Ni proches, ni famille, ni maîtres. Tout en revendiquant le respect de sa sphère privée, ne souhaitant s’attarder ni sur sa compagne ni sur son enfant, Sam Stourdzé – qui prend la tête du Musée de l’Elysée le 1er mai – défend une conception du réseau dont le principe repose essentiellement sur «des échanges concrets entre personnes». Le sien, par exemple, ne comprend donc pas Charles-Henri Favrod – fondateur du Musée de l’Elysée – dont il admire pourtant beaucoup le travail mais qu’il n’a jamais rencontré.
A 36 ans, ce Français surdoué possède un carnet d’adresses qui donne le vertige et couvre aussi bien l’Europe que les Etats-Unis. Après des études d’économie et d’histoire de l’art à Paris IV, il est parti perfectionner son anglais en Californie où il a véritablement découvert la photographie. «Sur le tard», précise-t-il avec humour. A moins de 25 ans, il commence à monter des expositions en indépendant, s’occupant aussi bien du travail scientifique que de la recherche de fonds. Après une rétrospective Dorothea Lange en 1998, on lui doit un Chaplin et les images, présenté en 2006 à l’Elysée ainsi que la superbe exposition Fellini, la Grande Parade découverte l’automne dernier au Jeu de Paume à Paris. En attendant de s’installer à Lausanne, Sam Stourdzé essaie un hôtel différent à chacun de ses séjours afin de découvrir la ville sous tous ses aspects. Une ouverture dont témoigne aussi son langage: «septante» et «nonante» font apparemment partie intégrante de son vocabulaire.
LE RÉSEAU INTERNATIONAL
AGNÈS SIRE «C’est véritablement ma grande sœur», dit-il de la directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris. «Nous avons énormément travaillé ensemble, nous nous apprécions beaucoup. J’ai été chargé pendant des années des activités culturelles à la fondation. Nous continuons à avoir des échanges assez forts.»
CLÉMENT CHÉROUX Le conservateur pour la photographie au Centre Pompidou est lui aussi un frère d’armes. A l’époque où ils étaient indépendants, ils ont réalisé plusieurs projets ensemble. Leurs carrières présentent aussi certains parallélismes, ils se sont notamment succédé à Rome comme pensionnaires de l’Académie de France à la Villa Médicis.
MARTA GILI ET FRANÇOIS HÉBEL La directrice du Musée du Jeu de Paume à Paris et le patron des Rencontres d’Arles font partie des gens qu’il croise régulièrement. Ils dînent ensemble, échangent des idées et sans doute monteront prochainement des projets communs.
SANDRA PHILLIPS La conservatrice en chef pour la photo du Musée d’art moderne de San Francisco, encore une amie en images. Sam Stourdzé l’a notamment invitée au colloque international qu’il a organisé en 2008 à Thessalonique pour débattre du rôle, du sens et de la place des musées et des collections de photographies aujourd’hui.
PETER GALASSI Véritable institution, il est le conservateur en chef de la photographie au MoMA à New York depuis trente ans. «C’est quelqu’un que je croise régulièrement, on réfléchit sur certaines choses en commun, il garde un œil sur mon travail et il n’hésite pas à me donner un coup de pouce quand il le peut», dit-il.
LES CONFRÈRES SUISSES
LA BANDE DE WINTERTHOUR Entendez Urs Stahel, directeur du Fotomuseum, Peter Pfrunder et Martin Gasser, de la Fondation suisse pour la photographie. «Nous défendons les photographes chacun à notre manière, mais partageons la même vision de la photographie, une approche ouverte à l’histoire sociale et culturelle, pas uniquement centrée sur l’histoire de l’art. Le Musée de l’Elysée et le Fotomuseum sont les deux grandes institutions suisses dédiées à la photographie. Elles sont certes un peu concurrentes, mais de cette concurrence positive qui participe de la même dynamique: faire rayonner la création photographique sur la scène internationale.»
STÉPHANE MARTI Pour monter l’exposition du Jeu de Paume, Sam Stourdzé a collaboré étroitement avec le président de la Fondation Fellini pour le cinéma de Sion. Il rêve déjà de lancer de nouvelles passerelles entre Vaud et le Valais.
FRÉDÉRIC MAIRE Le directeur de la Cinémathèque suisse était venu au vernissage de l’expo Fellini à Paris; ils se sont revus à Lausanne. Frédéric Maire se dit très heureux que le nouveau directeur du Musée de l’Elysée s’intéresse au cinéma et aux relations intimes et complexes entre deux arts parfois considérés comme des «frères ennemis». «Je suis certain que nous pourrons collaborer de différentes façons, notamment autour de notre fonds de plus de deux millions de photos.»
PIERRE KELLER Ils ne se connaissaient pas, sinon de réputation, mais le courant a d’emblée bien passé. Le directeur de l’Ecal – membre du jury qui l’a nommé à la tête de l’Elysée – ne cache pas son enthousiasme. «J’ai toujours défendu les jeunes, et c’était le meilleur candidat. C’est un entrepreneur plus encore qu’un historien de l’art. Il est dynamique, autonome; il a réalisé plusieurs publications et il sait trouver des sponsors.»
LES «TUTELLES»
D’un côté le canton et ses garanties, de l’autre la souplesse d’une fondation de droit privé, Sam Stourdzé apprécie la structure hybride du Musée de l’Elysée qu’il trouve intéressante et efficace.
BRIGITTE WARIDEL De la cheffe du Service des affaires culturelles, il apprécie le sens du service public et la franchise: «Elle me laisse très libre sur les choix artistiques pour autant que le projet du musée s’inscrive dans la politique culturelle de l’Etat. La mission est claire, c’est un bon départ.»
JEAN-CLAUDE FALCIOLA «En dépit de son jeune âge, Sam Stourdzé n’a aucunement besoin de tutelle, précise avec humour le président de la Fondation du Musée de l’Elysée. Nos rapports s’inscrivent dans un partenariat basé sur le dialogue et l’échange. Doté d’une grande culture artistique, Sam est un homme de vision aux idées claires qui va pouvoir apporter un regard neuf sur la position de l’image dans le monde de l’art et la société qui va au-delà de la photographie. Il séduit son monde par son tempérament entreprenant, son dynamisme et sa créativité.»
LE MONDE DE L’ÉCONOMIE
JAEGER-LECOULTRE L’entreprise horlogère était partenaire de l’exposition reGeneration présentée au Musée de l’Elysée en 2005. Cet été, elle sera à nouveau présente pour l’édition 2010 de cette manifestation consacrée aux photographes de demain. Tout en louant le dynamisme de son CEO Jérôme Lambert, un moins de 40 ans comme lui, Sam Stourdzé ajoute: «J’aimerais qu’on puisse mettre en place une politique d’échange, réfléchir ensemble à une collaboration fructueuse.»
L’ÉQUIPE DE L’ÉLYSÉE
CHRISTOPHE BLASER, NATHALIE HERSCHDORFER, DANIEL GIRARDIN «Si le Musée de l’Elysée est l’un des meilleurs musées de la photographie au monde, c’est grâce à la qualité de son équipe. Sans équipe, il n’y a pas d’expositions», insiste le directeur. A défaut de pouvoir citer tout le monde, il rend donc hommage à ses trois conservateurs, très différents et complémentaires.
LES ARTISTES
EMMANUELLE ANTILLE De peur de froisser les uns ou les autres, Sam Stourdzé ne veut pas citer d’artistes. Il fait une exception pour la plasticienne lausannoise parce qu’elle n’est pas photographe et surtout parce qu’elle est une amie. «Elle mène une vraie carrière internationale et fait partie des artistes suisses dont je trouve le travail intéressant. Nous nous connaissons depuis longtemps et fréquemment, lorsqu’elle était de passage à Paris, elle venait loger chez moi.»
LES ENNEMIS
MYSTÈRE «Pour l’instant, les nouveaux amis sont nombreux tandis que les nouveaux ennemis ne se sont pas encore manifestés, s’amuse-t-il. Comme les politiciens qui ont droit à cent jours, je veux profiter de cette période de grâce pour mettre en place la nouvelle impulsion que je souhaite insuffler au musée, pour qu’on puisse ensuite me juger sur pièce.»
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