Royaume-Uni qui rit, Royaume-Uni qui pleure
CONTRASTES. Les conservateurs vont sans doute gagner l’élection du 6 mai face aux travaillistes usés par 13 ans de pouvoir. Mais la crise a creusé les inégalités, rendant l’issue du scrutin incertaine. Plongée dans les extrêmes, d’un quartier défavorisé de Londres à une cité pétrolière prospère du nord de l’Ecosse.
Gordon Brown affiche un sourire grimaçant: «J’ai fait exploser le chômage des jeunes. Votez pour moi». L’affiche placardée devant la station de métro Whitechapel, dans l’est londonien, est l’oeuvre des conservateurs, bien décidés à défaire les travaillistes lors de l’élection du 6 mai. Le message n’est pas anodin: cette campagne va se jouer sur la question de l’emploi. Car l’économie britannique est à terre. Le déficit atteint 11,8% du PIB, soit presque autant qu’en Grèce, l’économie s’est contractée de 5% en 2009, du jamais vu depuis les années 30, et le chômage a bondi à 7,8%. Dans ce quartier de l’East End appelé Tower Hamlets, la situation est pire encore: les sans-emploi représentent 13,6% de la population. C’est le taux le plus élevé du pays. Près d’un quart des familles vivent avec moins de 15 000 livres par an (24 500 francs).
Coincé entre les échoppes bobos de Spitalfields et le quartier des affaires de Canary Wharf, ce lieu a servi de terre d’accueil à une large communauté asiatique dès les années 70. Aujourd’hui, 48,6% de la population appartient à une minorité ethnique, dont 33,4% sont Bangladais. On y trouve la plus grande concentration de musulmans de Grande-Bretagne (36,4%).
Le long de Mile End Road se dresse une rangée de blocs de briques rouges. Il s’agit des logements subventionnés de Ocean Estate, qui figurent parmi les plus délabrés du pays. Dans les années 90, on y trouvait l’héroïne la moins chère d’Europe. C’est ici que le leader des conservateurs David Cameron a lancé à la fin mars son concept de «Big Society». L’idée? Reresponsabiliser les citoyens en créant une armée de 5000 volontaires prêts à s’engager dans du travail communautaire et un service civique obligatoire de deux mois pour les jeunes, un concept déjà testé dans les banlieues de Chicago. Un certain Barack Obama y a fait ses armes.
Mais dans ce bastion travailliste, le jeune leader des «tories» n’a pas convaincu. «Les conservateurs vont se dépêcher de couper dans les dépenses publiques et le pays va retomber dans la récession», s’inquiète un résident, Naz Islam, 29 ans, devant l’une des habitations, dont une partie des fenêtres a été remplacée par des panneaux de bois. Le «labour» ne déclenche pas non plus l’enthousiasme. «Cela fait 20 ans que je vis ici, et les choses ne font qu’empirer, se plaint la Somalienne Fatima. Les gangs s’affrontent la nuit et le trafic de drogue est omniprésent.» Les autorités travaillistes devaient investir 56 millions de livres (91 millions de francs) pour rénover cette cité, mais les travaux ont pris du retard et de l’argent a été détourné.
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