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SSR
Roger De Weck : "Je n’adhère pas au culte du manager tout-puissant"

Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 12.01.2011 à 10:28

SSR. Le nouveau directeur de la Société suisse de radiodiffusion et télévision veut ouvrir le débat sur une place médiatique nationale qu’il estime en danger.

La place médiatique helvétique est en danger face à la montée en puissance de Google et autre Facebook, selon Roger de Weck.

Le nouveau directeur de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) appelle à lancer d’urgence un débat. Un débat plus nécessaire que la question du droit de porter ou non un voile islamique quand on est employé de médias publics.

«Je préfère traiter des questions qui se posent plutôt que d’une question qui, jusqu’à nouvel avis, ne se pose pas vraiment», estime-t-il avant d’ajouter, ironique: «Depuis belle lurette, la Suisse aime à débattre de questions hypothétiques ou symboliques. Peut-être que les vraies questions sont un peu plus compliquées, un peu moins captivantes.»

Dans quel état avez-vous trouvé la SSR?

C’est une institution reconnue, qui a du succès. Un récent sondage du Credit Suisse indique que plus de trois quarts des Suisses nous font confiance.

C’est bon signe au moment où la SSR subit une concurrence étrangère féroce. Or, nous tenons bien la route. Si la conjoncture ne plonge pas, nous équilibrerons nos comptes en 2011.

Armin Walpen prévoyait des budgets en rouge vif. Il avait réclamé une hausse de la redevance. A-t-il crié au loup trop tôt?

Je ne tiens pas à commenter ce que mes prédécesseurs ont dit. Reste qu’il ne suffit pas de renouer avec les chiffres noirs, il nous faut une marge pour investir: la force de la SSR a toujours été de faire à temps le pas technologique qui s’imposait.

Raison pour laquelle nous nous devons d’être encore plus efficaces. Dans le meilleur des cas, cela nous permettrait de produire plus «suisse» et d’acheter un peu moins à l’étranger.

Option Musique et World Radio Switzerland qui étaient visées par des mesures d’économie ne sont donc plus menacés de disparition?

Le budget prévoit le retour aux chiffres noirs sans suppression de programmes. Il me semble en outre plus judicieux de définir et d’adapter nos programmes dans le cadre d’une stratégie de l’offre et non pas sous l’angle des économies.

Justement, quelle sera la SSR version de Weck?

Ce n’est pas «ma» SSR. Je n’adhère pas au culte du manager tout-puissant, celui qui va tout changer et tout créer. La force des entreprises qui restent ancrées dans les valeurs helvétiques, c’est de s’inscrire dans le long terme.

Par exemple, avez-vous jamais entendu des déclarations fracassantes de la part des dirigeants de Nestlé, modèle pour la durabilité de sa stratégie?

Pas vraiment effectivement.

Dans les médias, vous avez le privilège d’être entouré d’esprits critiques, il faut tenter de convaincre avant de décider, pour que les décisions soient mises en œuvre au lieu d’être mises en cause. Je n’y arriverais pas seul. Avec Gilles Marchand et mes collègues du comité de direction, nous faisons équipe.

Au fil des ans, j’ai rénové le Tages-Anzeiger puis l’hebdomadaire allemand Die Zeit, et j’ai contribué à la fusion de deux instituts universitaires genevois très différents. Pour réussir, j’ai évité de faire dans le spectaculaire.

Vous expliquez que vous n’allez pas intervenir directement dans le programme. Pourtant, plusieurs sources assurent que vous avez tenté de supprimer sous sa forme de duels Arena, l’émission alémanique de débat politique.

La réalité, c’est que je suis responsable d’une entreprise qui compte 18 chaînes radio et 8 chaînes TV dans les quatre langues nationales. Outre que je suis soucieux de l’indépendance des rédactions, ce n’est pas vraiment ma tâche que d’interférer dans telle ou telle émission.

Reste que les débats politiques de la SSR ont souvent ressemblé ces dernières années à des combats de boxe plutôt qu’à des tables ouvertes au dialogue. Ce qui a profité à l’UDC...

Au dialogue des sourds, nous préférons tous l’échange des meilleurs arguments. On peut avoir des débats riches, durs, vivants mais qui sont porteurs de solutions.

Cela dit, notre mandat est de refléter la réalité. Il ne s’agit pas d’estomper la polarisation. Mais il ne s’agit pas non plus d’en rajouter délibérément par goût du spectacle.

En parlant de polarisation, l’UDC vous a fait comprendre qu’elle vous aurait à l’œil, vous le prœuropéen. Vous sentezvous sous pression?

Je constate avec plaisir que la SSR est, grâce à son organisation de milice unique au monde, à l’abri des pressions des partis et du gouvernement. Quelle différence par rapport à l’Allemagne ou la France!

En revanche, il est légitime que les partis réfléchissent à des stratégies pour fortifier la place médiatique suisse. Ce débat est même urgent.

Pourquoi?

Le monde des médias change à toute allure. Nous nous trouvons face à des géants comme Apple, Google, Facebook…Je pose aujourd’hui la question: quel est l’avenir de la place médiatique suisse alors que ces groupes globalisés se taillent la part du lion sur le marché publicitaire de l’internet?

Le marché de la pub sur internet vous intéresse autant que les éditeurs privés qui font pression sur le Conseil fédéral pour vous l’interdire. La situation est-elle bloquée?

Le Conseil fédéral a invité les éditeurs et la SSR à entamer un échange à ce sujet. Je suis confiant, nous trouverons une solution tôt ou tard. Prenez Tamedia avec Edipresse, Ringier, le groupe NZZ ou la SSR: nous sommes grands à l’échelle suisse, mais minuscules au niveau européen et lilliputiens au niveau mondial. Or les Lilliputiens ont intérêt à se renforcer les uns les autres.

Faut-il suivre l’exemple de l’Allemagne où des concurrents collaborent pour grappiller des miettes du gâteau publicitaire en pleine croissance?

Pourquoi pas? Un débat entre les éditeurs privés, le service public et d’autres groupes médias au sens large comme Swisscom et Cablecom, voire des entreprises comme Logitech, serait bienvenu.

Nous resterons des concurrents qui ne se feront pas de cadeaux. Mais même les banques qui se livrent une concurrence vigoureuse sont capables de réfléchir ensemble à l’avenir de la place financière.

Qui doit lancer ce débat?

Si, avec d’autres, nous parvenions à le stimuler, j’en serais heureux. Nous devons assurer le maintien d’une place médiatique indépendante et respectueuse de nos traditions, de nos cultures et de nos langues.

La Suisse, pour exister, a besoin d’un espace public et médiatique vivant. Il faut éviter que ce pays hétérogène se scinde plus encore en petits vases clos. Le comité de direction de la SSR veut renforcer la couverture des régions linguistiques les unes par les autres. Et lancer en commun une grande production bien ciblée.

Les autorités politiques veulent couper les vivres à Swissinfo, notre vitrine sur le monde...

Je partage la conviction du conseil d’administration de la SSR qui estime que si la Confédération est prête à financer pour moitié au moins notre offre vers l’étranger, comme le prévoit la loi, nous devrions la maintenir.

Elle est essentielle pour un pays qui gagne un franc sur deux à l’extérieur et se trouve parfois sur la défensive. Et la SSR s’emploiera à renforcer sa couverture de l’actualité internationale. Une émission comme Géopolitis, dont nous sommes fiers, pourrait inspirer les autres régions linguistiques.


Profil

ROGER DE WECK

Né le 17 octobre 1953 à Fribourg, il fait des études d’économie à Saint-Gall. Il dirige le Tages-Anzeiger entre 1992 et 1997, puis Die Zeit, à Hambourg, entre 1997 et 2000.

En 2004, il prend la présidence du conseil de fondation de l’Institut de hautes études internationales à Genève. Il est le nouveau directeur général de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) depuis le 1er janvier 2011.



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Dossier 'Réseaux sociaux'
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Tags: Roger De Weck, SSR,

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