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Exporté en Suisse. Le platine apparaît comme le dernier avatar de la relation longue et troublée qui unit la Suisse à l’Afrique du Sud, longtemps dominée par le commerce de l’or. En 2009, le métal blanc a représenté 88,6% des échanges entre les deux pays (l’or ne figure pas dans les statistiques douanières). A tel point que la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, a absolument tenu à organiser la visite d’une mine de platine lors de sa venue en Afrique du Sud en juin, pour la Coupe du monde de foot. Décrivant Kroondal comme une mine «low-cost», Aquarius n’a que 28 employés à Rustenburg. Les 4483 autres travaillent pour diverses firmes, comme Minopex ou Murray & Roberts, auxquelles elle sous-traite les opérations les plus coûteuses et risquées. Résultat, la productivité à Kroondal est l’une des plus élevées du pays. Une rentabilité qui s’effectue en partie sur le dos des employés. Le système de sous-traitance permet de contourner les conditions salariales négociées avec les syndicats. Chez Murray & Roberts, un mineur gagne 4500 rands (666 francs) par mois, une somme qui peut varier selon que les objectifs fixés aient été atteints ou non. En cas d’accident, la firme contractante n’est pas non plus responsable. Or, les mines de ce pays d’Afrique australe sont parmi les plus meurtrières du monde, avec trois à quatre décès par semaine. Mis sous pression, le secteur s’est doté, en 2002, d’une charte réglant les questions de droit du travail. Mais les firmes qui n’ont pas leur siège en Afrique du Sud, comme Anglo Platinum basée à Londres, y échappent. La plupart des travailleurs de Kroondal habitent le township de Matabaleng, un campement sauvage fait de baraques en tôle qui s’est développé juste en face de la mine. Il n’y a ni eau courante ni électricité. Pas non plus de service de voirie: des monceaux de déchets jonchent les abords du camp. Quelque 250 000 personnes vivent dans ces conditions précaires à Rustenburg. «Jusqu’à récemment, nous recrutions une grande partie de notre force de travail à l’étranger et nous la logions dans des dortoirs réservés aux hommes, ce qui ne favorisait pas la vie de famille, explique Mark Highton. Nous lui accordons désormais 1100 rands par mois (160 francs) pour trouver un logement.» La plupart se sont simplement installés dans l’un de ces townships informels et envoient l’argent à leur famille restée au pays. La formation de ces ghettos composés de migrants du Zimbabwe, du Mozambique, du Lesotho, du Swaziland, du Botswana, du Malawi ou d’autres régions d’Afrique du Sud (Eastern Cape, KwaZulu Natal) favorise la violence et la xénophobie. Elle favorise également la prostitution et la propagation du sida. Si la plupart des mines évoquent un taux d’infection de 16 à 18% parmi leurs employés, il serait en fait plus proche de 60%, selon une enquête réalisée par l’ONG Bench Marks Foundation auprès des médecins de Rustenburg. Mais les conditions de vie des travailleurs ne sont pas le seul problème posé par les mines. Les dunes de poudre grise qui parsèment la plaine autour de Rustenburg témoignent de l’immense quantité de déchets produits par l’extraction du platine. Ils contiennent des métaux lourds qui s’infiltrent dans les rivières ou la nappe phréatique à chaque fois qu’il pleut. John Capel, le directeur de la Bench Marks Foundation, dénonce aussi les grandes quantités d’eau utilisées par les mines. «Les puits des villageois s’assèchent; les crocodiles et les poissons meurent au fur et à mesure que le débit des rivières ralentit.» |









