Saint Coluche, priez pour nous
Nostalgie. Le cinéma ressuscite le bouffon de la République. A quoi bon?
En 1981, la France a vécu un séisme dont elle ne se remettra jamais pleinement: la candidature de Coluche à l’élection présidentielle. Antoine de Caunes retrace cette épopée libertaire dans Coluche, l’histoire d’un mec, un film qui a l’avantage de se centrer sur un semestre tumultueux dans la vie du clown, celui où il a fait trembler l’institution, celui aussi où il a failli perdre le sens de l’humour.
A la mort du comique, Serge July évoquait dans Libération «une disparition dont on sait confusément qu’elle ne laisse rien intact dans ce pays qu’il ramonait activement depuis plus de dix ans. Les pieds dans la merde hexagonale, il n’en continuait pas moins à purger l’imaginaire et le langage (…) avec l’ardeur et la générosité des bouffons des grands rois du Moyen Age finissant.»
Bouffonneries. Le coup de pied au cul flanqué par Coluche à la France giscardienne, vieille chose frileuse confite dans ses certitudes, est inimaginable de nos jours régis par le principe de jouissance et soumis à l’hilarité obligatoire. Coluche disait: «Il n’y a plus un seul chef d’Etat qui serait assez costaud pour avoir un bouffon.» C’était vrai dans les années 80, inepte aujourd’hui puisque, devançant leur caricature, les dirigeants sont souvent leurs propres bouffons, gendarme et guignol incarnés en une seule personne.
Nostalgique d’une époque où la subversion était encore corrosive, le film que de Caunes consacre à «ce Coluche que j’ai admiré, que j’aime, et dont la parole manque cruellement aujourd’hui» n’échappe pas à la tentation hagiographique. Quelques signes de mauvais augure annoncent le Putain de camion du révérend père Renaud. Et François-Xavier Demaison, le comédien qui s’est glissé dans la peau du «candidat à l’érection pestilentielle», évoque son travail en termes mystiques: «Il s’est passé quelque chose à ce moment. Il est descendu de là-haut.»
Le film se termine sur une touche sulpicienne. Coluche aperçoit un clochard fouillant une poubelle. Arrêt sur image: le projet des Restos du Cœur est en train de naître. La chenille de la provocation engendre le papillon de la charité. Maintenant qu’il est mort, le système a récupéré Coluche. Ceux qu’il pourfendait le citent, l’invoquent et rient de ses obscénités. Quant aux pauvres, ils restent pauvres et n’ont même plus de quoi se payer le luxe de l’irrévérence.
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