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Les collants d’Errol. En 1938, Errol Flynn campe un Robin séduisant, agile, fougueux, souriant sous son petit chapeau vert à plume rouge, dans un film enchanteur. Russell Crowe ne se gêne pas pour railler ce chef-d’oeuvre technicolor en ironisant sur le port des collants: «Pas très pratique pour marcher dans une forêt anglaise pleine de ronces, non?». Il est vrai que le Robin des Bois qu’il interprète chez Ridley Scott, plus casseur de têtes que virtuose de l’arc, ne quitte guère sa cotte de mailles, ratifiant cette tendance à l’esthétique SM, cuir et clous au lieu des étoffes sensuelles de jadis, privilégiant la pesanteur d’un soi-disant réalisme plutôt que la légèreté de l’insolence.
Russell Crowe affirme que le film de son réalisateur fétiche, pour le meilleur (Gladiator) et pour le pire (Une grande année), surpasse toutes les autres versions, parce qu’il «évite les clichés. Les autres ont supposé des choses sur Robin des Bois. Notre film dépeint ses origines plutôt que de s’appuyer sur les vieux poncifs.»
Le film suppose qu’en 1199, Robin Longstride est archer dans l’armée de Richard Coeur de Lion qui, de retour des Croisades, guerroie en France. La seule rencontre entre le soldat et son suzerain tourne au vinaigre: Robin est mis au pilori pour avoir dénoncé le massacre de Saint-Jeand’Acre. Le lendemain, le roi est tué. Robin s’évade.
La flèche et le phalanstère. En rejoignant l’Angleterre, il tombe sur Robert Loxley, un noble agonisant qui lui demande de rapporter la couronne royale à Londres et l’épée de son père. Pour accomplir ces tâches, Robin endosse l’identité du défunt. Dans une ferme pressurée par les percepteurs du shérif, il rencontre la veuve courageuse du chevalier assassiné, Marianne (Cate Blanchett). Pour défendre le domaine, il se fait passer pour le mari (syndrome Retour de Martin Guerre). Se découvrant une fière devise («Ne pas fléchir jusqu’à ce que les agneaux deviennent des lions»), le ruffian s’ennoblit, prend la défense des faibles, puis mène l’assaut contre les troupes normandes. L’Angleterre est sauvée, mais le prince Jean se parjure. Alors Robin, ses joyeux compagnons, Marianne et autres gueux révoltés se replient dans la forêt de Sherwood. L’histoire commence.
En écornant l’image idéalisée du roi Richard, le Robin Hood de Ridley Scott renvoie à La rose et la flèche (1973), sa parfaite antithèse. Libertaire, antimilitariste, truculent, mélancolique, le film de Richard Lester narre le crépuscule du voleur de Sherwood et sa désillusion. Il a cru que Richard était un grand roi. Il l’a accompagné en Terre sainte, a assisté aux massacres ignobles bénis par les prêtres.
De retour en Angleterre, il retrouve Marian, qui a pris le voile, se frite une dernière fois avec le shérif de Nottingham. Grièvement blessé, Robin boit le poison que Marian partage avec lui. Avant de mourir, il tire une flèche par la fenêtre et demande à Littlejohn de les enterrer là où elle tombe. Le trait ne tombe pas plus que les héros ne meurent: il se perd dans le ciel infini. On peut préférer cet essor azuré au phalanstère sylvestre niaisement suggéré par Ridley Scott.
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