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RETOUR VERS LE CAVIAR

Mis en ligne le 26.03.2009 à 00:00

PORTRAIT. Après quatorze ans à la tête de Caviar House, Thierry Uldry a sauvé les biscuits Tante Agathe de la faillite. Son dernier défi se nomme Kazakh Kaviar.

L'Hebdo; 2009-03-26

RETOUR VERS LE CAVIAR

GABRIEL SIGRIST

PORTRAIT.

Après quatorze ans à la tête de Caviar House, Thierry Uldry a sauvé les biscuits Tante Agathe de la faillite. Son dernier défi se nomme Kazakh Kaviar.

L’ombre de sa longue silhouette se dessine dans la vitrine en dessous de l’enseigne Kazakh Kaviar. Il reçoit dans cette petite boutique récemment ouverte à Vésenaz (GE), avec la même excitation que s’il venait d’inaugurer sa première startup. Thierry Uldry, 44 ans, n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Il figure même dans la catégorie de ceux que l’on appelle les «serial entrepreneurs». Il est désormais «l’animateur», comme il dit, d’une myriade d’initiatives dans les produits d’alimentation haut de gamme, dont Kazakh Kaviar (qui commercialise aussi du saumon de la Baltique) n’est qu’un exemple. Il s’est associé au célèbre traiteur parisien Fauchon pour développer toute une collection de produits de la mer et s’est chargé de son installation à Genève en décembre dernier. Il y a aussi Tante Agathe, bien sûr: la fabrique de biscuits artisanaux basée à Lonay (VD), qu’il a sauvée de la faillite en 2003.

Imposer sa marque.

La cohérence de l’ensemble? «La demande, qui s’observe partout, pour des produits haut de gamme dans l’alimentation. Même la Migros s’y met avec la gamme “Selection" par exemple. D’ici peu, on verra dans certains supermarchés des “corners" avec du caviar, des huîtres, etc.» L’objectif de Thierry Uldry: imposer sa marque, ou plutôt ses marques, et «créer un pôle de compétences de l’alimentaire de luxe au niveau international». Sa fibre des affaires ne date pas d’hier. «Je l’avais déjà étant gamin: à 13 ans, j’avais fait venir une palette de cassettes VHS vierges de Hong Kong pour les revendre avec une marge aux amis de mes parents.»

De fait, Thierry Uldry deviendra vite un spécialiste de l’import-export. «Formé sur le tas, je n’ai qu’un CFC d’employé de commerce. J’ai tout appris par l’expérience du terrain, en passant d’un job à l’autre, d’abord dans la logistique, puis à un poste de direction au sein d’une PME, et enfin dans le trading du tabac en vue d’apprendre l’anglais. Je me suis ensuite lancé dans la vente d’assurances, le métier qu’exerçait mon père.»

C’est au hasard d’une vente qu’il entrera en contact avec Peter Rebeiz, le patron de Caviar House, en 1989. «Il voulait se consacrer à ses passions artistiques et confier l’opérationnel à quelqu’un d’autre. Le défi m’intéressait.»

Thierry Uldry restera quatorze ans à la tête de Caviar House, qui passera d’une «belle PME familiale d’une centaine d’employés» à un groupe de 18 filiales doté d’une cinquantaine de points de vente et réalisant un chiffre d’affaires annuel de 100 millions de francs. Caviar House s’impose rapidement comme une marque mondiale, qui vend 100 tonnes de caviar par an et détient 70% du marché. «Quand je suis parti en 2003, la taille de l’entreprise avait triplé, la profitabilité aussi, et on avait réussi à diversifier les activités sur d’autres secteurs, comme le saumon Balik.»

Cette période verra aussi la disparition de l’URSS, avec des conséquences pas toujours heureuses sur le marché du caviar. «Il fallait faire comprendre aux autorités des pays producteurs ainsi qu’aux producteurs euxmêmes que leur avantage, à moyen terme, consistait à réglementer la pêche. J’ai subi des pressions, voire des menaces personnelles, notamment à Moscou. Les choses se sont arrangées par la suite.»

Tante Agathe.

En 2002, Thierry Uldry rend les clés de Caviar House suite à des divergences de vues avec le conseil d’administration. Il a alors trois enfants, «un certain train de vie», un divorce compliqué et coûteux qui s’amorce, mais il décide de se lancer à fond dans une nouvelle aventure. «Tante Agathe était un joyau endormi au bord de la faillite. Le potentiel était énorme, mais la boîte était mal gérée, l’outil de production surdimensionné et il fallait optimiser la croissance.» Uldry en fera une machine à exporter phénoménale: elle est passée d’une production de 7 tonnes de biscuits en 2002, à 400 tonnes l’an dernier.

Il a récemment quitté l’opérationnel au quotidien de Tante Agathe pour s’offrir un retour vers le caviar. En pleine crise économique? «Je n’ai pas peur: quand on a moins d’argent, on se concentre sur l’essentiel. Pas besoin de grandes maisons et de belles voitures, simplement une soirée à deux avec une bonne bouteille. Et une cuillerée de caviar, bien sûr!» LARGEUR.COM

THIERRY ULDRY

Le «serial entrepreneur» dirige Kazakh Kaviar.

«QUAND ON A MOINS D’ARGENT, ON SE CONCENTRE SUR L’ESSENTIEL.»

Thierry Uldry




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