Témoignant mardi avec son fils devant la commission parlementaire, Rupert Murdoch, 80 ans, a dit qu’il s’agissait du jour «le plus humble de son existence».
Le faiseur de rois, ou plutôt de premier ministre, avait délaissé l’arrogance pour s’embarquer dans un rôle de composition inédit, celui de la contrition, continuant cependant à nier toute responsabilité personnelle. Pour dire les choses simplement, il ne faisait plus le malin.
Entre la mort de Sean Hoare (semble-t-il décédé de façon non suspecte, mais qui vivait terrifié et terré chez lui), ex-journaliste de News of the World qui dénonçait les pratiques d’écoutes téléphoniques illégales, les révélations sur la complaisance policière (des enquêtes jamais abouties) et les connivences politiques (l’amitié du premier ministre David Cameron pour Rebekah Brooks, ex-directrice anglaise du groupe), le Royaume-Uni vacille autant que Murdoch lui-même. L’affaire est révélatrice de nombreux questionnements sur la puissance des tabloïds britanniques.
On pourra reprocher ce qu’on voudra à l’Australien, mais il aime les journaux, il aime le papier. Depuis des années, de nombreux cadres de News Corp, dont son propre fils, lui suggèrent pourtant de les laisser froidement tomber. C’est la télévision qui rapporte. Et le numérique, c’est l’avenir, même si le lancement récent de The Daily (un quotidien sur iPad) s’est avéré pour le moment un échec industriel.
Le rachat de Dow Jones, en 2007 (le Wall Street Journal) a coûté très cher. Dans un éditorial récent, le quotidien économique américain rendait d’ailleurs un hommage appuyé à l’engagement de Murdoch pour le titre. Mais, si durant les cinq dernières années, les bénéfices de News Corp ont baissé de 28%, c’est bien à cause de la presse. Vendre l’ensemble de ses journaux anglais (le Sun, le Times, etc.) fait partie des options envisagées désormais pour éteindre le feu.
Murdoch, pour faire le succès de ses plus de 170 journaux, ne s’est jamais encombré de préoccupations morales ou éthiques. C’est là qu’intervient la perversion murdochienne: à quel moment la compétition trash, la course au scoop, la volonté de gagner des lecteurs ou de résister à l’érosion du nombre de ces derniers, fait-il perdre le sens des réalités à une entreprise entière? Pour glisser, avec les écoutes illégales, de l’enquête culottée vers le sordide délit de droit commun?
La presse tabloïd a beau être officiellement méprisée, elle a pu servir historiquement d’aiguillon à des journaux plus tempérés ou classiques. Mais la puissance, boostée par les écoutes, que cela donna au début des années 2000, à cette yellow press, la panique que les politiciens exsudaient devant des révélations, même éventuelles, de News of the World ou du Sun, a lentement fait passer Murdoch du camp du contre-pouvoir démocratique, soit l’honneur de la presse écrite, à celui de l’autocrate agressif et sûr de son impunité. Il suffisait de payer ici ou là pour se débarrasser d’un dérapage, les affaires continuaient. Vieille lune: si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu des tabloïds corrompt absolument.
Ce sont les enquêteurs du quotidien londonien The Guardian (lire le «Point final» de Luc Debraine en page 66) qui ont fait éclater l’affaire. Ils ont insisté durant des mois, avec opiniâtreté, dans leurs recherches. Bien sûr, il faut des journaux pour tous les goûts, certains au style plus racoleur, soulignant le divertissement ou le futile dans l’information.
Mais les tabloïds anglais accusent le coup des crimes de l’empire Murdoch. Des journaux comme le Mail on Sunday ont aussi baissé leur prix pour tenter de récupérer une partie des lecteurs de feu News of the World, qui étaient 7,5 millions. Et si ces derniers se mettaient à lire le Guardian?
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