Grâce et disgrâce
Roger de Weck et la colère de l'UDC
C’est la divine bonne surprise de ce printemps, le conseil d’administration et l’assemblée des délégués de la SSR ont désigné Roger de Weck pour succéder à Armin Walpen. Qui mieux que ce journaliste, esprit cosmopolite né dans une grande famille fribourgeoise, ce parfait bilingue, ce Suisse qui a fait carrière en Allemagne, incarne la fameuse «idée suisse» que l’audiovisuel public s’est choisie comme slogan en 1999?
Roger de Weck est un intellectuel écouté de part et d’autre de la Sarine (ce doit être un des seuls, hélas). Il est rassurant que l’on songe encore à placer sur les plus hautes marches du pouvoir quelqu’un comme lui, capable de penser en toute indépendance la Suisse et son rapport au monde. Président jusqu’ici de l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, il est un pro-européen notoire. Sa nomination déclenche l’ire de l’UDC, qui veut y voir une manœuvre du conseiller fédéral Moritz Leuenberger. Quel manque de fairplay. Il n’y a pas que Christoph Blocher qui sache monter des coups! Qu’aurait dit cette même UDC si le conseiller national libéral-radical zurichois Filippo Leutenegger, très proche d’elle, avait été choisi? Sa satisfaction, à n’en pas douter.
L’UDC a tort de s’énerver. Avec ou sans Roger de Weck à la tête de la SSR, le retour de la question européenne est programmé. Faut-il adhérer à l’Union européenne? Depuis bientôt vingt ans, le Conseil fédéral ne parvient pas à répondre clairement par un oui ou un non définitif. Il a promis pour cet été de faire le point. Et, c’est à craindre, de nouvelles prodigieuses arguties.
Les cantons veulent aussi s’en mêler. La Conférence des gouvernements cantonaux prépare un rapport. Les plus audacieux souhaitent obtenir un droit de conégociation au côté de la Confédération. La CdC rappelle que ce sont les cantons qui in fine appliquent les règles de l’UE reprises par la Suisse. Même sans adhésion formelle, le fédéralisme est déjà sous pression. Les 26 cantons et demi-cantons sont des Etats. Certains d’entre eux ont plus d’habitants et de budget que de petits membres de l’UE comme Malte ou le Luxembourg. Mais doublement rien à dire sur le cours des affaires continentales. Frustrant et de moins en moins tolérable.
LE FÉDÉRALISME EST DÉJÀ SOUS PRESSION.
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