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RUAG: marche forcée vers le civil

Mis en ligne le 05.04.2001 à 00:00

Reconversion Une page va se tourner pour le groupe bernois qui ne vendait qu'à l'armée. Afin de percer sur de nouveaux marchés, quatre filiales ont été créées.

L'Hebdo; 2001-04-05

RUAG: marche forcée vers le civil

Reconversion Une page va se tourner pour le groupe bernois qui ne vendait qu'à l'armée. Afin de percer sur de nouveaux marchés, quatre filiales ont été créées.

Thoune. Son lac, ses clochers, ses casernes, ses villas sans souci dont les jardins sont décorés de drapeaux suisses, ou de la bannière sudiste. Une région où sont situées la plupart des entreprises de la RUAG (Rüstungs und Industrie Aktiengesellschaft). Ou, mieux dit: ce qui reste du complexe militaro-industriel suisse. Le groupe bernois occupe 3800 salariés. La Confédération possède encore 100% des actions.

La RUAG, passée sous le régime du droit privé en 1999, est aujourd'hui lancée dans une course de vitesse pour compenser par des commandes externes les bons d'achat de plus en plus maigres de l'armée suisse. Cette perte de substance se reflète dans les comptes du groupe bernois: le chiffre d'affaires s'est affaissé en 2000, passant de 962 à 941 millions de francs. Et, même si les boulons ont bien été resserrés puisque le résultat a progressé (de 42,5 à 67 millions de francs), la dépendance à l'armée reste forte, beaucoup trop forte: 772 millions de francs, soit 82% des revenus. Gagner huit francs sur dix avec un seul gros client qui vous a avertis que ses commandes allaient régulièrement baisser tient du suicide industriel. En dix ans, les dépenses pour l'armement en Suisse ont déjà été réduites de moitié. Jusqu'en 2003, l'industrie ne peut compter que sur une enveloppe d'environ un milliard de francs. Même si son actionnaire unique ne l'étranglera jamais, le salut de la RUAG passe donc par l'étranger et les applications civiles.

Célèbre administrateur

Pour accomplir cette marche forcée, la société a besoin d'une bonne stratégie. Donc d'administrateurs compétents. Des six hommes qui garnissent son conseil, un seul bénéficie - bien malgré lui - d'une notoriété nationale et - hélas pour lui - même internationale: Philippe Bruggisser, patron fraîchement débarqué du groupe Swissair. Si le manager argovien a été contraint de lâcher les commandes du groupe aérien, rien ne l'oblige à quitter le conseil d'administration de la RUAG (nommés par le Conseil fédéral, les six administrateurs conservent leur mandat jusqu'en 2004). «Il a fait du bon boulot même s'il a manqué la dernière séance, relève le Soleurois Walter Bürgi, président de la RUAG. De manière générale, la discipline est bonne au sein de notre conseil.» Nous sommes soulagés. Walter Bürgi, administrateur de sociétés électriques, c'est-à-dire des véritables - et bientôt des seules - vaches à lait des collectivités publiques, est aussi grand connaisseur des affaires publiques puisqu'il officia, de 1980 à 1989, comme conseiller d'Etat radical du canton de Soleure. Si, au vu des événements secouant Swissair, la place de Philippe Bruggisser ne paraît pas coulée dans le bronze, Walter Bürgi dispose des conseils de deux administrateurs liés à l'industrie privée (Hanspeter Käser, de Sarna, et Roland Zimmerli, de Dätwyler), l'oeil de Berne étant incarné par Hans-Ulrich Scherrer, chef de l'état-major général.

Afin de percer sur de nouveaux marchés, la RUAG a créé quatre filiales investies dans des secteurs précis (électronique, aéronautique, munitions, systèmes d'armement). Cette structure est ingénieuse. Elle donne de l'autonomie à chacune des filiales. Celles-ci multiplient les alliances. Le mois dernier, la branche de RUAG spécialisée dans les munitions a par exemple annoncé une collaboration avec le géant allemand Dynamit Nobel.

Cap sur l'espace...

En décembre dernier, une autre filiale a racheté la société nyonnaise Mecanex. Spécialisée dans la microtechnique, cette entreprise compte comme clients les grands noms de l'industrie spatiale et militaire. Moyenne d'âge des employés: 34 ans, alors que la cheffe de l'entreprise, Nicola Thibaudeau, est à peine plus âgée (41 ans). Cette année, Mecanex compte gagner six francs sur dix dans le spatial, moins de deux francs dans le secteur de la défense et le solde grâce à l'industrie civile. En octobre prochain, une navette spatiale construite avec de la technologie Mecanex doit décoller de Cap Canaveral. La firme est bénéficiaire. Une PME dirigée par une jeune Québécoise et offrant ses produits à des clients du calibre de la NASA est-elle soluble dans la RUAG? Nicola Thibaudeau explique les raisons de la vente: «Il s'agissait d'une occasion peut-être unique d'appartenir à un groupe important au moment où la concentration s'intensifie dans le secteur de la défense et de l'industrie spatiale. Nous connaissions les sociétés du groupe depuis longtemps. Nous parlons le même langage sur le plan industriel. C'est notre responsabilité d'assurer la pérennité d'une entreprise employant 43 collaborateurs.» En achetant Mecanex, la RUAG n'acquiert pas seulement de la technologie, mais aussi de la culture d'entreprise, du savoir-faire dans les marchés internationaux, de l'oxygène créatif. Elle troque le gris-vert contre les couleurs pimpantes des bureaux de la société nyonnaise. Elle respire. De son côté, Mecanex s'appuie sur une société aux reins financiers solides.

En 1998, une des unités de la nébuleuse RUAG a été fusionnée avec un groupe allemand pour créer Nitrochemie AG (650 emplois dont 200 en Suisse). L'usine est basée à Wimmis, bourg encaissé proche de Thoune. En Suisse, Nitrochemie réalise 90% de son chiffre d'affaires avec la défense. Mais son patron, Beat Steuri, est catégorique: «La croissance de Nitrochemie se fera dans les applications civiles.» Aujourd'hui, l'espoir vient d'un procédé chimique permettant de protéger le papier en lui ôtant ses acides. «Nous traitons aujourd'hui 50 tonnes de papier pour le compte des Archives fédérales suisses et 50 autres pour la Bibliothèque nationale. Des commandes nous ont été garanties pour cinq ans. Ces deux clients possèdent 3000 tonnes d'archives: la réserve est très importante. Mais notre usine ne peut traiter que 150 tonnes par an», détaille Beat Steuri. Les revenus issus de cette technologie restent modestes: une poignée de millions. Mais le marché est immense. A Wimmis et à Nyon, le temps presse. Les dirigeants de la RUAG n'ont pas droit à l'erreur dans leur rapide stratégie de reconversion.

Roland Rossier

Comme les autres filiales de la RUAG, l'entreprise suisse d'aéronautique devra miser sur les applications civiles.




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