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EXHIBITION. Vendue à un montreur d’ours (Olivier Gourmet), Saartjie Baartman (Yahima Torres) fait sensation dans les salons parisiens, au gré de prestations qui se ressentent des dispositifs sadiens.
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La Vénus noire
Saartjie pleine de grâce

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 01.12.2010 à 15:48

Dans un film d’une folle intensité, Abdellatif Kechiche retrace le destin de Saartjie Baartman, la «Vénus hottentote» exhibée comme une bête curieuse.

Les faits. Au début du XIXe siècle, Saartjie Baartman, une jeune femme d’ethnie khoisan, est exhibée à Londres, puis à Paris. Les savants l’étudient pour élaborer des théories racistes. Tombée dans la prostitution et l’alcoolisme, la «Vénus hottentote» meurt en 1915, à l’âge de 25 ans.

Son cerveau et ses organes génitaux sont prélevés, le moulage de son corps est exposé jusqu’en 1974 au Musée de l’homme, à Paris. En 1994, l’Afrique du Sud demande la restitution de ses restes, qui sont enterrés en 2002 sur sa terre natale.

Le réalisateur. La faute à Voltaire, L’esquive, La graine et le mulet: en trois films débordant d’humanisme et de vie, Abdellatif Kechiche s’est imposé comme un des auteurs les plus originaux du cinéma français. Découvrant l’histoire de Saartjie Baartman au moment de la restitution des restes, il a éprouvé pour elle «un sentiment de fraternité et, en même temps, une perplexité, comme face à un sphinx».

Il s’est efforcé de rester au plus près de la vérité historique, mais a suivi son intuition pour retracer son parcours, dénoncer le rejet des différences et exprimer cette «oppression du regard» qu’il a ressentie à cause de ses origines nord-africaines.

Le film. La Vénus noire dure près de trois heures. Parce que le cinéaste ne fait grâce d’aucune ellipse. Il montre trois exhibitions in extenso, obligeant à soutenir jusqu’au bout le spectacle de l’humiliation. A Londres, la Vénus enchaînée rugit comme une bête féroce.

A Paris, sous l’impulsion de son nouveau maître, un montreur d’ours (Olivier Gourmet), la perversité s’affine. On passe de la populace imbibée qui - entre crainte et désir - veut toucher le cul de la négresse, aux plaisirs cruels des salons huppés, friands des dispositifs inventés par Sade dans ses romans. Mais le comble de l’humiliation est atteint à l’Académie royale de médecine.

Georges Cuvier, célèbre promoteur de l’anatomie comparée, s’adonne à une forme sophistiquée de pornographie. Il ausculte Saartjie sous toutes les coutures pour démontrer son infériorité phylogénique. «Après son décès, qu’ont fait les scientifiques? Ils ont écarté ses cuisses pour regarder ce qu’elle refusait de montrer. Ils ont charcuté son sexe. Comment pouvonsnous faire cela, nous humains?», demande Kechiche.

La comédienne. Aussi volubile et solaire que Saartjie Baartman est opaque et laconique, Yahima Torres vient de Cuba. Arrivée en France il y a sept ans pour devenir comptable, elle a été repérée par Abdellatif Kechiche dans une rue de Belleville, leur quartier. Il lui a demandé un don total de soi, une dimension sacrificielle. La débutante a abordé le rôle sans peur, mais avec un sentiment de «respect» pour le personnage.

Elle a suivi une préparation mentale et physique intensive, appris l’afrikaans et la danse, pris 16 kilos, travaillé la tonalité de la voix. Elle a puisé en elle des forces prodigieuses pour exprimer la dignité plus forte que l’humiliation. Elle est fière d’avoir incarné Saartjie, cette «sœur» qui lui a tant apporté.

La Vénus noire. D’Abdellatif Kechiche. Avec Yahima Torres, André Jacobs, Olivier Gourmet. France, 2 h 39.




Tags: La Vénus noire, Abdellatif Kechiche,

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