Ce garçon ne change pas. Toujours le même air adolescent, le même accent traînant. Et toujours le même toupet, malgré ses 55 ans. Daniel Rossellat prépare la 33e édition du Paléo Festival qui, comme d’habitude en juillet, se déroulera le long de l’Asse, à côté de Nyon. Cinquante-cinq ans. Comme on dit à cet âge-là, c’est un peu la der qui sonne pour une reconversion, une vraie, avec «remise en question» et «prise de risque». Alors le boss de Paléo n’a pas laissé passer l’occasion, une opportunité unique. Il y a quelques jours, la Cour constitutionnelle a confirmé la destitution du syndic de Nyon, prononcée en novembre par le Conseil d’Etat. Alain-Valéry Poitry avait commis l’erreur de s’installer dans la villa qu’il s’était fait construire à Prangins, tout en prétendant que son domicile principal demeurait à Nyon.
Tout tout de suite. Désormais, la situation est claire. A la rentrée, sans doute le 28 septembre, une élection complémentaire à la Municipalité aura lieu. Alors Daniel Rossellat confirme formellement ce qui se prépare depuis Noël. Sous l’étendard des Verts, il sera candidat. Ce qui ne lui suffit pas. «Je sais bien que ce n’est pas dans les façons de ce canton. Mais je tiens à le dire. Si je me lance en politique, ce n’est pas seulement pour me porter à la Municipalité. Ce qui m’intéresse, c’est de devenir syndic, tout de suite.» Ceux qui pratiquent de près le patron de Paléo reconnaîtront là l’autorité affirmée que voile son habituelle bonhomie. En affirmant si franchement sa furieuse envie d’entrer en politique, l’enfant de Nyon a semé une belle pagaille, vive comme une dispute de famille. Municipale des Finances, de l’informatique et des services industriels, et aussi députée socialiste au Parlement cantonal, Fabienne Freymond Cantone est désillusionnée. «Mon père a été son prof», glisse-t-elle au passage. D’un point de vue politique, «Daniel Rossellat vient de nulle part, on ne sait pas ce qu’il vaut, ce qu’il pense». Pas question de se laisser imposer un tel candidat sans discussions. «Ce serait contraire à nos us et coutumes politiques.» Le lundi 9 juin au soir, les socialistes ont rompu la plate-forme qui leur avait permis de constituer une majorité avec le POP et les Verts. Fichus Verts. Tout allait si bien avec eux, «les amitiés étaient fortes», note Fabienne Freymond. Mais ils n’ont rien voulu entendre. D’emblée, ils ont accueilli avec enthousiasme le néophyte Rossellat pour le soutenir dans sa conquête municipale. Au PS, on a parlé de «trahison». Il faut dire que l’ex-syndic Poitry était à l’origine socialiste, avant qu’il ne démissionne de son parti pour une bête question de charte interne qu’il refusait de signer, par esprit d’indépendance.
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