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Par Frank Dohmen, Alexander Jung - Mis en ligne le 27.04.2011 à 11:08 |
Après l’accident de Fukushima, la politique énergétique du Gouvernement allemand a vécu une révolution copernicienne qu’illustrera la date du 2 mai: ce jour-là, la chancelière Angela Merkel sera en mer, très exactement à 16 km de la presqu’île poméranienne de Zingst, dans la Baltique. L’ONSHORE EST NOTABLEMENT PLUS SIMPLE, MEILLEUR MARCHÉ ET PLUS VITE RÉALISÉ. Andreas Nauen, patron du constructeur hambourgeois RepowerC’est là qu’EnBW (Energie Baden-Württemberg) achève son premier parc d’éoliennes offshore commercial. La chancelière doit l’inaugurer. Vingtet-une turbines géantes de près de 130 m de haut émergent d’une surface aquatique de 7 km². Par vents favorables, quelque 185 gigawatts/heure annuels devraient être injectés dans le réseau, une quantité suffisante pour 50 000 ménages. Rôle central. Le parc d’EnBW ne devrait être qu’un début. Mais pour l’heure, six semaines après l’accident nucléaire au Japon, on ne connaît du programme gouvernemental que les grandes lignes. On ignore combien de centrales atomiques les producteurs d’électricité devront remplacer et combien de temps certaines centrales resteront en activité. Mais on sait au moins que l’énergie éolienne devrait jouer un rôle central dans le virage à 180 degrés qu’Angela Merkel et son ministre de l’Environnement Norbert Röttgen entendent négocier. Le gouvernement est décidé à soutenir à coups de milliards des programmes de recherche et de crédits. D’ici à 2030, on s’attend à voir surgir en mer, là où le vent souffle plus régulièrement, des installations offshore d’une puissance de 25 gigawatts, l’équivalent de la capacité de vingt centrales nucléaires. Pour y arriver, les producteurs devraient construire en mer plusieurs parcs chaque année. Pas si simple car, en mer du Nord et en Baltique, les exploitants affrontent de notables difficultés. Pour protéger les côtes et le Parc national du Wattenmeer et ses hauts-fonds, les autorités ont banni les parcs d’éoliennes sur une bande côtière qui s’étend parfois jusqu’à 40 km de la rive. Pendant que le voisin danois édifie de tels parcs en quelques mois dans des eaux calmes à un jet de pierre du rivage, les ingénieurs allemands doivent se débrouiller avec des profondeurs jusqu’à 50 m. Des bateaux spéciaux ont dû être construits pour ancrer les piliers au fond de l’eau. Mais les parcs se heurtent avant tout à l’âpre résistance des défenseurs de la nature. En ce moment, leur combat vise la protection des marsouins autochtones. On craint que les travaux nécessaires pour ficher les pieux dans le sous-sol marin n’endommagent l’ouïe et le système d’orientation de ces mammifères marins. La Grande-Bretagne a pragmatiquement résolu le problème en faisant fuir les petits cétacés à l’aide de bruyantes bouées-sonars. En Allemagne, les autorités de protection de la faune prônent plutôt un arrêt des travaux entre mai et août, période de reproduction, ce qui fait hurler les producteurs d’électricité: c’est donc pendant les tempêtes hivernales qu’ils devraient travailler? Impossible! Perspectives peu riantes. Par ailleurs, sur les côtes nordiques de l’Allemagne, les raccordements au réseau manquent souvent, de même que les lignes pour transporter le courant jusqu’aux consommateurs du sud du pays. Pour les investisseurs, les perspectives ne sont pas riantes. Malgré les milliards étatiques de soutien promis, analyse une étude de KPMG, les rendements prévisibles sont plus élevés dans les pays voisins. Conséquence absurde: bien que les constructeurs d’éoliennes allemands E.on et RWE figurent parmi les plus importants du monde, c’est en Allemagne justement qu’ils hésitent à se lancer. C’est pourquoi beaucoup d’entre eux misent sur une nouvelle stratégie qui n’est autre que l’ancienne: revenir sur terre. «L’on-shore est notablement plus simple, meilleur marché et plus vite réalisé», assure Andreas Nauen, patron du constructeur hambourgeois Repower. Les chercheurs d’un institut spécialisé de Kassel jugent réaliste que l’Allemagne libère 2% de son territoire pour l’énergie éolienne, de quoi mettre en service 63 000 installations, soit le triple d’aujourd’hui. Et c’est surtout au sud que le potentiel reste énorme, car les autorités locales y ont largement snobé l’éolien. Certes, le vent souffle bien plus fort dans les plaines du nord que sur les collines du sud mais le progrès technique devrait y remédier: les pales modernes seront à la fois plus longues et plus légères, une éolienne normale dépassera les 100 m, chaque mètre supplémentaire augmentant le rendement d’un pour cent. Oui mais… la résistance de la population aussi. Autre souci pour les pionniers allemands de l’éolien: la concurrence internationale se fait jour, singulièrement en Chine où plus de soixante entreprises ont vu le jour et croissent à marche forcée. En 2010, la Chine a intégré 19 gigawatts éoliens au réseau, plus de la moitié de ce qui a été raccordé dans le reste du monde. La Chine est désormais premier producteur d’énergie éolienne du monde. Celaforcera les constructeurs allemands à de douloureuses restructurations. Seuls ceux qui bénéficient d’une présence internationale ont des chances de s’affirmer sur le marché, estime le cabinet de conseil stratégique Roland Berger. Parmi ces derniers, le munichois Siemens, numéro un mondial des technologies offshore. Pour sa part, Enercon, champion allemand de la branche, est un cas particulier, un peu comme Miele dans l’électroménager. Aloys Wobben, le fondateur de l’entreprise, se fiche de la concurrence au niveau des prix. Ses produits ont une excellente réputation, il les fait payer cher. Le fait que beaucoup d’autres misent sur l’off-shore ou filent en Extrême-Orient l’indiffère également: Enercon se concentre sur les installations terrestres et les affaires locales. L’entreprise familiale détient 60% du marché allemand mais n’a aucune chance de devenir un acteur global. Fluctuations météorologiques. En mer, l’Allemagne est désormais surpassée par d’autres Etats, surtout la Grande-Bretagne et le Danemark. Et sur la terre ferme les autorités et les populations contrecarrent souvent un développement rapide. Mais au bout du compte, la question reste de savoir si le vent voudra bien souffler convenablement. Là non plus, pas de garantie. Car les climatologues ont découvert que même en mer le vent souffle moins continûment qu’on le croyait. Apparemment, les fluctuations de la pression atmosphérique sur l’Atlantique Nord voient aussi alterner, au cours des 130 années écoulées, des périodes très ventées et des périodes plus calmes. Pas dramatique en soi, sauf que, dit un chercheur, une période calme pourrait aussi durer quelques années. De quoi fausser tous les calculs prévisionnels. DER SPIEGEL ADAPTATION GP
L'énergie éolienne dans la région Mer du Nord-Baltique |










