On se désole de l’apathie des jeunes face à la politique, mais il ne faut pas généraliser. Les Jeunesses socialistes ont déposé lundi leur initiative 1:12, nantie de 130 000 paraphes récoltés par leurs soins. Joli exploit qui dérange déjà.
LA JUSTIFICATION EST CADUQUE.
Que demande ce texte? Un truc fort simple, une injonction idéaliste: qu’au sein d’une même entreprise le mieux payé ne touche pas plus en un mois que le moins bien rémunéré en un an. Si le salaire mensuel du plus modeste employé est de 4000 francs, celui du patron ne devrait pas excéder 48 000 francs.
Directeur de l’Union patronale suisse, Thomas Daum a réagi à cette effronterie: ce n’est pas au législateur de déterminer l’échelle des salaires. Il a cruellement raison.
Depuis que les hauts salaires scandalisent, le législateur s’est montré obstinément incapable d’apporter le moindre correctif. Déposée en 2008, l’initiative de Thomas Minder visant à endiguer les rémunérations abusives – via un droit des actionnaires remusclé – traîne devant les Chambres.
Pour ne rien décider, les parlementaires et le Conseil fédéral jouent au ping-pong à coup de propositions de contreprojet embrouillées. Quand on compare avec le zèle mis par les mêmes à légiférer encore et encore sur les étrangers, on ne peut qu’être choqué par ce drôle de sens des priorités.
Mais Thomas Daum a tort quand il dit compter sur les entreprises ou les branches pour mettre de l’ordre dans les disparités salariales. L’autorégulation a copieusement failli, pour ne pas parler d’éthique, cette discipline qui guidait naguère les responsables économiques de notre pays.
La mode des salaires exorbitants a été importée en Suisse dans les années 90. Les banques ont copié la pratique en vigueur aux Etats-Unis, le marché de référence absolue qu’elles souhaitaient par ailleurs conquérir. La valse des millions a commencé et, la pharma, n’ayant pas moins de succès que le secteur financier, s’est laissé contaminer et étourdir.
Les gros salaires ont alors été justifiés par la prise de risques. Ces gens-là jouaient gros, nourrissant une croissance qui bénéficiait à tous, il fallait donc récompenser leurs talents. Sauf que quand l’audace visionnaire s’est muée en catastrophes, il n’y avait plus personne pour assumer.
A ce jour, Marcel Ospel et ses semblables n’ont pas eu à répondre devant une cour pénale ou civile des risques qu’ils ont pris. La justification des rémunérations stratosphériques est donc caduque.
On peut parier que le législateur traitera avec dédain le texte utopiste des JS. Mais la votation populaire promet de salutaires débats sur la valeur du mérite et la dose d’inégalité que les citoyens sont prêts à supporter.
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