Retour de l’inflation, faut-il déjà le prévoir?
Protection. Une inflation inattendue affecterait l’épargne. Des placements diversifiés constituent la meilleure protection.
«Le besoin de protection contre les turbulences inflationnistes et monétaires est plus fort que jamais», n’hésite pas à affirmer la banque privée Wegelin à l’appui du lancement d’un fonds de placement répliquant sa stratégie Realo, proposée jusque-là aux seuls clients de la gestion de fortune. Elle vise «la préservation à long terme du pouvoir d’achat réel» et doit être réservée à un portefeuille «géré de manière séparée, à titre de réserve». Portefeuille composé d’or, de titres de participation dans des entreprises peu endettées, possédant un fort pouvoir de fixation des prix et un solide cash-flow, ainsi que des devises de pays producteurs de matières premières. Ce placement coffre-fort, pour supporter d’éventuelles valses des monnaies et des étiquettes, répond-il à un réel besoin à court terme? L’inflation semble loin d’être un danger imminent; du moins aux Etats-Unis et en Europe, notamment en Suisse où la déflation continue de menacer après la récente appréciation du franc. Pictet & Cie relève dans sa «Lettre obligataire» de juin que si l’inflation de base a augmenté en moyenne annuelle en avril, l’inflation sous-jacente a reculé à des niveaux historiquement très bas: à 0,3% en Suisse, 0,8% dans la zone euro et 0,9% aux Etats-Unis. Une violente et inattendue hausse des prix est donc extrêmement peu probable ces prochains mois... L’actuelle situation offre toutefois «une couverture très bon marché de potentielles résurgences de l’inflation à moyen terme», notamment à travers l’achat d’obligations indexées. Une bonne occasion pour les investisseurs inquiets des conséquences à long terme des injections massives de liquidités effectuées par les Etats et banques centrales au plus fort de la crise. Le Credit Suisse a tenté de répondre à cette inquiétude: son «Global Investor» de mai analyse les risques de retour de l’inflation et les placements à privilégier dans un tel cas.
Pas de solutions simplistes. Giles Keating, responsable de la recherche pour le Private Banking et l’Asset Management, constate que, pour l’heure, «les risques d’inflation apparaissent bien plus élevés dans les pays émergents, où la production a rebondi rapidement, que dans les pays développés, où l’on a créé beaucoup de monnaie». Reste que constituer le plus tôt possible un portefeuille apte à résister à la hausse des prix et des taux est pertinent. Spécialistes de l’allocation d’actifs, Georg Stillhart et Martin Hirt, ont analysé les performances de plusieurs stratégies d’investissement en périodes d’inflation. Résultat: trop miser sur les matières premières et fuir le cash est contre-productif . Compte tenu de la forte volatilité des actifs en phase de hausse des prix et des corrélations entre les différents placements, un portefeuille comportant 20% de cash, 15% de matières premières, 20% d’obligations (dont certaines indexées) et 45% d’actions, traverserait mieux un choc inflationniste que l’allocation d’actifs classiquement proposée aux riches clients, comptant moins de matières premières et de cash.
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