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Sale temps pour San-Antonio

Mis en ligne le 15.07.2004 à 00:00

L'Hebdo; 2004-07-15

Sale temps pour San-Antonio

Cinéma Les romans pleins de verdeur jubilatoire se dégonflent et les personnages se ratatinent en paillasses franchouillardes.

Porter à l'écran les aventures du commissaire San-Antonio est un rêve de cinéaste aussi grand que le succès des romans de Frédéric Dard. Fausse bonne idée. Parce que la truculence du langage, l'inventivité des images, l'hénaurmité des personnages invalident toute tentative de transposition. Quel génie du 7e art, quel titan de la dramaturgie saurait montrer les parties de zobinoche débridées, les ruts monstrueux de Bérurier? Impossible d'adapter cette comédie humaine sans édulcorer, sans dénaturer. Dans les années 60, deux films, avec Jean «Maigret» Richard dans le rôle de Béru, se sont soldés par un échec retentissant, malgré des dialogues de Michel Audiard.

Produit par Claude Berri, réalisé par un tâcheron, ce nouveau San-Antonio s'inscrit dans une tradition de médiocrité typique de la comédie française contemporaine. Aux livres joyeux, scandaleux, débordant de sève, se substitue un machin informe, trivial, mou de partout, non avenu, avenant comme une frime d'huissier, oscillant entre action gratuite (poursuites motorisées, attaque d'hélicoptère) et mornes gauloiseries. Une musique vulgaire et quelques plans touristiques du carnaval de Rio entérinent la vacuité définitive de l'entreprise.

Le plus navrant reste l'inconsistance des personnages. On les a connus si verts, si vivants, si humains. On les retrouve moches, ternes, élimés, éventés. Dans le rôle du commissaire préféré de ces dames, il faudrait le jeune Belmondo, insolent et rentre dedans. Le personnage de Bérurier réclame un comédien de la trempe de Raimu, ou alors le Coluche de Tchao Pantin, voire Victor Lanoux. Quant au Vieux, un seul s'impose: l'impeccable Jacques François, incarnation de la vieille France.

Réglez-lui son compteLas! En place et lieu de ce casting de rêve, c'est Gérard Lanvin, acteur sympathique à défaut d'être expressif qui incarne San-A. Il devrait être impeccable, tiré à quatre épingles, cravetouze et costard Ted Lapidus; il est négligé, chemise ouverte, tignasse en bataille, regard las de bigorneau flapi. Béru, c'est l'inévitable Depardieu qui s'y colle, paresseusement. Il le joue façon Obélix, bon gros, chien fidèle. Cré bon gu! C'est autre chose, le Gravos! Une force de la nature, un sanguin, soiffard, queutard, vicelard, le coeur gros comme ça, le gourdin plus gros encore... Chaque personnage déçoit: Pinaud (Luis Rego) pas assez chenu, Mathias (Jean-Roger Milo) pas assez roux... Quant au Vieux, contresens absolu, il est joué par Michel Galabru: trop gras, trop véhément, trop méridional, trop Gendarme de Saint-Tropez... C'est là le noeud: héritier littéraire de Rabelais, San-Antonio, lorsqu'il passe au cinéma, ne se réclame que de la franchouillardise la plus déplorable. | AD

San Antonio. De Frédéric Auburtin. Avec Gérard Lanvin, Gérard Depardieu, Michel Galabru. France, 1 h 33.

Sacrée paire San-Antonio (Gérard Lanvin) et Bérurier (Gérard Depardieu).




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