d’un tambour, qui résonne dans la nuit chaude et humide régnant au fond de la mine de Kroondal. C’est le bruit des ouvriers qui forent la roche. Au fur et à mesure qu’on avance le long de la veine, située à 200 mètres de profondeur, le grondement devient plus fort. Soudain, les faisceaux des lampes frontales accrochent un scintillement. Il s’agit d’une fine bande de roche plus foncée, mesurant moins d’un mètre de large. C’est un morceau du UG2 Reef, une couche géologique qui s’étend sur 300 kilomètres au nord-ouest de Johannesburg. On en extrait du platine, l’une des matières les plus précieuses du monde.

On arrive enfin au bout du tunnel. Alignés face à la paroi, trois mineurs dégoulinant de sueur y percent des trous à l’aide de foreuses tenues à bout de bras. Des explosifs seront placés dans ces orifices. «Ils sont déclenchés trois fois par jour, à 6 h, 14 h et 22 h, explique Mark Highton, le responsable de la mine. La roche ainsi réduite en morceaux est ensuite remontée à la surface à l’aide d’un système de tapis roulants.» Originaire de Liverpool, ce grand bonhomme en combinaison orange et bottes de caoutchouc travaille pour Murray & Roberts, un sous-traitant d’Aquarius, la firme qui exploite Kroondal.

Vue depuis la surface, la mine ressemble à une grande balafre grise posée au milieu de la savane. Autour d’elle, un entrelacs de rampes métalliques et de silos en béton témoigne de l’activité d’affinage qui s’y déroule. Elle est réalisée par un autre sous-traitant, la firme Minopex. Le concentré est ensuite envoyé dans la banlieue de Johannesburg pour être transformé en lingots ou en poudre (appelée «éponge») dans les installations d’Impala. Pour une seule once (31 grammes) de métal blanc, il aura fallu extraire 14 tonnes de roche.

Kroondal appartient au Bushveld Complex, une région qui contient 78% des réserves mondiales de platine. Si la découverte de ce métal en Afrique du Sud remonte à 1925, l’extraction à large échelle n’a commencé qu’à partir des années 70. Cette matière extrêmement solide et résistante à la corrosion est en effet utilisée dans les catalyseurs des voitures, les écrans plats, les disques durs, les téléphones portables, les piles à hydrogène ou les pacemakers. Des industries en pleine expansion, ce qui explique que le prix du platine, qui stagnait autour des 500 dollars l’once jusqu’en 2000 se soit brusquement envolé, atteignant un record de 2276 dollars en mars 2008. A la mi-mai 2010, une once de platine valait 1688 dollars.

Les producteurs de platine se sont engouffrés dans la brèche, multipliant les ouvertures de mines dans les années 2000 autour de Rustenburg, une ville à 130 kilomètres de Johannesburg. Outre les trois grandes firmes qui ont longtemps dominé le marché – Anglo Platinum, Impala et Lonmin – plusieurs petits acteurs ont récemment vu le jour, comme Aquarius.

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