Comment ne pas ressentir de l’empathie pour les collaborateurs d’UBS qui, depuis de longs mois, s’escriment à restaurer la réputation de leur banque. Et crac, la tuile, c’est reparti pour un tour. Les 2 milliards de francs perdus par un trader londonien réduisent à néant le travail accompli.
Les Oswald Grübel comme les conseillers fédéraux ne sont, au final, soumis à aucune véritable sanction.
Déprimant! Et ce n’est pas leur patron Oswald Grübel qui leur remontera le moral. Considéré comme un demi-dieu lorsqu’il a repris le gouvernail d’UBS, il ne s’est pas montré à la hauteur de la situation. «Responsable, mais pas coupable», voilà ce que répond le CEO de la grande banque quand on lui demande des comptes. Cynisme? Autisme politique?
D’un point de vue pénal, on ne lui reprochera sans doute pas grandchose. Encore faudrait-il se demander à nouveau où commence la gestion déloyale. Cet accident révèle surtout que le grand stratège ne contrôlait pas ses troupes. Et qu’il a continué à parier à fond sur la banque d’affaires et incité ses traders à prendre des risques démentiels.
Pour la bonne cause? Depuis la crise des subprimes, on sait, justement, que ces activités ne garantissent pas, sur la durée, un rendement intéressant. Quand elles ne sont pas sources de pertes. Et que la valeur en Bourse d’UBS serait bien plus élevée si la banque commerciale et la gestion de fortune étaient séparées de la banque d’affaires. Le peuple des actionnaires, qu’il le soit en direct ou à travers son 2e pilier, appréciera.
Sur le plan de l’éthique, Oswald Grübel est en revanche clairement coupable d’arrogance face aux critiques de l’économie casino. Comme il est coupable d’avoir tenté de torpiller les nouvelles réglementations bancaires du too big to fail. Et pourtant, au final, il ne sera sans doute pas inquiété. Ni par les tribunaux. Ni par son conseil d’administration. Parce qu’il fait prétendument partie de la solution (on nous ressert l’argument) et parce que la Suisse laisse impunis ceux qui occasionnent les dégâts économiques les plus importants.
Ce refus presque culturel des sanctions, on l’observe d’ailleurs aussi en politique. Le Conseil fédéral (ou un membre du gouvernement pris individuellement) peut se révéler inadéquat, s’enliser dans la gestion de crises, livrer un bilan de législature nullissime, il sera en principe reconduit. Les membres du collège choisissent eux-mêmes le jour de leur départ.
Ahurissant privilège. Un système de gouvernance dépassé et des institutions qu’il faut réformer, comme le proposent le conseiller national Roger Nordmann et le candidat François Cherix, dans un pamphlet stimulant.
On se gargarise volontiers, en Suisse, du principe de responsabilité. Mais à quoi bon quand, malgré les pires erreurs, la vie continue comme avant. Jusqu’au prochain accident.
ALAIN JEANNET RÉDACTEUR EN CHEF
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