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UDC
Révolution de velours

Par Catherine Bellini - Mis en ligne le 18.01.2012 à 12:07

Une aile importante du parti souhaite s’émanciper de Blocher. Et espère que la succession de Caspar Baader à la tête du groupe parlementaire amorce un changement de cap.

La courtoisie faite homme. Un sourire chaleureux, de l’entregent, un français soigné. L’avocat argovien Luzi Stamm pourrait être l’homme du renouveau, «très humain, excellent communicateur, il sait écouter et pas seulement donner des ordres», résume le conseiller aux Etats Hannes Germann. «Ceux qui souhaitent des réformes voteront pour lui», ajoute le vice-président de l’UDC Yvan Perrin. Les esprits indépendants de l’UDC placent leurs espoirs en Luzi Stamm pour reprendre la présidence de leur groupe parlementaire et le rendre plus démocratique.

Face à lui, le favori: Adrian Amstutz, petit entrepreneur de l’Oberland bernois. Le verbe monolingue mais souvent agressif, proche de la direction du parti et du trio des 3 B (Blocher-Brunner-Baader), il incarne la continuité. Les autres candidats, le Zurichois Jürg Stahl et le Schwytzois Pirmin Schwander, président de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre, esprits plutôt indépendants, font figure d’outsiders.

En ce samedi 21 janvier, au lendemain de la messe de l’Albisgüetli, l’UDC, par l’élection de son président de groupe, pourrait donc prendre un nouveau cap. La brise de contestation qui s’était levée l’an dernier s’est transformée en un courant remuant les eaux profondes de l’UDC. «J’ai été effrayé par nos résultats aux élections fédérales du 23 octobre. Encore davantage le 14 décembre. Si nous n’en tirons pas les enseignements, nous allons continuer à perdre», nous confie un ténor du parti. «Il faut repenser la stratégie, renchérit le conseiller aux Etats glaronnais This Jenny. Sinon nous resterons un parti à 28%, mais n’exercerons pas de réelle influence.»

Suite à son recul aux élections, le parti vogue en mer agitée. La préparation des candidats au Conseil fédéral a fini en débandade autour du Zurichois Bruno Zuppiger et de ses démêlés avec la justice. «En comparaison, nous ne pouvons qu’admirer la campagne digne, fair-play et posée du Parti socialiste», siffle, encore fâché, un élu de Suisse boréale. Et quand, au matin du 14 décembre, les 3 B attaquent un des sièges des libéraux-radicaux au Conseil fédéral, leurs seuls alliés, les députés UDC restent interdits.

Depuis, plus rien n’est comme avant. Christoph Blocher et ses proches ont beau agiter la menace de l’opposition, les parlementaires se rebiffent. A la séance suivante du groupe, le Vaudois Pierre-François Veillon propose une recommandation en vue du congrès du 28 janvier. Surprise, au 2e tour, la décision tombe, unanime avec une seule abstention: c’est non à l’opposition. «Nous avons gagné contre la volonté des 3 B. Une première», affirme This Jenny. La tentation de l’opposition enterrée? L’assemblée du parti devrait le confirmer.

Qui sont-ils? Mais qui donc défend l’aggiornamento d’un parti jusqu’ici dirigé essentiellement par un seul homme? Il y a d’une part les adeptes d’un engagement plus grand de l’UDC dans les gouvernements, ceux qui souhaitent un ton plus conciliant. L’autre tendance veut garder la provocation et durcir les relations avec le Conseil fédéral, à l’image de ce qui vient de se passer avec l’affaire Hildebrand, mais souhaite aussi une plus grande diversité dans les thèmes et le personnel politique.

 

«QUAND ON PERD, IL FAUT REPENSER LA STRATÉGIE.»
This Jenny, conseiller aux Etats (UDC/GL)

 

Parmi les avocats du changement, on compte les parlementaires de l’UDC thurgovienne, la section la plus forte du pays, près de 40% aux élections fédérales. Un des leurs, Roland Eberle, ex-conseiller d’Etat, a décroché un fauteuil à la Chambres des cantons. On trouve notamment l’entrepreneur Peter Spuhler, les Schaffhousois Hannes Germann et Thomas Hurter, les Argoviens Luzi Stamm et Maximilian Reimann, le Saint-Gallois Lukas Reimann, les députés vaudois. Quant aux réformateurs tendance dure, comme Oskar Freysinger ou le président de l’ASIN, Pirmin Schwander, ils ne visent pas prioritairement les exécutifs ou le Conseil des Etats. «On doit faire tant de concessions qu’on en perd sa vitalité», estime le Valaisan.

Nouvelle recette? De tendance plutôt gentille ou plutôt agressive, les partisans du renouveau tombent d’accord sur trois points: il faut élargir les thèmes, assurer la relève, construire des solutions pour le pays avec les autres partis. Si l’Europe, les étrangers et les impôts demeurent au cœur de l’action politique, cela ne suffit pas. «Pour convaincre de nouveaux électeurs, citadins, jeunes et femmes, dit Oskar Freysinger, nous devons aussi parler d’école, de politique familiale, de souveraineté énergétique.» Lukas Reimann défend la transparence. Le Thurgovien Roland Eberle, la politique de la santé, les assurances sociales et le virage énergétique. Quant à la relève, il faut lui faire de la place. «Nous devons mieux utiliser les compétences de chacun. Nous avons un tas de gens bien, il faut leur faire confiance et ne pas envoyer toujours les mêmes s’exprimer face aux médias», estime le Schaffhousois Thomas Hurter.

La nouvelle vague ne veut plus être assimilée à la seule UDC zurichoise. «Il n’y a pas que Blocher et Mörgeli», entonnent-ils en chœur. Elle ne veut plus non plus des attaques personnelles, parfois injurieuses, lancées tous azimuts.

Et quid de Christoph Blocher dans cette révolution de velours? Les réformateurs pensent qu’il devrait s’effacer gentiment, mais restera incontournable pour cette législature. Parce que l’UDC lui doit tout, des idées à la pelle, et beaucoup d’argent. Quant à son rôle dans l’affaire Hildebrand, ils l’ont trouvé adéquat. Même si la conférence de presse où le tribun a déversé sa haine envers Eveline Widmer-Schlumpf était de trop. Un député de Suisse orientale raconte avoir reçu des messages consternés.

Confronté aux désirs de renouveau, un des trois B, le président du parti Toni Brunner, affirme qu’il se réjouit d’entendre que ses troupes veulent s’engager davantage, et sur davantage de thèmes. «Une nécessité en début de législature.» Quant à Christoph Blocher, «un phénomène», pas question de s’en passer. «C’est lui qui travaille le plus. C’est lui qui intéresse le plus les médias.» Cela dit, admet Toni Brunner, l’élection d’un nouveau chef de groupe ce 21 janvier pourrait effectivement marquer le début d’une nouvelle ère.



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Tags: UDC, politique Suisse, Blocher, réforme, Caspar Baader,

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