«Un scientifique et un entrepreneur, mais aussi un sage, un humaniste et un philanthrope.» C’est en ces termes que Benoît Dubuis, président de BioAlps, a présenté Rolland-Yves Mauvernay, en lui remettant le prix 2009 de son association, à la fin de septembre. Une distinction que le président et fondateur de Debiopharm Group partage avec son fils Thierry, vice-président. On ne saurait mieux dresser le portrait d’un personnage hors du commun et attachant. Un homme modeste aussi, qui aime à répéter qu’il «ne mérite rien». Parti de presque rien, Rolland-Yves Mauvernay se retrouve aujourd’hui, à 87 ans, à la tête d’une entreprise pharmaceutique florissante. Debiopharm, fondée il y a trente ans en Valais, y poursuit toujours sa route, tout en ayant étendu ses ramifications bien au-delà de ce canton. Le parcours de Rolland-Yves Mauvernay tient de la success story. Ce Français d’origine a étudié la biologie, la médecine et la pharmacie à l’Université de Strasbourg, tout en se faisant le soir visiteur médical – car il a «dû gagner [sa] vie très tôt». D’abord assistant dans la faculté alsacienne, puis fondateur d’un laboratoire d’analyses médicales, il s’est retrouvé en Suisse, à l’invitation de la société Organol. «Ce pays m’attirait, car c’est une terre de recherche, située au carrefour de l’Europe. » Comme dans la plus pure tradition de la Silicon Valley, il disposait alors... d’un garage à Evionnaz. C’est là que Debiopharm est née, en 1989. L’entreprise n’employait alors que cinq personnes. Le groupe en compte aujourd’hui quelque 350, réparties dans des sociétés filles implantées à Lausanne, à Martigny – où se trouve une unité de recherche appliquée et de production – à Paris et au Québec. Il a su aussi s’entourer de 400 experts venant du monde entier. «Les meilleurs, dans leurs domaines, souligne Rolland-Yves Mauvernay. Je sais que je ne sais rien. L’important est de trouver les personnes qui ont les connaissances nécessaires.»
Passerelle. Des connaissances, il en faut pour faire prospérer une firme comme Debiopharm qui fait figure d’originale dans le monde de la pharma. Elle n’invente, ni ne commercialise rien, se bornant à jeter un pont entre la découverte et la mise sur le marché de nouveaux médicaments. Mais cette passerelle se révèle essentielle pour les start-up souhaitant amener leurs idées à maturité. Le Prix Nobel Andrew Schally peut en témoigner, lui qui avait découvert une molécule agissant contre le cancer de la prostate, mais n’avait pas réussi à convaincre l’industrie pharmaceutique de son intérêt. Fin nez, le président de Debiopharm s’en est emparé pour en faire un médicament qui, sous le nom de Decapeptyl, est commercialisé dans le monde entier. C’est, avec l’Eloxatine contre le cancer du côlon, l’un des blockbusters de l’entreprise, en attendant l’arrivée prochaine d’un antiviral contre l’hépatite C. Aujourd’hui, les ventes générées par les différents produits licenciés par le groupe représentent un chiffre d’affaires mondial de 2,7 milliards de francs. Il est vrai que Rolland-Yves Mauvernay écume les startup, analysant chaque année un «millier de molécules» pour n’en retenir qu’un nombre infime. Ce qui n’empêche pas quelques ratés, comme l’abandon d’une substance contre la maladie d’Alzheimer pour laquelle la firme avait dépensé 200 millions de francs. «C’était un bon produit, mais il n’était pas meilleur que ceux de la concurrence. Nous y avons renoncé, pour des raisons éthiques.» Souci de l’éthique, mais aussi soutien à des fondations caritatives ou à des artistes dont les œuvres ornent les murs du siège de la société à Lausanne: le président de Debiopharm est un humaniste. Que l’on admire ses succès et il rétorque: «J’ai seulement la volonté et l’orgueil de réussir, non pas pour moi, mais pour ceux qui m’entourent.» Seule compte pour lui la «pérennité» de son entreprise. La relève est déjà assurée par son fils Thierry; sa fille et un de ses petits-fils, pourraient aussi venir à ses côtés. Rolland-Yves Mauvernay ne songe nullement à se retirer: «Je serais tellement malheureux.» Cet ancien pilote épris de «vitesse», compte bien continuer à foncer, mû par une seule passion: son entreprise.
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