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Roger Köppel / die Weltwoche. Le pire est derrière!

Par Pierre-André Stauffer - Mis en ligne le 23.10.2008 à 06:00

Le rédacteur en chef de l’illustre magazine zurichois publie un édito un jour trop tard: un éloge du libéralisme suisse démenti par les faits.

Difficile de savoir ce qui se trame au Conseil fédéral quand on n’a plus d’informateur privilégié, à l’intérieur, qui vous renseigne avant tout le monde. La Weltwoche avait Christoph Blocher, elle l’a perdu. La Weltwoche pouvait disserter à loisir sur des événements que la concurrence ne connaissait pas, ou ne connaissait qu’en partie, aujourd’hui elle est à côté de la plaque.
 
Ainsi, le jour même où le Conseil fédéral présentait à grand fracas son plan de sauvetage de l’UBS, Roger Köppel, rédacteur en chef de l’illustre magazine zurichois, se fendait d’un éditorial où il se demandait ce qui se serait passé si le Conseil fédéral s’était laissé entraîner, dans le sillage de Sarkozy ou Angela Merkel, à «la rage de redessiner la politique économique». Le caractère cool avec lequel la Confédération a réagi aux secousses de la crise, «est aussi le résultat d’un système politique éminent, capable d’amortir les chocs, un système plus intelligent que les gens chargés de le gérer».

Roger Köppel n’apprécie guère le président français et la chancelière allemande, mais il admire profondément le caractère astucieux du premier ministre britannique Gordon Brown. Grâce au modèle anglais, «le monde de la finance a désormais ses pires moments derrière lui». Certes, il y aura encore des pertes. Mais «le spectre de l’infarctus du système, son engloutissement dans un trou noir a été paré».

La décrispation est «durable.» Par la grâce du plan britannique qui «intervient moins furieusement dans le marché que celui de l’ancien footballeur Hank Paulson». Les Américains veulent racheter «tous les crédits immobiliers pourris», ce qui équivaut à «une aide au développement injuste, au profit des instituts financiers les plus mal gérés».
 
Les Britanniques, eux, ont mis l’Etat «en position d’attente, à la fois décideur ultime et lieu d’accueil pour les banques sous-capitalisées». Au cas où un institut financier est menacé de manquer de fonds propres, le management peut compter sur le Trésor public pour se renflouer.

Ce qui, à première vue, apparaît comme un cadeau versé par les contribuables est en réalité «un remède de cheval». Les banques doivent s’acquitter d’un intérêt qui peut monter jusqu’à 12% sur le nouveau capital. En outre, elles font l’objet d’une surveillance sévère exercée par les autorités publiques. Le gouvernement envoie trois représentants dans les conseils d’administration des instituts sous contrôle, interdit les bonus pour cette année et n’autorise les primes exceptionnelles en 2009 que sous forme d’actions. Les milliards publics représentent pour la plus grande partie des garanties et des investissements. Et non des coûts. Etatiste et homme de gauche, l’astucieux Brown offre ainsi au pouvoir une vue directe sur un secteur économique clé. «Génial», souligne Roger Köppel.

«Nous ne voulons pas tomber dans l’exubérance, prévient l’éditorialiste, mais un regard sur la Suisse nous montre que la confiance demeure.» L’UBS et le Credit Suisse, «pourraient ressortir gros gagnants de ce carrousel financier». Leur modèle de gestion est d’ores et déjà capable de faire de la Suisse le récif de corail d’une politique financière stable, le lieu que tout le monde recherche. En comparaison de l’étranger, les deux «porte-avions de notre industrie financière, ont beaucoup moins souffert qu’ils n’ont effrayé».

Dans l’ensemble, la Suisse n’a pas fait «de mauvaises expériences» dans sa manière d’aborder les grandes crises économiques. «Même s’il est arrivé au monde politique de faire quelques fausses notes.» Aujourd’hui, elle a «le devoir» de «défendre ses conquêtes libérales contre les fantaisies de la toute-puissance étatique et le retour en Europe de l’anticapitalisme mou».

Pour le rédacteur en chef de la Weltwoche, «nous pouvons remercier Dieu et Christoph Blocher d’avoir solidement maintenu la Suisse hors de l’Union européenne». L’indépendance politique «nous donne plus d’espace et de marges de manœuvre» pour réagir contre la crise. «L’esprit du temps n’influence pas complètement le gouvernement.» Rien à voir avec Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel.

Cela dit, les banquiers américains qui ont conduit leur entreprise à la faillite et ramené des millions de dollars à la maison n’ont gardé que leurs caleçons dans les hearings où il ont été convoqués. «Ce rituel brutal montre qu’on ne veut pas simplement relâcher les poissons coupables dans l’eau. Il est nécessaire au rétablissement de la confiance.»
 

Weltwoche, No 42/08, octobre 2008, adaptation PAS




Tags: Suisse, politique, économie,

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