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Sans étrangers, pas de Suisse

Mis en ligne le 08.05.2008 à 00:00

Sans l’immigration étrangère, la Suisse ne serait rien. Démonstration par l’absurde dans quatre secteurs clés.

L'Hebdo; 2008-05-08

Immigration Sans étrangers, pas de Suisse

Sans l’immigration étrangère, la Suisse ne serait rien. Démonstration par l’absurde dans quatre secteurs clés.

YVES STEINER ET JULIE ZAUGG TEXTES P.-A. GRISONI/STRATES PHOTOS

Faut-il, pour les étrangers établis dans ce pays depuis des années, restreindre l’accès à la naturalisation? Avec le risque d’enfanter une procédure arbitraire, opaque et sans possibilité de recours en cas de décision négative. Voilà l’enjeu sur lequel les Suisses voteront ce 1er juin. Une votation amenée par voie d’initiative par l’Union démocratique du centre (UDC). Par une droite, digne héritière de James Schwarzenbach, si prête à stigmatiser l’étranger au nom d’une Suisse imaginaire, faite de Waldstätten, de refuge alpin, de cervelas et de trois décis de jus de pomme. Mais dans ces têtes conservatrices, où donc se trouve la contribution des étrangers à ce pays depuis la fin du XIXe siècle? Sans elle aujourd’hui, toute l’économie capoterait, et la recherche aussi. Sans eux, ce pays ne serait rien. Ou si peu.

Une Suisse sans corps étranger, voilà à nouveau le menu. Alors imaginons cette Helvétie sans étrangers. Et cela en fait du monde à éjecter, selon les chiffres de l’Office fédéral des migrations. Etrangers établis, en séjour de courte durée, requérants d’asile ou fonctionnaires internationaux, ce serait 1 699 917 personnes à ramener à la frontière! Et tant pis si le 92,4% d’entre eux résident ici depuis des années. La survie de l’homo alpinus est en jeu.

Chiche? L’opération que devraient mener les Suisses, les vrais, s’annonce d’envergure. Il s’agirait, par exemple, de déloger de leurs belles bâtisses au bord du Léman, ces centaines de résidents étrangers au bénéfice de forfaits fiscaux. Dehors, ces dirigeants étrangers de multinationales ou, dans l’arc jurassien, de firmes horlogères. Et avec, la moitié des managers de firmes cotées au SMI, la Bourse suisse. Exit donc pour l’Allemand Michael Schumacher, l’Autrichien Peter Brabeck ou le Luxembourgeois Jean-Claude Biver.

A Genève, au Tessin, à Bâle-Ville ou dans le Pays de Vaud, la tâche serait d’autant plus rude pour les Suisses pur jus que plus d’un quart des habitants sont étrangers. Uri, Nidwald et Appenzell Rhodes-Intérieures seraient, eux, une source de réconfort. A peine un dixième d’étrangers y résident.

Grüss Gott, Arrivederci. Mais laissons ces fantasmes pour se poser des questions essentielles et éviter l’amalgame. Car qui sont ces étrangers? Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), la population étrangère a bien changé depuis une génération (voir infographies ci-contre). Sa composition d’abord. Il y a 30 ans, un étranger sur deux était Italien. De nos jours, les Transalpins forment encore la plus grosse communauté du pays, même si on ne compte plus qu’un Italien pour cinq étrangers. Suivent les ressortissants de Serbie, Kosovo inclus (12,3%), d’Allemagne (11,2%) et du Portugal (11,2%). Ce que ces chiffres ne disent pas, c’est la chute depuis 2001, en partie parce qu’on les naturalise, du nombre d’Espagnols (-15,6%), de Croates (-10,9%), de Bosniens (-9,8%) et d’Italiens (-7,1%). Masquée aussi, la poussée des communautés allemande (+47,8%), portugaise (+27,9%) et française (+16,1%).

A ce rythme-là, les Allemands - près de 200 000 - pourraient devenir, d’ici à 2015, la première communauté étrangère du pays. Ce fut d’ailleurs le cas à la création de la Confédération en 1848, jusque dans les années 30. Par cohérence donc, l’UDC devrait songer à modifier ses affiches en incluant des stéréotypes d’outre-Rhin. Et de surcroît, retirer les épaisses moustaches et autres peaux mates qui ornent ses placards, si tant est que stigmatiser l’Autre demeure sa façon de faire de la politique.

Plus actifs. Et que font-ils, ces étrangers? Avec de rares égarés radicaux et démocrates-chrétiens, l’UDC tient une réponse toute prête: ils se tournent les pouces. Pas faux en termes relatifs: en 2007, 7,1% des étrangers chômaient, contre 2,7% des Suisses. Mais tout faux en valeurs absolues: 69 000 étrangers, contre 89 000 Suisses étaient au chômage. Et surtout, le taux d’étrangers chômeurs baisse plus vite que celui des Suisses, dixit l’OFS.

Si l’on s’attarde sur le taux d’activité des étrangers par rapport aux Suisses, un autre mythe s’effondre. Potentiellement, ce taux d’étrangers employables (actifs occupés et chômeurs) est toujours supérieur à celui des Suisses depuis 1971, date à laquelle l’OFS opère ce calcul (60,6%, contre 56% en 2007). Pourquoi? Car deux tiers des étrangers participent au salariat (59,5%), contre la moitié des Helvètes (49,1%). Mais encore, car les Suisses émargent deux fois plus au budget de l’AVS (23,4%) que les étrangers retraités (12%). Conclusion: un Suisse a tendanciellement plus de chances de se tourner les pouces qu’un étranger.

Moins payés. Depuis une génération, les étrangers travaillent de plus en plus dans les mêmes secteurs d’activité que les Suisses. En expansion, le tertiaire occupait, en 2007, 67,4% de la main-d’Å“uvre étrangère, contre 74% d’Helvètes. Il y a 15 ans, cet écart était de 5 points supérieur (57,6%, contre 69,6%).

Majoritaires dans les métiers de la construction, du bâtiment et de la restauration, les étrangers soignent les Suisses et phosphorent pour la recherche du pays. Trois quarts des infirmières des hôpitaux et des EMS viennent d’ailleurs, de même qu’un gros 40% des médecins, la faute à un déficit de formation (L’Hebdo, 19 avril 2007). En 2006, 47,6% du personnel académique - professeurs, assistants et scientifiques - était étranger. Une part qui devrait dépasser 50% en 2008.

Hypocrisie. Voilà une partie de cette contribution des étrangers à leur terre d’accueil. Une contribution mal payée à la fin du mois et dans les urnes. Selon l’OFS, M. Da Costa gagne systématiquement moins que son collègue Fournier. Soit 812 francs, pour un salaire brut de 5140 francs. Seule exception, dans les rares fonctions à très hautes qualifications où le cadre supérieur Dietrich touche 633 francs de plus que son collègue Frei pour un salaire de 10 968 francs.

POLITIQUEMENT, LE MESSAGE QU’ENTENDENT MM. DA COSTA, DIETRICH OU BERBATI DIT QUE LEUR PRESENCE REPOND AUX SEULS BESOINS DE L’ECONOMIE. UN DROIT DE VOTE OU D’ELIGIBILITE? DANS UNE COMMUNE PEUT-ETRE, MAIS JAMAIS SUR LE PLAN FEDERAL. LA SEULE EXCEPTION CANTONALE EST JURASSIENNE. ET SI CES MESSIEURS SONGEAIENT A DEVENIR CITOYENS, A SE NATURALISER POUR CONTRIBUER DE BON DROIT A LA VIE DE CE PAYS? IL Y A LE RISQUE QUE, COMME BIEN SOUVENT DEPUIS PRES D’UN SIECLE, UNE MAJORITE DE VRAIS SUISSES LEUR EN RESTREIGNENT L’ACCES. LE 1ER JUIN ENCORE UNE FOIS?v

AVEC LES ETRANGERS Les chercheurs du laboratoire TECFA, à l’Université de Genève.

SANS LES ETRANGERS. Plus de la moitié des chercheurs sont étrangers. Faute de Suisses assez qualifiés.

Les étrangers comptent pour 20% de la population du pays et 30% de l’arc lémanique

HISTOIRE Dès la seconde moitié du XIXe siècle, et jusqu’au premier conflit mondial, la Suisse accueille la main-d’Å“uvre étrangère, principalement d’Allemagne et d’Italie, pour participer à l’industrialisation du pays. Puis, un reflux s’opère pour s’achever à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, la population étrangère, essentiellement italienne, croît sans discontinuité, sauf durant la récession des années 70. Les autorités politiques limitent alors l’entrée des travailleurs saisonniers pour diminuer les tensions sur le marché du travail.

LES ETRANGERS SE CONCENTRENT SURTOUT DANS LES VILLES

CURIOSITE Exception qui confirme la règle, le taux d’étrangers dépasse les 30% dans le district de la Leventine, au nord du Tessin. Pas de villes, ni de stations de ski huppées par là-bas. L’explication? Un gros chantier, celui de la nouvelle ligne ferroviaire alpine à travers le Gothard, et la présence d’ouvriers étrangers qualifiés.

COMME LES SUISSES, LES ETRANGERS TRAVAILLENT DE PLUS EN PLUS DANS LES SERVICES

DIVERSIFICATION Après une génération, la main-d’Å“uvre étrangère travaille de plus en plus dans les mêmes secteurs que celle d’origine helvétique. Les étrangers accèdent aussi à deux fois plus de professions qu’il y a trente ans, surtout dans le secteur tertiaire.

SALAIRES: LES ETRANGERS SONT, DANS LA MAJORITE DES CAS, MOINS PAYES QUE LES SUISSES

MAL PAYÉS A la fin de chaque mois, les salariés étrangers en Suisse gagnent systématiquement moins que leurs collègues helvétiques. Seule exception: les postes à très hautes qualifications et responsabilités. Ici, les étrangers gagnent un peu plus que les salariés suisses.

À LIRE La Suisse et les étrangers, de Gérald et Silvia Arlettaz, Antipodes, 2004.

FORMATION ET PARCOURS PROFESSIONNEL DES DIRIGEANTS D’ENTREPRISES EN SUISSE, D’ERIC DAVOINE, REVUE ECONOMIQUE ET SOCIALE, 2005. CONSTRUCTION LA DECRUE DES OUVRIERS ETRANGERS

DECLIN. Les Suisses refont leur apparition sur les chantiers. Mais ils restent en minorité.

Contrairement aux idées reçues, toujours plus de Suisses travaillent dans le secteur de la construction, même si les étrangers demeurent majoritaires. En 2006, la proportion était de 47% et 53%, contre 33% et 67% en 1972. Cet équilibrage des forces est dû à la diminution du nombre total d’ouvriers que compte le pays. «Le pic a eu lieu dans les années 70, lorsque la Suisse en employait quelque 260 000, explique Serge Oesch, le directeur de la branche romande de la Société suisse des entrepreneurs. A l’heure actuelle, il n’y en a plus que 75 200.» Or, ceux qui ont quitté le secteur – et le plus souvent le pays – sont en majorité des étrangers, ce qui a fait remonter la proportion de Suisses. Désormais, ils sont la nationalité la plus représentée parmi le personnel de chantier (37,7% en 2007), suivis des Portugais (22%), des Italiens (16,8%) et des ex-Yougoslaves (7,5%). Ce chamboulement est dû à la fin de ce que Serge Oesch appelle «les grandes années de la construction: après la Seconde Guerre mondiale, on a fait appel à de nombreux ouvriers étrangers pour combler la pénurie des logements; dans les années 60, ce sont les gros ouvrages comme les autoroutes et les barrages qui ont pris le relais.» A l’issue de cette période faste, de nombreux immigrés sont rentrés chez eux, faute de travail. La suppression du statut de saisonnier a également eu raison d’une partie d’entre eux.

Les premiers immigrés ont investi le gros Å“uvre. Ils ne sont venus au second Å“uvre que plus tardivement. «Aujourd’hui, on trouve des étrangers de seconde génération – des Italiens et dans une moindre mesure des Portugais – à la tête d’entreprises de peinture, de gypserie et de carrelage, ou comme chef de chantier, détaille Gérard Carfagno, patron de la société de construction de villas ma-maison à Vuadens (FR), lui-même d’origine transalpine. Par contre, les firmes spécialisées (installations sanitaires, électricité) restent entre les mains des Suisses.» Sur les chantiers, c’est la communauté des Balkans qui est en hausse.

ET SI TOUS LES ETRANGERS FAISAIENT LEURS VALISES DEMAIN? «NOUS NE PARVIENDRIONS PAS A REPONDRE A LA DEMANDE. NOUS SOMMES ENCORE TERRIBLEMENT DEPENDANTS D’EUX», NOTE SERGE OESCH. MAIS, RELATIVISE-T-IL, «IL NE FAUT PAS OUBLIER QUE LES IMMIGRES NE SONT PAS CHEZ NOUS UNIQUEMENT COMME PRODUCTEURS, ILS CONSOMMENT AUSSI, ET LEUR DEPART FERAIT DONC DIMINUER EGALEMENT LA DEMANDE.»vJZ

53% Les étrangers restent majoritaires dans la construction en 2006. Comme sur ce chantier de la société fribourgeoise ma-maison, à Vuadens.

RESTAURATION DE GROS CONTINGENTS DE TRAVAILLEURS FLEXIBLES

SERVICE. Les ressortissants des pays méditerranéens sont les plus nombreux. Mais rattrapés par ceux d’Europe de l’Est.

«Si nous devions pourvoir tous les postes dans le secteur de l’hôtellerie avec des Suisses, nous irions au devant de grosses difficultés», indique Nora Fehr, porte-parole de l’association faîtière hotelleriesuisse. En 2007, la branche comportait en effet 39% d’employés étrangers, dont 11% issus d’Europe du Nord et de l’Ouest, 27% des Balkans et de Turquie et 43% d’Europe du Sud. Parmi les raisons évoquées pour cette forte proportion d’immigrés figure le fait que le secteur propose de nombreux emplois peu qualifiés et qu’il s’agit d’une industrie soumise à de fortes variations saisonnières qui exigent de pouvoir recruter de gros contingents de travailleurs flexibles pour des périodes définies. L’application de l’accord de libre circulation avec l’Union européenne, à partir de 2002, a également accentué le phénomène: «Le nombre d’employés issus de l’UE a crû dans l’hôtellerie», note la porte-parole, qui précise que les pays de l’Est fournissent une force de travail «bien formée, voire très bien formée», même si les besoins dépassent de loin l’offre. En revanche, les étrangers se font plus rares parmi les propriétaires d’établissements. «A part les chaînes internationales, la plupart des hôtels sont des PME familiales. Ils ont donc tendance à rester en mains helvétiques.»

Il y a davantage de restaurants détenus par des étrangers. Aleksandar Nikolic, 38 ans, illustre le phénomène: naturalisé Suisse, il est arrivé au Tessin à l’âge de 4 ans depuis la Serbie. Après plusieurs aller-retour vers son pays d’origine, il a fini par s’installer à Romont (FR), où il a repris il y a cinq ans l’auberge de village La Belle-Croix. «Nous servons essentiellement des mets du terroir, même si j’ai réservé un coin de la carte pour la cuisine du monde. J’y glisse quelques plats et alcools serbes.» Si la clientèle du restaurant est «suisse à 95%», son personnel est presque exclusivement étranger: deux Françaises, une Franco-Portugaise et la femme d’Aleksandar Nikolic, elle aussi d’origine serbe, s’y activent. Une seule «extra» est Suisse. «J’ai été contacté à plusieurs reprises par des politiciens locaux qui estiment que je représente un bon exemple d’intégration», conclut le restaurateur. Il prévoit cependant de raccrocher son tablier d’ici à quelques mois «pour avoir le temps de voir grandir mes enfants».vJZ

39% La restauration compte une forte proportion d’employés étrangers. C’est le cas de l’auberge La Belle-Croix, à Romont.

INFORMATIQUE DES TALENTS QUI N’EXISTENT PAS EN SUISSE

EMPLOI. La Suisse subit une pénurie d’informaticiens.

Christophe Andreae n’hésite pas: «En informatique, l’apport de ressources hors sol est fondamental.» Pour le président du Groupement romand de l’informatique, le pays manque de compétences pointues dans ce domaine. Toujours moins d’étudiants sortent des hautes écoles. La pénurie est telle que le nombre de diplômés entrant dans la vie active ne compense plus ceux qui partent à la retraite. Face à ce manque, les employeurs sont contraints de recruter à l’étranger, essentiellement dans les pays voisins et aux Etats-Unis. Actuellement, la branche technique/informatique compte 21% d’étrangers, dont 44% d’Europe de l’Ouest ou du Nord. Les Anglo-Saxons sont très recherchés. «Ces pays sont en avance dans le domaine des technologies de l’information et de la communication. La plupart des logiciels sont développés là-bas.» Par contre, les recrues extraeuropéennes, en provenance d’Inde par exemple, sont plus rares. «Il n’est pas facile d’obtenir des permis de travail pour ces personnes. Les entreprises préfèrent développer des centres offshore et garder ces compétences sur place», dit Christophe Andreae. L’importation de main-d’Å“uvre est encore accentuée par le fait que les technologies utilisées sont mondiales. «Le métier d’informaticien est le même, qu’il soit exercé à Londres ou à Genève. On se trouve dans un environnement global qui recrute à l’échelle internationale.»

Chez Nexthink, une start-up lausannoise qui développe des logiciels d’analyse de la performance et de la sécurité, le manque se fait sentir au niveau du personnel très spécialisé. «Nous avons besoin de compétences extrêmement pointues sur certaines technologies qui ne sont parfois même pas enseignées dans les écoles suisses, comme celles du web 2.0, explique Vincent Bieri, l’un des cofondateurs. Autre problème, la firme cherche des personnes qui ont déjà de l’expérience dans leur domaine. Or, la Suisse compte peu d’éditeurs de logiciels. Actuellement, la société emploie 14 Suisses, six Français, un Espagnol et un Ukrainien. L’un des cofondateurs, Pedro Bados, est lui-même Espagnol. «Nous recrutons surtout dans l’Union européenne, pour des questions de proximité culturelle et linguistique, poursuit Vincent Bieri. Aussi, nous profitons des bilatérales qui nous ont facilité la tâche pour obtenir des permis de travail.» Mais plus que leur nationalité, c’est la précieuse expérience que les employés de Nexthink ont accumulée hors de leur pays qui compte. A la Silicon Valley, par exemple. Et, sur ce plan, «les Suisses sont moins enclins à bouger que les autres nationalités», sourit Vincent Bieri.vJZ

L’INFORMATIQUE MANQUE DE CERVEAUX

60%

c’est la baisse d’étudiants en informatique enregistrée par les écoles polytechniques entre 2001 et 2006.

3000

nouveaux informaticiens arrivent chaque année sur le marché du travail. Il en faudrait 7000 pour répondre à la demande.

21% L’informatique compte 21% d’étrangers, dont près de la moitié d’Europe du Nord et de l’Ouest.

La start-up Nexthink, à Lausanne, recrute surtout en France.

UNIVERSITES LES CERVEAUX ETRANGERS TROUVENT LEUR BONHEUR CHEZ NOUS

ENSEIGNEMENT. La matière grise, fierté suisse? Oui, mais elle vient de l’étranger.

£En 2008, le nombre d’enseignants et de chercheurs étrangers dans les universités du pays devrait dépasser celui des Suisses salariés dans ces temples du savoir. L’Office fédéral de la statistique (OFS) comptait déjà 47,6% d’étrangers dans le corps académique à la fin de 2006, contre 37,6% en 1997. En 2006 toujours, les forces vives de la recherche en Suisse - assistants et collaborateurs scientifiques - étaient étrangères (51,7%).

A Berne, le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) qui salarie les chercheurs des universités et des hautes écoles spécialisées, confirme la tendance. En 2008, l’institution comptait 54% de collaborateurs étrangers. Six ans auparavant, on avoisinait les 49%. Côté subsides en 2008, 48% des chercheurs subsidiés par le FNS provenaient de l’étranger. «Ces dix dernières années, la progression d’étrangers est vraiment constante. Preuve que la place académique est attractive. Et là, notre pays en profite», assure Jean-Bernard Weber, directeur suppléant au FNS.

Faute de Suisses. «Avec les binationaux? Si on les inclut, nous avons sept ou huit Suisses sur la vingtaine de personnes qui travaillent dans notre laboratoire», rigole la Marseillaise Mireille Bétrancourt, professeur et directrice du TECFA, une unité de recherche de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève. Ce labo, spécialisé dans l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement, regroupe une kyrielle d’informaticiens, de psychologues et autres experts en sciences cognitives. Et dans ces domaines, les Suisses candidats à l’embauche se font rares. Niveaux d’études et de compétences, conditions de travail et excellence de la recherche, voilà ce qui attire par ici les cerveaux étrangers, constate Mireille Bétrancourt. «Il y a deux ans par exemple, nous avions ouvert à candidature un poste de doctorant. Aucun Suisse n’avait postulé! Heureusement, nous avons trouvé une très bonne candidate d’origine roumaine qui travaillait en France.» Un phénomène qu’elle croit percevoir à l’échelle de sa faculté, voire de l’université tout entière. C’est vrai. En 2006, selon l’OFS, 61,5% des collaborateurs scientifiques de l’alma mater genevoise étaient étrangers.vYS

PROFESSEURS ÉTRANGERS EN FORCE

43%

des professeurs des universités exerçant en Suisse sont étrangers.

61%

des professeurs de l’ETHZ sont étrangers.

48%

des chercheurs subsidiés par le Fonds national sont étrangers.




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