San-Antonio: C’est mort et ça ne sait pas
Frédéric Dard nous a quittés il y a dix ans. Mais son verbe vert et dru chante encore. On sort l’intégrale de San-Antonio, on l’analyse, sa fille se souvient. Hommage.
«Si un jour votre grand-mère vous demande le nom du type le plus malin de la Terre, dites-lui sans hésiter une paire de minutes que le gars en question s’appelle San Antonio.» C’est sur cette joyeuse rodomontade que débute Réglez-lui son compte! (1949), premier volume d’une longue série. Nourri aux mamelles de Victor Hugo et de Balzac, des Pieds Nickelés, de Bibi Fricotin et des feuilletonistes du XIXe siècle, vouant une admiration sans borne à Simenon et commotionné par sa récente découverte de Céline, Frédéric Dard s’essaie au roman noir.
A ses débuts, le commissaire San-Antonio est un dur à cuire bâti sur le modèle américain du privé hard-boiled. Soiffard impénitent, il se montre étonnamment réservé avec les femmes puisque cet homme ultérieurement connu pour avoir un marteau pneumatique dans le kangourou se contente d’un «mimi mouillé» avec la môme Julia. Ce San-Antonio première manière démantèle des réseaux nazis. Mais trousse déjà des métaphores guillerettes. «La mandoline, c’est pas le genre de la maison et je me sens plus à l’aise avec la crosse de mon Walter 7.65 silencieux dans la main qu’avec ce stylo qui bave comme un escargot qui voudrait traverser les Salins-d’Hyères…»
Tout le plaisir est pour moi. Frédéric Dard a publié quelque 300 livres, dont 193 San-Antonio, vendus à 220 millions d’exemplaires. Du haut de son œuvre tonitruante et bigarrée, il se pose comme le dernier grand écrivain populaire français, le Dumas de la seconde moitié du XXe siècle, «le prosateur français le plus rebelle à l’académisme, le plus retors a toute bienséance littéraire», selon François Rivière dans la préface du Tome 1 de San-Antonio.
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